Barbara Pym, Excellent Women

« Perhaps I really enjoyed other people’s lives more than my own. »

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Que n’ai-je lu plus tôt Barbara Pym ! Et comme ses « excellent women » éclipsent toutes les autres vieilles filles de la littérature anglaise ! Ceci dit sans froisser personne évidemment (je t’aime bien aussi Agatha…). Mais comment ne pas craquer devant les indécrottables catherinettes croquées par miss Pym, irrémédiablement plongées dans le bénitier, avec leur sens de l’autodérision pour seule bouée de sauvetage. Mildred Lathbury, fille de clergyman et narratrice de ce roman, en est une. Logée dans un bas quartier de Londres quelque part après la guerre (la seconde), elle partage sa vie entre son travail dans un bureau d’aide aux gentlewomen en délicatesse financière, et sa paroisse où elle suit journellement les offices, se voue aux mille et une activités de cette fourmilière dévouée, et prend le thé avec le vicaire Julian Malory et sa soeur Winnifred. Son quotidien millimétré mais un peu terne va subitement changer lorsqu’un couple des plus extravagants (pour elle) s’installe dans l’appartement au-dessous du sien. C’est le partage de la salle-de-bain commune qui va enclencher ses rapports tumultueux avec Helena et Rockingham Napier, une anthropologue et un officier de la Navy, personnages qui envoient valser les certitudes qu’elle s’était forgée sur elle-même. Mildred n’est pas insensible au charme du beau Rocky, mais elle n’est pas la seule célibataire de son entourage à succomber aux attraits du sexe opposé…

« She called out, ‘I think I must have been using your toilet paper. I’ll try and remember to get some when it’s finished.’ ‘Oh that’s quite all right’, I called back, rather embarrassed. I come from a circle that does not shout aloud about such things, but I nevertheless hoped that she would remember. The burden of keeping three people in toilet paper seemed to me rather a heavy one. »

Résultat de recherche d'images pour "barbara pym des femmes remarquables"On a comparé Barbara Pym à Jane Austen pour sa capacité affûtée à croquer un petit monde qu’elle connaît bien. Mais j’ai l’impression qu’Austen est LA référence obligée quand on lit une romancière anglaise qui décrit finement un milieu social (surtout pour les critiques français). Si Austen il y a, ce serait une Jane sans beau mariage à la fin, ce qui lui confère un charme très mature, une mélancolie amusée, un regard un peu fataliste bien qu’indulgent, une conscience existentielle de la futilité de nos attachements. J’ai littéralement savouré chacune des pages de ce roman, depuis la première jusqu’à la dernière – au début je les cornais même frénétiquement pour retenir les passages qui me faisaient sourire avec un petit pincement au coeur. Mildred m’a immédiatement fait penser au personnage de Chummy dans la série « Call the Midwife » (il faudrait que j’en parle de cette série d’ailleurs…) : aussi grande en taille que son taux d’auto-estime est bas, un accent upper-class à couper au couteau à huîtres dans le quartier populaire où elle est obligée de vivre. La propre mère de Chummy, d’ailleurs, se retrouve à un moment acculée à recourir aux services d’une association de ladies dans l’embarras, comme celle où travaille Mildred ! Ce n’est pas le seul personnage qui paraît tout droit sorti de Call the Midwife : il y a aussi une réjouissante Sister Blatt, dont le caractère bourru et caustique, et la silhouette imposante juchée toute voile dehors sur la bicyclette en fait la soeur naturelle de Sister Evangelina ! A croire que les scénaristes de la série ont lu Pym, ce qui ne m’étonnerait absolument pas.

Là où Pym peut s’assimiler à Austen (mais aussi à toute une tradition qui inclurait Elisabeth Von Arnim ou Nancy Mitford entre autres), outre la haute fréquence des tea-times, c’est dans la façon dont elle compose des scènes pleines de verve à partir de petits riens, de personnages humains, trop humains, qui se rencontrent, se heurtent, se méjugent, ne se comprennent jamais vraiment et tentent tous de trouver un sens à leur vie à leur façon. Une réflexion anecdotique peut soudain avoir une portée bien plus large, révéler une vérité qu’en tant que lecteur nous avons pu aussi ressentir sans savoir l’exprimer.

« Did we really need a cup of tea? I even said as much to miss Statham and she looked at me with a hurt, almost angry look. ‘Do we need tea?’ she echoed. ‘But miss Lathbury…’ She sounded puzzled and distressed and I began to realise that my question had struck at something deep and fundamental. It was the kind of question that starts a landslide in the mind. I mumbled something about making a joke and that of course one needed tea always, at every hour of the day or night. »

La paroisse offre des tas d’occasions de ce genre : lors de la braderie par exemple, les responsables murés dans la salle de vente s’apprêtent à subir la ruée des acheteurs que Sister Blatt compare aux commandos débarquant sur les plages de Normandie en 44. Ce genre de détail est d’ailleurs la seule concession de Pym au contexte politique et social de l’époque, que l’on devine en filigrane. En parlant de paroisse, il y a ce clivage qui file le roman entre ceux qui vont à l’église et ceux qui n’y vont pas (et puis entre les anglicans et les catholiques, et au sein des anglicans, entre les high et les low church…) Un peu exotique pour un lecteur non averti, mais on ne peut s’empêcher de penser à l’immense rôle social de la religion (en plus du spirituel). Qui n’a jamais assisté au sermon d’un prêtre en lui attribuant mentalement une note comme le fait la collègue de Mildred ?

