Moi qui n’ai pas connu les hommes, de Jacqueline Harpman

Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Que puis-je ? À ces questions, il est bien difficile de répondre avec certitude. Mais imaginez que vous soyez, comme la narratrice, enfermée dans une cave avec trente-neuf autres femmes, sans savoir où vous êtes ni pourquoi on vous mis là. Vous êtes servie en nourriture deux fois par jour par des gardiens impassibles qui ne répondent pas à vos questions. Ils vous surveillent 24 heures sur 24, vous empêchent de vous toucher physiquement et de hausser le ton, et vous êtes même obligée de faire vos besoins et votre toilette en public. Comme, de plus, vous êtes la plus jeune du groupe, vous ne vous rappelez plus du « monde d’avant » dont parlent les autres femmes, ni même de votre nom. Ça ressemble à une honnête version de l’enfer, n’est-ce pas ? (Je ne dis même pas totalitaire, vu que dans le totalitarisme il existe au moins une idéologie, si délirante soit-elle, qui sert de support et d’explication à l’expérience vécue. Ici, non. Peut-on faire pire que le 1984 d’Orwell ? Apparemment, oui.)

L’audace de ma pensée me suffoquait. Depuis des années, nous étions ici, réduites à une impuissance totale, déchues, démunies de tout même des outils pour se tuer, déféquant en pleine lumière sous les yeux de tout le monde, sous leurs yeux : moi, je voulais gêner un gardien et je pensais en avoir trouvé le moyen.

Imaginez à présent que par un hasard des plus sidérants, vous soyez amenée à sortir de la prison où vous avez été retenue tant d’années avec votre groupe, et que vous sortiez enfin à l’air libre : que ressentiriez-vous ? Que diriez-vous à la vue d’un désert pratiquement vide, seulement peuplé d’autres caves analogues d’où vous tirez la nourriture (surgelée en quantité astronomique) et le matériel de survie de base ? Comment faire société quand on est que quarante femmes ? Et comment se sentir exister dans le temps quand, au fur et à mesure des années, vous devenez la seule survivante dans un monde vide ?

L’élan qui venait de m’emporter réveilla des choses confuses en moi : se donner la main, marcher en se tenant par la taille, se serrer dans les bras, ces mots étaient dans mon vocabulaire, ils désignaient des gestes que je n’avais jamais faits.

Vous l’aurez compris, ce récit à teneur fortement dystopique pose beaucoup de questions fondamentales, sans apporter de réponses toutes faites. Au lecteur de se projeter, et c’est terriblement vertigineux. Cela ressemble à l’expérience particulièrement machiavélique d’un savant fou qui aurait décidé de catapulter des groupes humains non reliés en parenté ni en amitié sur une planète inconnue, pour voir ce qu’ils deviennent, et s’ils restent humains malgré tout. Dans le cas de la narratrice, cela m’a aussi fait penser à ces cas (réels ou inventés) de petits enfants perdus dans la jungle et qui ont grandi sans connaître ce qu’est une famille, l’amour, l’expérience sociale de base dans un monde aussi technique et sophistiqué que le nôtre. Peut-on être humain sans avoir de rapport avec d’autres humains ou une société diversifiée ? Est-on humain autrement ? Naît-on humain ou le devient-on ? Pour la narratrice, l’insensé est son lot commun depuis son plus jeune âge, contrairement aux autres femmes plus âgées ; elle a donc moins de mal à s’adapter à cette vie si éloignée de la nôtre et elle trouve certaines ressources en son for intérieur pour se sentir exister. Elle nous est pourtant aussi étrangère qu’une Alien venue d’une autre planète.

… le temps est affaire d’être humain et, vraiment !, comment pourrais-je me considérer comme un être humain, moi qui n’ai connu que trente-neuf personnes et toutes des femmes ?

