Francis Jammes – « On dit qu’à Noël… » (1897)

Barocci, Nativité (1597)
Barocci, Nativité (1597)

Joyeux Noël à tous ! En cette nuit que je vous souhaite douce et paisible parmi vos proches, la poésie peut nous aider à entrouvrir une lucarne sur le mystère de Noël. Comme elle se passe de commentaires, Ellettres vous offre en cadeau et en entier un poème de Francis Jammes (ne me remerciez pas, c’est tout naturel 😉 !).

Un joli poème qui parle, avec fantaisie et tendresse, des deux plus humbles compagnons de la Nativité de Jésus, l’âne et le bœuf. (Francis Jammes avait une grande affinité avec ces deux animaux de trait ; dans beaucoup de poèmes il les plaint du peu de cas que les hommes font d’eux).

On dit qu’à Noël, dans les étables, à minuitane-et-boeuf-1
l’âne et le bœuf, dans l’ombre pieuse, causent.
Je le crois. Pourquoi pas ? Alors, la nuit grésille :
les étoiles font un reposoir et sont des roses.

L’âne et le bœuf ont ce secret pendant l’année.
On ne s’en douterait pas. Mais, moi, je sais qu’ils ont
un grand mystère sous leurs humbles fronts.
Leurs yeux et les miens savent très bien se parler.

Ils sont les amis des grandes prairies luisantes
où des lins minces, aux fleurs en ciel bleu, tremblent
auprès des marguerites pour qui c’est dimanche
tous les jours puisqu’elles ont des robes blanches.

Ils sont les amis des grillons aux grosses têtes
qui chantent une sorte de petite messe
délicieuse dont les boutons d’or sont les clochettes
et les fleurs des trèfles les admirables cierges.

L’âne et le bœuf ne disent rien de tout cela
parce qu’ils ont une grande simplicité
et qu’ils savent bien que toutes les vérités
ne sont pas bonnes à dire. Bien loin de là.

Mais moi, lorsque l’Été, les piquantes abeilles
volent comme de petits morceaux de soleil,
je plains le petit âne et je veux qu’on lui mette
de petits pantalons en étoffe grossière.

Et je veux que le bœuf qui, aussi, parle au Bon Dieu,
ait, entre ses cornes, un bouquet frais de fougères
qui préserve sa pauvre tête douloureuse
de l’horrible chaleur qui lui donne la fièvre.

Recueil : « De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir », 1897.

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