« I began piling cups and saucers on to a tray. I suppose it was cowardly of me, but I felt that I wanted to be alone, and what better place to choose than the sink, where neither of the men would follow me? (…) My thoughts went round and round and it occured to me that if I ever wrote a novel it would be of the ‘stream of consciousness’ type and deal with an hour in the life of a woman at the sink. » (Une référence parodique à Woolf et Zweig dans la même phrase, ça, ça vaut son pesant de cakes !)

Il y a aussi un discret féminisme affleurant de temps en temps à la surface, un féminisme pratique de femmes un peu méprisées par la société – une société qui les taxe d' »excellentes » pour ne pas dire qu’elle les rejette hors des sentiers de la fortune amoureuse et de la réussite sociale pour les cantonner aux tâches subalternes et à l’observation de la vie des autres. Des femmes qui s’attachent à leur dignité, dans le rang desquelles se place d’elle-même Mildred, dont la lucidité désenchantée, la bonté profonde et la bonne éducation en font un personnage d’emblée très attachant. Les auteures anglaises excellent à donner vie à ce genre de personnage de femme entre deux eaux, en demi-teinte, décalée en somme, et immunisée contre le premier degré et la vaine ambition (je repense à ma chère Rose-Marie Schmidt…). Bonne poire en surface, plus acide en-dessous : la compagne rêvée de nos propres introspections, celle qui nous apprend à rire ou sourire de nos illusions déçues, de nos ridicules et nos réactions absurdes dans des moments incongrus, comme peut l’être celui où l’on se fait larguer tout en gardant la raquette de ping-pong à la main avec laquelle on jouait un instant plus tôt.

« Perhaps long spaghetti is the kind of thing that ought to be eaten quite alone with nobody to watch one’s struggles. Surely many a romance must have been nipped in the bud by sitting opposite somebody eating spaghetti?« 

Et il ne faut pas croire, même (et surtout ?) dans les microcosmes il y a des coups de théâtre, des chassés-croisés amoureux dignes du vaudeville et des quiproquos. Barbara Pym a su marier subtilité, réflexions existentielles et comédie pour mon plus grand bonheur, et j’espère le vôtre !

♥ Coup de Coeur ♥

Allez flâner sur le blog de Keisha pour lire d’autres billets sur Pym… Je crois que j’ai bel et bien grâce à elle rejoint le club des pymistes 😉

Image may contain: 3 people, people smiling, food and indoor3e participation à l’excellent Mois Anglais (même si c’est un peu poussif en ce moment de mon côté et que je regrette de ne pouvoir lire vos billets autant que je le souhaiterais…)

 

Excellent Women de Barbara Pym, Virago Modern Classics, 2013 (rééd. 1952).

Ed. française : Des femmes remarquables, traduit de l’anglais par Sabine Porte, éd. Belfond, coll. Vintage, 2016, 316 p.

 

Marcel Proust, Du côté de chez Swann

Proust et son roman-fleuve-culte A la recherche du temps perdu. Qui ne rêve de l’inscrire à son palmarès de lecteur sérieux ? Quel meilleur marqueur que « la Recherche » pour afficher sa prétention culturelle ? Je l’avoue, longtemps je l’ai vu comme cela, et pour cette raison, il m’effrayait. Je n’aurais pas eu l’idée de commencer à le lire, il y a une petite dizaine d’années, si mon petit frère n’avait pas lui-même lu Du côté de chez Swann dans une édition de la Pléiade s’il vous plaît. Quoi ? Mon petit frère lisait Proust, et moi, la « littéraire-de-la-famille » je n’osais même pas m’en approcher ? Ça ne pouvait plus durer. Saisie de snobisme, j’empoignais donc ledit exemplaire de la Pléiade et, avec surprise, je plongeais dedans avec délice. Mais voilà, au fil de ma lecture j’avais sauté pas mal de passages, et notamment toute la troisième partie, « Noms de pays : le nom » (je crois que ce titre ne m’inspirait guère) pour passer directement au deuxième tome, A l’ombre des jeunes filles en fleur. Puis je l’abandonnais à sa moitié (trop de tournicotages autour de Gilberte m’ayant probablement donné le tournis), et enterrais Proust pour quelques années.