Ce court roman m’a fait penser à une foultitude d’autres oeuvres du même acabit. La quatrième de couverture évoque Kafka, Paul Auster ou Le désert des tartares, que je n’ai pas ou peu lus ; moi j’ai surtout et d’abord pensé au Mur invisible de Marlen Haushofer : même cas d’une femme qui doit apprendre à vivre et à se débrouiller sous une immense « cloche » invisible qui la sépare d’un monde extérieur pétrifié sur une place, à la suite d’un cataclysme inexpliqué. Dans le genre de robinsonnades post-apocalyptique, il y a aussi Malevil de Robert Merle (grande lecture de mon adolescence) ou Station Eleven de Emily St-John Mandel. Du côté dystopique, ou conte métaphysique, j’ai aussi pensé à Cristallisation secrète (le côté totalitaire, inexplicable d’un monde qu’on ne maîtrise pas) mais aussi Madrapour, toujours de Robert Merle (12 personnes sont dans un avion sans personnel de bord, et sans savoir où il va), voire à La servante écarlate de Margaret Atwood. Mais en fait, ça ne joue pas pour ce dernier, car contrairement à ce que l’on pourrait croire au début, le propos de Moi qui n’ai pas connu les hommes n’est pas féministe mais « simplement » humaniste. Il y a aussi un côté science-fiction dans cette oeuvre, puisque les femmes se demandent si elles n’ont pas été transportées sur une autre planète à la suite d’un terrible événement dont elles ne se souviendraient pas.

La force de ce texte est qu’il n’apporte aucune réponse claire ; comme la narratrice, on ne peut qu’émettre des suppositions. Le sens de son existence solitaire devient dès lors dangereusement fuyant, surtout si on le met en perspective avec le mouvement impersonnel des planètes au-dessus de sa tête. Il force à chercher ce qui apporte du sens, ce qui nous inscrit dans le temps et dans l’espace : la relation avec les autres, notre famille, notre couple, nos amis, mais aussi avec ce qui nous est différent (les inconnus du métro ou de l’autre bout du monde) – et la chaîne des événements qui compose la trame de notre vie et de l’histoire. Pourtant, ce récit n’est pas complètement triste ni violent, il transmet une forme de sérénité mélancolique, d’acceptation. Toutefois sa tonalité cauchemardesque – cet état que vous voulez quitter à tout prix, dont vous croyez parfois être parvenu à sortir, mais en fait non – est assez oppressante. On est plus dans le registre « poil-à-gratter » que « feel-good », cela va sans dire, ce qui en fait une lecture marquante, et osons le mot, bouleversante à bas bruit.

… et je me dis que je suis seule sur cette terre qui n’a plus ni geôliers ni prisonniers, ignorant ce que je suis venue y faire, maîtresse du silence, propriétaire de caves et de cadavres, je me dis que j’ai marché des milliers d’heures et que bientôt je ferai mes derniers dix pas pour aller déposer ces feuilles sur la table et revenir me coucher sur mon lit de mort, vieille femme toute desséchée dont les yeux que nulle main ne fermera regarderont toujours vers la porte.

J’ai lu Jacqueline Harpman pour la LC qui lui est consacrée aujourd’hui dans le cadre du mois belge.

« Moi qui n’ai pas connu les hommes » de Jacqueline Harpman, Le livre de Poche, Stock, 1995, 192 p.

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Le petit dernier d’une série prodigieusement aimée

« L’enfant perdue » d’Elena Ferrante, t.4 de « L’amie prodigieuse », traduit de l’italien par Elsa Damien, Gallimard, Coll. « Du monde entier », 2018, 551 p. : mes billets sur les tomes 1. L’amie prodigieuse, 2. Le nouveau nom, 3. Celle qui fuit et celle qui reste.

Tout passe, le pire comme le meilleur, et c’est bien ce que semble vouloir nous dire Elena dite Lenú ou Lenuccia, la narratrice de la « saga prodigieuse » à la fin du quatrième et dernier tome. Parvenue à l’automne de sa vie dans les années 2000, elle jette un regard rétrospectif plutôt désenchanté sur son existence, pourtant couronnée de succès littéraires. Ses illusions de jeune gauchiste se sont effondrées, laissant la place à l’insatisfaction de n’être pas parvenue à capter l’essence du monde, de l’état politique de l’Italie à la condition féminine, en passant par son quartier de naissance qu’elle a brillamment mis en roman. Une question la taraude dans ses vieux jours : et si Lila, dépourvue d’éducation, avait rédigé en secret le grand roman « opéra » de Naples, métonymie du chaos qui traverse sans cesse le monde ?