Dernièrement, j’ai voulu recommencer à lire A l’ombre des jeunes filles en fleur, mais je me suis dit qu’auparavant, je gagnerais peut-être à lire enfin la troisième partie du premier tome. Et cette partie, une fois lue (avec un plaisir extraordinaire de me replonger dans cet univers), je me suis rendue compte que je ne me rappelais plus de rien des deux premières parties de Du côté de chez Swann. J’ai donc relu « Combray » et « Un amour de Swann ». Et finalement, j’ai trouvé que ma méthode de lecture, circulaire, correspondait assez bien à la façon d’écrire de Proust, circulaire aussi, où tout se répond, où un détail semé au début peut se trouver un écho, une forme de confirmation dans un autre fait, au milieu ou à la fin du livre.

Par où commencer mes impressions de lecture du coup ? Par son épisode de la madeleine sans doute, si mythique qu’elle s’est convertie en lieu commun : par une bouchée de madeleine, le narrateur adulte revit soudainement un épisode de son enfance. La Recherchec’est donc une archéologie, une expédition destinée à retrouver le continent englouti du temps, la quête de l’Atlantide. Et son vaisseau d’exploration, ce sont les cinq sens et les émotions. La nature aussi, dans laquelle il « lit » à livre ouvert. A ce propos, je vous livre cette phrase qui vaut son pesant de cacahuètes : « Car souvent j’ai voulu revoir une personne sans discerner que c’était simplement parce qu’elle me rappelait une haie d’aubépines… » (!) 😂

Toute la première partie est ainsi un sauvetage de souvenirs que le narrateur – Proust ? La question à 10000 anciens francs – a passé, étant jeune garçon, en vacances chez sa grand mère à Combray (quelque part à côté de Reims même si ce lieu imaginaire a été inspiré par un village à côté de Chartres). Cette séquence est entrecoupée de réminiscences de la vie parisienne, de réflexions philosophiques et littéraires et de coups de projecteur sur certains personnages clés : ce snob de Legrandin, cet empêché de Vinteuil (et sa vilaine fille), ce vieux garçon d’oncle Adolphe, la mystérieuse « dame en rose », la tante Léonie en redite du malade imaginaire, ce monument de domestique qu’est Françoise, cette péronnelle de Gilberte, et bien-sûr, ce dandy mondain mais modeste, original et coureur de Swann… Cela n’a pas vraiment de début, ni de milieu ni de fin, d’où une impression d’immersion presque hypnotique. Avec son célébrissime incipit « Longtemps je me suis couché de bonne heure… », la première partie commence par toute une réflexion sur les chambres à coucher que le narrateur a connues et auxquelles il a dû s’habituer. On comprend de suite qu’il a une sensibilité peu commune, presque synesthésique, aux lieux, aux formes et aux couleurs. Diagnostic de Dr Ellettres ? Cette hyper sensibilité explique son besoin maladif de recevoir le doux baiser du soir de sa maman afin de bien dormir. Et puis on assiste aux visites de Swann en voisin à la famille du narrateur à Combray, toujours avec un panier de fraises à la main, une bonne bouteille du vin d’Asti ou une recette de perdreaux à la crème – car Swann n’est pas « fier » et ses voisins, loin de se douter de ses hautes fréquentations parisiennes, le traitent un peu par-dessus la jambe (la grand-tante du narrateur : « Comment, elle connaît Swann ? Pour une personne que tu prétendais parente du maréchal de Mac-Mahon ! »). Mais on a aussi des considérations sur le clocher de l’église de Combray, la mécanique domestique de la maison, les manies de tante Léonie, l’heure des repas, la « tyrannie » de Françoise dans les cuisines, les paroissiens qui s’espionnent à la messe, la grandiloquence de Legrandin (à mourir de rire), les lectures du narrateur et de son camarade Bloch à l’humour très « Alphonse Allais », et bien-sûr, les promenades « du côté de chez Swann » et « du côté de Guermantes ». Voilà pour « Combray » où les fleurs et l’architecture, les lectures et les relations de famille (et déjà un vif attrait pour l’aristocratie de la part du narrateur) tiennent le haut du pavé. Proust, où l’art de donner une épaisseur extraordinaire aux riens qui peuplent nos vies.

Avec « Un amour de Swann », on passe à la satire sociale des salons de la IIIe République, immortalisés par le « noyau de fidèles » du couple Verdurin. Proust tape très fort sur la vulgarité, la suffisance, le ridicule, le grotesque, l’égoïsme, l’arrogance et la méchanceté de tout ce petit monde : les inénarrables Verdurin bien-sûr, le stupide et velléitaire docteur Cottard dont les « bons mots » tombent toujours à côté, le peintre et le pianiste érigés en serviteurs de l’Art suprême par Mme Verdurin alors que ce sont des tâcherons, et bien-sûr Odette, la petite Odette, la cocotte dont Swann tombe éperdument  amoureux (et jaloux !) alors qu’elle n’est « même pas son genre » ! Entre la raillerie du bourgeois et les méandres existentiels de l’âme humaine, cette partie ne manque pas de sel même si on peut la trouver un peu datée parfois (et lassante).

Dans la troisième partie « Noms de pays : le nom », le narrateur fait toute une réflexion sur la puissance d’évocation des noms de lieux comme Venise, Florence, Parme en Italie, mais aussi Balbec (rappelons que ce lieu est aussi imaginaire que Combray), Bayeux, Coutances, Vitré, Questambert, Pontorson, Quimperlé (où je passe, moi, beaucoup de vacances !)… On a ainsi le parallèle avec tout le développement sur les chambres dans la première partie. Le narrateur est littéralement « capturé » par son imaginaire, au point qu’il tombe malade quand son père lui annonce qu’il projette de lui faire passer des vacances en Italie. C’est ballot ! Le voyage ne se fera pas, mais qu’à cela ne tienne, le narrateur passe à une autre obsession : son amour pour Gilberte, la fille de Swann et Odette, avec qui il joue sur les Champs Elysées. Il ne pense qu’à elle, du matin au soir, ne guette que les instants où il pourra la voir, et même son cocher, son institutrice ou sa rue lui semblent emplis d’une grâce particulière car… ce sont ceux de Gilberte. Quant à la mère de Gilberte, elle ne le laisse pas insensible non plus. On en saura plus dans A l’ombre des jeunes filles en fleur

« Et il y eut un jour aussi où elle me dit : ‘Vous savez, vous pouvez m’appeler Gilberte, en tout cas moi, je vous appellerai par votre nom de baptême. C’est trop gênant.’ Pourtant elle continua encore un moment à se contenter de me dire ‘vous’ et comme je le lui faisais remarquer, elle sourit et composant, construisant une phrase comme celles qui dans les grammaires étrangères n’ont d’autre but que de nous faire employer un mot nouveau, elle la termina par mon petit nom. Et me souvenant plus tard de ce que j’avais senti alors, j’y ai démêlé l’impression d’avoir été tenu un instant dans sa bouche, moi-même, nu, sans plus aucune des modalités sociales qui appartenaient aussi, soit à ses autres camarades, soit, quand elle disait mon nom de famille, à mes parents, et dont ses lèvres – et l’effort qu’elle faisait, un peu comme son père, pour articuler les mots qu’elle voulait mettre en valeur – eurent l’air de me dépouiller, de me dévêtir, comme de sa peau un fruit dont on ne peut avaler que la pulpe, tandis que son regard, se mettant au même degré nouveau d’intimité que prenait sa parole, m’atteignait aussi plus directement, non sans témoigner la conscience, le plaisir et jusque la gratitude qu’il en avait, en se faisant accompagner d’un sourire. » (p. 396).

Les phrases de Proust, il faut que j’en parle vu que c’est bien la deuxième chose à laquelle on pense à son propos, après l’épisode mythique de la madeleine. Et c’est vrai, elles sont longues ses phrases (cf. l’extrait plus haut), au point qu’il faut parfois les lire trois fois pour emboîter touts les tiroirs et en saisir tout le sens. Mais s’y attarder, muser le long de ses phrases pour voir jusqu’où il nous mène, comme une promenade à mille détours, c’est un plaisir ! Proust a le génie des images. Tous ses sentiments subjectifs sur les choses qui l’entourent, sur ses ressentis, il arrive à les transcrire de façon lumineuse, chatoyante, mille fois nuancée. Je prends pour exemple un paragraphe où il raconte ses ressentis de lecture (ça me rejoint particulièrement, cette expérience universelle de la lecture d’un livre ) et l’impact de son environnement (une après-midi dans le jardin) sur eux, qui révèle l’élasticité du temps…

« Dans l’espèce d’écran diapré d’états différents que, tandis que je lisais, déployait simultanément ma conscience, et qui allaient des aspirations les plus profondément cachées en moi-même jusqu’à la vision tout extérieure de l’horizon que j’avais, au bout du jardin, sous les yeux, ce qu’il y avait d’abord en moi, de plus intime, la poignée sans cesse en mouvement qui gouvernait le reste, c’était ma croyance en la richesse philosophique, en la beauté du livre que je lisais, et mon désir de me les approprier, quel que fût ce livre. (…) Enfin, en continuant à suivre du dedans au dehors les états simultanément juxtaposés dans ma conscience, et avant d’arriver jusqu’à l’horizon réel qui les enveloppait, je trouve des plaisirs d’un autre genre, celui d’être bien assis, de sentir la bonne odeur de l’air, de ne pas être dérangé par une visite ; et quand une heure sonnait au clocher de Saint-Hilaire, de voir tomber morceau par morceau ce qui de l’après-midi était déjà consommé, jusqu’à ce que j’entendisse le dernier coup qui me permettait de faire le total et après lequel le long silence qui le suivait semblait faire commencer dans le ciel bleu toute la partie qui m’était encore concédée pour lire jusqu’au bon dîner qu’apprêtait Françoise et qui me réconforterait des fatigues prises, pendant la lecture du livre, à la suite de son héros. » (p. 83 et 86)

Mais malgré tout le « fétichisme » que peut engendrer la lecture de la Recherche, malgré toute la prétention culturelle dont j’ai parlé au début, il ne faut pas hésiter à désacraliser cette lecture et s’y embarquer car on peut vite y développer une certaine addiction. Comme pour Woolf d’ailleurs. Les deux ont en commun, non seulement un rapport particulier au temps mais aussi un sens de l’humour méconnu. Celle qui m’a incontestablement le plus fait rire dans la première partie, c’est Léonie, la vieille chochotte clouée dans son lit, pour qui les détails les plus triviaux (le spectacle de la rue du paisible Combray entraperçue derrière le rideau de sa fenêtre) prennent une coloration dramatique extraordinaire. Avec sa domestique Françoise, elle personnifie toute l’insignifiance de la vie de province, vie immobile, mesquine, pétrifiée de préjugés, mais aussi attendrissante dans sa naïveté.