Comme d’habitude, il suffisait de quelques mots de Lila pour que mon cerveau ressente son rayonnement, s’active et révèle son intelligence. (…) A présent que je rencontrais un succès croissant, j’admettais sans gêne que parler avec Lila m’inspirait et m’incitait à établir des liens entre des choses a priori éloignées.

Jusqu’à la fin, Lenú se sera confrontée à son amie d’enfance Lila, son double en négatif, sa doppelgänger. Chacune des deux semble s’être servie de l’autre comme d’un matériau pour se « sauver » d’une condition éprouvante : être née femme dans un quartier pauvre, violent et archaïque de Naples à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Chacune a atteint la reconnaissance sociale différemment : l’une en-dehors de Naples, ayant fait l’ascension de la respectabilité ; l’autre fichée au coeur du bousin napolitain, selon des voies détournées où règne la loi du plus fort. Chacune a essayé de tirer son épingle du jeu face aux formidables évolutions de la seconde moitié du XXe siècle : libération sexuelle, féminisme de la deuxième vague, élans révolutionnaires laissant la place à un néolibéralisme agressif dans les années quatre-vingt, essor de la technologie numérique, irruption de l’individualisme, ravages de la drogue…

Dans les années soixante-dix, Lenú a fait sa révolution personnelle en quittant son mari pour aller vivre avec son grand amour de toujours. Le 4e tome débute sur les conséquences de ce largage : instabilité économique et émotionnelle vis-à-vis de ses filles Dede et Elsa, affrontements divers et variés avec Pietro, sa belle-famille qui lui montre (enfin) ouvertement son mépris social, et sa propre mère qui la renie.

La situation d’Elena n’est donc pas des plus stables à la fin des années soixante-dix, contrairement à celle de Lila qui a lancé son entreprise d’informatique très florissante et jouit dans le quartier d’une autorité comparable à celle des frères Solara, ces petits chefs mafieux qu’elle hait de toute son âme. C’est durant les années de leur trentaine que les deux amies vont se retrouver et que Lenú va même revenir dans le quartier de son enfance qu’elle avait mis tant de force à fuir dans le troisième tome. Ensemble elles se remettent à mener des combats pour la justice et font chacune un gosse en même temps. C’est une période solaire, non dénuée de turbulences. Mais il sera dit que les courbes de leurs deux destins doivent toujours s’inverser proportionnellement. Alors qu’Elena conquiert la reconnaissance littéraire et médiatique et que ses filles s’en sortent bien malgré les aléas du quartier, Lila s’enfonce dans un déclin qui semble irrémédiable après un drame terrible…

Lenú. Voilà un personnage qui est plus qu’un personnage : la voix, l’héroïne et le choeur parfois de cette tragédie (car c’en est une) à la napolitaine. Une voix teintée de duplicité puisqu’elle incorpore celle de Lila et redoute même que cette dernière se soit immiscée dans son récit. Une héroïne sur laquelle on peut se projeter quand on la voit écartelée entre ses impératifs de mère, de femme libre, d’amoureuse et de pourvoyeuse de revenus. Une trans-classe qui ne trouve sa vraie place ni dans la classe cultivée où elle s’est hissée, ni dans le milieu déshérité de son enfance. Un personnage pas si lisse, fier mais se remettant souvent en question, que j’ai retrouvé avec plus d’affection que dans le tome précédent où je l’avais laissée imbue d’elle-même, capricieuse et égoïste. Le « docteur Watson » d’une Lila toujours aussi énigmatique et surprenante, éternelle rebelle à l’autorité, ne craignant que les éléments imprévisibles.