« On connaissait tellement bien tout le monde, à Combray, bêtes et gens, que si ma tante avait vu par hasard passer un chien ‘qu’elle ne connaissait point’, elle ne cessait d’y penser et de consacrer à ce fait incompréhensible ses talents d’induction et ses heures de liberté.

‘Ce sera le chien de Mme Sazerat’, disait Françoise, sans grande conviction, mais dans un but d’apaisement et pour que ma tante ‘ne se fende pas la tête’.

‘Comme si je ne connaissais pas le chien de Mme Sazerat !’ répondait ma tante dont l’esprit critique n’admettait pas facilement un fait.

‘Ah ! ce sera le nouveau chien que M. Galopin a rapporté de Lisieux.

– Ah ! à moins de ça.

– Il paraît que c’est une bête bien affable’, ajoutait Françoise qui tenait le renseignement de Théodore… » (p. 57-58).

J’ai beaucoup aimé la grand mère du narrateur aussi, amoureuse du naturel, de l’éducation au grand air, des herbes folles et de la beauté sans apprêt. Avec Françoise, ce sont peut-être les deux personnages les plus attendrissants de ce premier tome (à ne pas confondre avec la grand tante, vraisemblablement la sœur de la grand mère, qui est une vraie tête à claque).

« Mais ma grand-mère, elle, par tous les temps, même quand la pluie faisait rage et que Françoise avait précipitamment rentré les précieux fauteuils d’osier de peur qu’ils ne fussent mouillés, on la voyait dans le jardin vide et fouetté par l’averse, relevant ses mèches désordonnées et grises pour que son front s’imbibât mieux de la salubrité du vent et de la pluie. Elle disait : ‘Enfin, on respire !’ et parcourait les allées détrempées – trop symétriquement alignées à son gré par le nouveau jardinier dépourvu du sentiment de la nature et auquel mon père avait demandé depuis le matin si le temps s’arrangerait – de son petit pas enthousiaste et saccadé, réglé sur les mouvements divers qu’excitaient dans son âme l’ivresse de l’orage, la puissance de l’hygiène, la stupidité de mon éducation et la symétrie des jardins, plutôt que sur le désir inconnu d’elle d’éviter à sa jupe prune les tâches de boue sous lesquelles elle disparaissait jusqu’à une hauteur qui était toujours pour sa femme de chambre un désespoir et un problème. » (p. 11).

Et quelques pages plus loin : « … on envoyait en éclaireur ma grand-mère, toujours heureuse d’avoir un prétexte pour faire un tour de jardin de plus, et qui en profitait pour arracher subrepticement au passage quelques tuteurs de rosiers afin de rendre aux roses un peu de naturel, comme une mère qui, pour les faire bouffer, passe la main dans les cheveux de son fils que le coiffeur a trop aplatis. » (p. 14). Voilà exactement ce genre de petits détails (la grand-mère qui n’aime pas la trop grande symétrie du jardin et qui trois pages plus loin arrache en cachette des tuteurs de rosiers) qui rend la lecture de Proust si croustillante.

Pour découvrir des avis éclairés sur Proust, il faut aller sur le blog de Mark et Marcel dont le titre est lui-même révélateur, ou consulter les billets de Keisha (qui est d’accord avec moi au sujet de la grand mère) et d’Irène.

« Du côté de chez Swann » de Marcel Proust, 1er tome d’A la recherche du temps perdu, Folio Gallimard, 1988, 420 p.

Au cinéma : « Lion »

Résultat de recherche d'images pour "lion le film"C’est devenu rare que j’aille au cinéma, et encore plus rare que je pleure d’émotion dans la salle obscure, mais c’est bien ce qui est arrivé l’autre soir devant « Lion » : l’histoire (vraie) de Saroo, un petit garçon indien monté par mégarde dans un train qui l’emmena loin, très loin de chez lui, jusqu’à Calcutta. C’était dans les années 1980. Incapable de prononcer correctement le nom de son modeste village et son propre nom, impossible pour lui de rentrer chez lui. Livré à la rue, de décharge en orphelinat, à la merci des réseaux de trafic d’enfants, il fut finalement adopté par un couple d’Australiens aimants auprès de qui il grandit heureux, devint un adulte épanoui, et oublia sa famille, sa langue maternelle et jusqu’à la façon de manger avec les doigts. 25 ans après, chez des amis indiens de Melbourne, il mange un « jalebi » qui fait remonter en lui tous les souvenirs de son enfance indienne… S’ensuit une quête longue et tortueuse pour identifier son village d’origine et espérer retrouver sa mère et son grand frère…

Ce film est bouleversant. Sans doute en raison de l’interprète du petit Saroo, merveilleux chérubin à la voix éraillée comme Donald Duck, aux grands yeux curieux et confiants. Sa relation avec son grand frère adolescent est extrêmement touchante. Tous les deux vivent de petits trafics pour subvenir aux besoins de base de leur famille très pauvre (l’existence du père n’est pas évoquée et la mère travaille dans une carrière de pierre). Au début du film, on les voit sauter sur un train en marche pour récupérer quelques pains de charbon qui y sont transportés, afin de les échanger au marché contre… deux litres de lait ! Mais ces deux-là sont toujours gais, le grand frère, « Guddu », étant très protecteur vis-à-vis de Saroo, d’une tendresse paternelle très émouvante chez un jeune garçon. Le moment le plus fort du film est incontestablement celui où Saroo se retrouve « emprisonné » dans un train vide qui roule quasiment sans s’arrêter, pendant deux jours, jusqu’à cet endroit inconnu de lui, où les gens parlent une langue différente, Calcutta… Ville grouillante, où les enfants des rues sont légion. Des enfants premières victimes de la rapacité des trafiquants. Tout ceci nous est suggéré et nous prend à la gorge. On respire un peu quand Saroo est finalement adopté et s’envole pour la Tasmanie, mais cette partie-là du film est la moins intéressante et souffre de quelques longueurs : Nicole Kidman a beau jouer à merveille l’Occidentale altruiste et fragile à la fois, son personnage et celui de son mari font pâle figure à côté des personnages indiens (sans mauvais jeu de mot). Mantosh, le frère adoptif de Saroo, lui aussi originaire d’Inde, et victime certainement d’un grave traumatisme aurait pu être plus travaillé (en opposition à Saroo). La petite amie du Saroo adulte est intéressante mais son personnage n’est pas assez développé. Et surtout, que de longueurs dans l’anamnèse difficile du passé d’un Saroo complètement occidentalisé ! Au moins cela fait comprendre ce qu’a eu de pénible, d’obsédant et de presque aliénant ce retour aux origines. Je vous laisse découvrir la fin…

Saroo a écrit son histoire qui a été publiée en 2013 sous le titre A long way from home. Avec des histoires comme ça, la fiction n’a qu’à bien se tenir !

💙 Et sinon… bon vendredi saint 💛

Elizabeth Von Arnim, Fräulein Schmidt and Mr Anstruther

20170201_170419Ne vous laissez pas rebuter par ce titre ingrat. C’est une vraie petite pépite 1900 à laquelle nous avons ici affaire. Que je sache, ce roman n’a pas été traduit en français, et c’est bien dommage pour le lectorat non anglophone ! C’est devenu rare que je m’attache si affectueusement à un personnage de roman, mais là, la « Fräulein Schmidt » du titre m’est allée droit au cœur ! J’ai fait la connaissance de Rose-Marie Schmidt, 25 ans, allemande évidemment (mais anglaise par sa défunte mère), native de Jena, ville illustrée par les faveurs du grand Goethe en son temps, dont le patronage glorieux recouvre de ses rayons toute la cohorte d’universitaires que la ville abrite, jusqu’à l’obscur professeur que Rose-Marie a pour papa chéri.

Le roman est composé des lettres que Rose-Marie envoie à un certain Mr Anstruther, jeune aristocrate anglais – dont on n’a pas les réponses, ce qui donne tout le sel à certains passages. Au début, Rose-Marie est folle amoureuse de Roger Anstruther, qui vient de passer un an à Jena, hébergé dans la maison du père et de la belle-mère de la jeune fille, une pratique prisée par les jeunes Anglais bien nés de l’époque pour apprendre la langue de… Goethe justement. Or Anstruther vient de repartir pour l’Angleterre, la laissant avec un baiser et une promesse de mariage. Les premières lettres sont donc empreintes de l’euphorie sentimentale de la jeune fille qui découvre un monde nouveau, l’amour, et des horizons plus vastes l’extirpant de la vie monotone et modeste qu’elle mène. Et puis, et puis… les situations et les sentiments évoluent (de toutes façons la Saint-Valentin est une fête commerciale), et c’est une Rose-Marie à la tête froide et au caractère affirmé qui apparaît et qui correspond désormais non plus avec « Dearest Roger », mais avec « Dear Mr Anstruther » : une Rose-Marie d’une pétulance, d’une vivacité, d’une drôlerie, d’une ironie jubilatoires !