« Ne me décourage pas ! Mon métier, c’est de coller les faits les uns aux autres avec des mots jusqu’à ce que tout semble cohérent, même ce qui ne l’est pas.                     – Mais la cohérence n’existe pas, alors à quoi bon faire semblant ?                                 – Pour mettre de l’ordre. Tu te souviens du roman que je t’avais fait lire et qui ne t’avait pas plu ? J’avais essayé d’encastrer ce que je sais de Naples à l’intérieur de ce que j’ai appris ensuite à Pise, Florence ou Milan. Je viens de le donner à ma maison d’édition et ils l’ont trouvé bon. Ils vont le publier. »

En fait cette saga de L’amie prodigieuse, bien qu’elle s’inscrive historiquement dans les années 1950 à 2000, est un grand mythe  qui commence à Naples et se clôt sur l’universel. Comme tous les mythes, elle est faite de hauts et de bas, de demi-victoires et d’échecs pathétiques, de retours cycliques. Elle cherche à apporter du sens à ce qui est apparemment chaotique. Alors que certains êtres suivent la courbe toute tracée de leur destin, d’autres arrivent à le déjouer en partie (Lenú et Lila bien-sûr, mais aussi Nino au parlement, Pasquale qui passe une licence de géographie…) Beaucoup de personnages secondaires masculins incarnent des vertus ou des vices : la fourberie (Nino) – la cruauté et la rapacité (les deux Solara qui fonctionnent parfois comme un double-double de Lila et Lenú) – la loyauté (Enzo) ou l’idéalisme (Pasquale). Tandis que les personnages secondaires féminins sont plus complexes – ou alors moins travaillés, évoqués dans une sorte de sfumato imprécis. Est-ce à dire que les vies de femmes ne forment pas la matière des mythes, à l’exception des comètes que sont Lila et Lenú ? Ou bien qu’il leur faut deux fois plus d’efforts que les hommes pour s’en sortir et faire l’histoire ?

Être né dans cette ville – écrivis-je même une fois, ne pensant pas à moi mais au pessimisme de Lila – ne sert qu’à une chose : savoir depuis toujours, presque d’instinct, ce qu’aujourd’hui tout le monde commence à soutenir avec mille nuances : le rêve du progrès sans limite est, en réalité, un cauchemar rempli de férocité et de mort.

Tout passe, même les meilleurs séries. Voilà pourquoi je tourne la dernière page de ce dernier tome le coeur un peu serré de quitter ce carrousel de personnages, de passions et d’histoire. Cette série, dont le style n’est pourtant pas remarquable mais la lecture proprement addictive, m’aura offert un Naples fascinant, digne des mille et une nuits, et une réflexion ouverte sur notre (post-)modernité en devenir. Ciao Elena!  

Six nouvelles de Virginia WOOLF

G01268Il y a quelques temps, Florence m’a proposé la lecture commune d’un joli recueil de nouvelles de Virginia Woolf qui vient de paraître chez Folio sous le titre « Rêves de femmes ». J’ai sauté sur l’occasion de lire des récits courts de la dame, tant j’avais apprécié ceux écoutés en podcast. Accessoirement, c’est une jolie manière de s’initier aux écrits de Woolf pour ceux à qui elle fait peur : le recueil est très mince, d’un prix minime, et il comporte des notes éclairantes de la traductrice Michèle Rivoire.

Au début du recueil, un court essai de Virginia Woolf sur le thème faussement simple « des femmes et du roman » articule la façon dont les femmes sont représentées dans la fiction, et la littérature qu’elles écrivent. Elle pointe des idées qu’elle développera dans « Une chambre à soi ».

« … non seulement les femmes se prêtent moins aisément à l’analyse que les hommes, mais ce qui fait leur vie échappe aux méthodes habituelles par lesquelles nous examinons et sondons l’existence. » (Et donc Virginia va employer des moyens narratifs nouveaux pour parler des femmes).