***Ouverture de la parenthèse « vieux jeu avant l’heure et j’assume » : on a oublié, à l’heure des sms et des réseaux sociaux, combien les gens, il y a un siècle, maîtrisaient l’art épistolaire et la faculté de mettre en scène leur quotidien de façon extrêmement vivante, bien tournée et dans les moindres détails. Evidemment il s’agit d’une fiction rédigée par une romancière consommée, mais j’imagine qu’Elizabeth Von Arnim devait se livrer dans ses lettres à la même fantaisie, à la même débauche de descriptions prises sur le vif mêlées de ses pensées et mouvements d’âme les plus fortuits, témoigner du même coup d’œil très sûr sur le grotesque de la vie et de ses congénères, tutoyer les cimes en citant des extraits de poèmes appris par cœur, et survoler en rase-motte les aspects les plus prosaïques de l’intendance, passer du coq à l’âne sans crier gare… Un exemple : Rose-Marie commence à évoquer indirectement ses peines de cœur qu’elle clôt d’un sec « Let us, Sir, get back to our vegetables« , à partir duquel elle poursuit une séquence hilarante où elle raconte comment elle et son père sont passés au régime végétarien – par conviction, car elle a lu un livre vantant le végétarisme, mais aussi par souci d’économie, son père et elle étant assez démunis sur le plan financier – et les conséquences tragicomiques de ce régime : son père déplorant par exemple le « caractère pédestre » de certains fruits provenant du verger du voisin, voulant dire par là qu’ils sont infectés de bestioles en tout genre !

Rose-Marie se révèle être une femme d’une grande force d’âme, capable de jouir de l’instant présent (notamment du spectacle de la nature) et de revendiquer sa liberté d’esprit, même dans les conditions peu enviables que l’époque et le lieu lui réservent : femme célibataire, fille d’un pauvre professeur qui n’arrive jamais à vendre les livres qu’il écrit, enfermée dans un milieu très provincial aux vues étroites (avis à celles et ceux qui font des feminist studies : intéressez-vous à ce roman dont le sous-titre indique qu’il s’agit des lettres d’une « femme indépendante »). On fait connaissance avec tout un petit monde : Johanna la bonne des Schmidt et son fiancé le joueur de trompette ; Vicki, la petite voisine, fille déchue de l’aristocratie prussienne ; les commères de Jena déblatérant dans le dos des gens ; le frère guichetier de Papa Schmidt ; Joey, le stupide fils de parvenus anglais, et j’en passe, et des meilleurs, tous croqués en finesse par Rose-Marie. Elle mêle un incontestable humour anglais (understatements en pagaille, ton pince-sans-rire, bref, les amateurs comprendront) avec un enthousiasme énergisant qui résonne de façon très germanique (allez pour une petite louche de clichés ^^) : mais après tout, Von Arnim qui était britannique de naissance, a vécu de nombreuses années en Allemagne par son mariage, et donc devait connaître d’assez près la société qu’elle décrit… Du coup je l’aime encore plus qu’après ma lecture de son beaucoup plus connu Avril enchanté !

Je ne vous révélerai pas les aléas de la relation de Rose-Marie avec Mr Anstruther, pour vous laisser la possibilité de profiter pleinement de la lecture que vous ferez, je l’espère très prochainement, de Fräulein Schmidt and Mr Anstruther. Car oui, si vous lisez l’anglais, si vous trouvez ce livre, ruez-vous dessus sans y réfléchir à deux fois : vous rirez, vous sourirez, vous vous délecterez, et vous vous ferez une grande amie de papier ! (Ça commence à faire un peu « pub des années cinquante » mon panégyrique, mais qu’importe, j’en rajoute : ) >>> sous certaines conditions, j’envisage de le prêter à qui veut, signe de l’estime que je porte à ce roman, qui gagne à être largement connu !

Premier livre de l’année 2017, premier coup de cœur ! 

« Fräulein Schmidt and Mr Anstruther » d’Elizabeth Von Arnim, Virago Press, 1983 (1e éd. 1907), 379 p.

Elena Ferrante, L’amie prodigieuse

« Lila va trop loin, comme d’habitude, ai-je pensé. Elle élargissait outre mesure le concept de trace. Non seulement elle voulait disparaître elle-même, maintenant, à soixante-six ans, mais elle voulait aussi effacer toute la vie qu’elle laissait derrière elle. Je me suis sentie pleine de colère. Voyons qui l’emporte cette fois, me suis-je dit. J’ai allumé mon ordinateur et ai commencé à écrire notre histoire dans ses moindres détails, tout ce qui me restait en mémoire. » (p. 22)

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Ô prodige… Le rendez-vous du blogoclub sur le thème de l’amitié tombait aujourd’hui et… j’ai lu les dernières pages de ce livre définitivement génial ce matin, je ne pouvais donc rationnellement pas ne pas venir vous faire un petit compte-rendu tout frais pondu, garanti sans OGM, sans conservateurs, ici-même chez Ellettres, ce recoin d’internet délaissé depuis un bon mois. (Que je vous dise, ce n’est pas par manque de motivation que je n’écris plus de billet, c’est par manque de temps, incroyable non ?) 😀

Cela servira-t-il à quelqu’un que je résume le premier tome de la fameuse saga napolitaine d’Elena Ferrante, quand bon nombre de mes collègues l’ont fait avant moi avec talent (au hasard Florence et Lili) ? Allez, je m’y colle rapido, au cas où l’un d’entre vous serait sorti de sa grotte n’en aurait pas entendu parler : « l’amie prodigieuse », c’est l’autre, c’est Lila Cerullo, la meilleure amie de Lenù (Elena…) Greco, la narratrice. Telles des Tom Sawyer et Huckleberry Finn féminins, elles arpentent leur bout de quartier napolitain des années 1950, jouent à se faire peur, se lancent des défis, confrontent la violence inhérente à leur milieu marqué par la pauvreté : la violence des pères et des maris, des mères, des fiancés jaloux, des garçons et filles dès le plus jeune âge, et celle qui est plus cachée : celle du conflit entre classes sociales, celle de la sinistre Camorra qui fait sentir ses rets de façon subreptice sur les commerces du quartier, et celle qui prend sa source dans des conflits inter-familiaux liés à la Seconde Guerre mondiale, « l’avant » que les deux amies n’ont pas connu et qui fascine Lila.

Pour conjurer le mauvais sort, Lila et Lenù se racontent d’interminables histoires et rêvent de devenir riches en les publiant, comme l’auteur des « Quatre filles du docteur March ». Lila impressionne la gentille Lenù par la vivacité de son intelligence, sa « méchanceté » qui couve comme le Vésuve et son courage sans faille. Son monde tourne désormais autour de son amie, et tout ce qu’elle fait de beau (ses bonnes notes, son entrée au collège, puis au lycée), elle le fait pour et par rapport à Lila. Lila quant à elle n’est pas autorisée à poursuivre sa scolarité bien qu’elle soit très douée. De rage elle se débat pour sortir du carcan qui l’emprisonne, en apprenant latin et grec toute seule et en poussant son frère et son père cordonniers à produire de magnifiques chaussures. De psychodrames en « réalisme social » italien mêlant rire, tendresse et cruauté, on suit les deux amies jusqu’à l’adolescence et… allez je n’en dirai pas plus.

On ne va pas tourner autour du pot : ce livre est une incroyable fresque de la vie d’un quartier qui entre dans les trente glorieuses italiennes. On croirait entendre les réparties que se lancent les mammas italiennes d’une fenêtre à l’autre tout en étendant leur linge 10 mètres au-dessus de la rue. Les Fiat et les Lambrettas commencent à sillonner le quartier. Les garçons aguichent les filles qui se gardent bien de leur répondre de peur de susciter les représailles de leurs pères ou frères et de démarrer des cycles de vengeance à n’en plus finir. Les adultes s’insultent à mots couverts (ou pas) : communiste ! nazi-fasciste ! Ils peinent bien souvent à joindre les deux bouts, et certains doivent tout au parrain du quartier. Pour vous dire, tout le temps de ma lecture je voyais des images de Naples en noir et blanc !

Dans cette pagaille, le talent proprement unique de Lila phosphore comme une étoile dure tombée dans la boue. Son personnage, surtout enfantin, est inoubliable. Mais à mesure que les deux filles grandissent, c’est Lenù, je trouve, qui devient plus intéressante : par son entrée au lycée elle entre dans un nouveau monde dont elle ne connaît encore rien. Bien que celui-ci ne soit en fait que la petite bourgeoisie, c’est déjà une avancée par rapport à son quartier. Elle voit la mer enfin (!), part pour la première fois en vacances à Ischia, découvre les jeunes des beaux quartiers. Elle acquiert progressivement sa voix propre, une furieuse envie d’exister vis-à-vis du monde (et de se sentir ainsi l’égale de Lila). Comme Lila, elle emploie les moyens à sa disposition pour fuir son milieu d’origine.

Un duo d’amie très attachant, plein d’ambivalences dans le genre « je t’aime, moi non plus », qui nous ouvre sur tout un monde d’hier, ses tares, ses faiblesses, mais aussi ses générosités, ses drôleries. Un monde tiraillé entre ses réflexes archaïques (son patriarcat exacerbé, ses jalousies) et son désir de se hisser dans la modernité. Une histoire inoubliable, parfois presque trop touffue, qui « m’colle au cœur et au corps » comme aurait dit Voulzy.

Merci au blogoclub qui a fait remonter ce livre de ma PAL, il était temps que je me mette à l’heure d’Elena Ferrante.

Les billets de : Sylire, Lecturissime, Titine, Zarline, ClaudiaLucia, Christelle

PS : La photo de couverture de l’édition française est très bien choisie, en particulier la
petite fille de gauche a les traits que j’imagine être ceux de Lila.A46612_L_amie_prodigieuse.indd

« L’amie prodigieuse » d’Elena Ferrante, traduit de l’italien par Elsa Damien, Gallimard, 2014, 430 p.

photo-libre-plan-orsec-2Participation au Plan Orsec pour le mois de novembre.