« Rêves de femmes » est un joli titre. Vu que nous sommes au début de la semaine du Bac, arrêtons-nous sur les deux termes : ‘rêves’ et ‘femmes’. Qui mieux que Virginia Woolf pouvait décrire les rêves, les désirs et les épanchements des femmes ? Qui mieux qu’elle pouvait traduire la soif des femmes de son époque d’être et d’avoir plus que la quote-part qui leur est concédée dans une société dominée par les hommes ? Car les rêves des femmes qui affleurent dans ces nouvelles sont de deux natures : songerie et idéal personnel (et voilà ma problématique !).

Tamara de Lempicka, Jeune fille en vert (1930)

Du côté de la songerie, il y a la première nouvelle du recueil : « Un collège de jeunes filles vu de l’extérieur ». Elle commence à la nuit, dans le calme apparent d’un sage pensionnat. C’est le moment propice pour libérer toute une fantaisie d’images, de souvenirs et d’émotions émanant de la jeune Angela. Au milieu des rires étouffés et des bribes de conversations de pensionnaires censées dormir, elle se remémore une scène qui l’a bouleversée… Nous sommes placés au centre du carrousel de pensées vagues qui tournoient autour de l’insomniaque, jusqu’à la fixation sur le souvenir qui tient le sommeil à distance. Il faut se laisser porter sur les ailes de ce texte poétique sans chercher à tout maîtriser.

« … et Angela, absolument incapable de rester tranquillement assise, le coeur comme dévasté par une tempête, se mit à faire les cent pas dans la pièce (témoin de la scène), bras tendus pour soulager cette fièvre, cette stupeur qui l’avait saisie quand s’était incliné l’arbre miraculeux, un fruit d’or à la cime – ne lui était-il pas tombé dans les bras ? » (p. 29)

« Dans le verger » appartient aussi au sens premier du mot « rêve » puisque « Miranda dormait dans le jardin… » Les choses qui l’entourent la traversent comme si tout s’interpénétrait : rayons du soleil, brise, arbre, cloches, écoliers qui répètent leurs tables de multiplication… Quand brusquement son rêve s’arrête. Mais était-elle vraiment endormie ? N’était-elle pas plongée dans une sorte d’extase, dans un état de demi-sommeil ? L’auteure excelle à nous faire voir la face cachée de la conscience.

« (« Oh, je vais être en retard pour le thé ! » s’écria Miranda), et les pommes reprirent aussitôt leur place contre le mur. » (p.59)

Les quatre autres nouvelles interprètent le rêve comme désir subversif de chose proprement à soi qui ne serait pas définie par les hommes ou la société (même s’il est difficile parfois de séparer le rêve-rêverie, du rêve-désir). Avec beaucoup d’humour, l’auteure démasque les hypocrisies sociales et l’écart entre réalité et préjugés.

« Une société » est le récit picaresque d’un club de jeunes femmes qui décident d’enquêter sur les fondements supposés de la supériorité masculine qu’elles ont intégré malgré elles dans leurs schémas mentaux. Armée, université, clubs, science, littérature, politique, aucune sphère masculine de l’époque n’échappe à leurs regards aiguisés. Et puis certains événements font revoir les ambitions de certaines… Un récit empreint d’un féminisme joyeux et impertinent.

« N’est-ce pas nous qui les élevons ainsi, depuis la nuit des temps, les nourrissant et assurant leur confort afin qu’ils puissent être intelligents à défaut d’autre chose ? C’est notre faute ! » (p. 52)

« Moment d’être : ‘Les épingles de chez Slater ne piquent pas' » décrit une sorte de contemplation intérieure provoquée chez une jeune femme par une phrase anodine de sa professeure de piano. Elle suscite une exploration par petites touches de la personnalité mystérieuse de cette professeure célibataire, et parvient à révéler tout en finesse une vie vécue en-dehors des normes sociales.

« L’espace d’un instant, tout parut transparent à ses yeux, comme si, au-delà de Miss Craye, Fanny Wilmot apercevait la source d’où son être jaillissait en pures gouttes d’argent. » (p. 70)

Je rejoins Florence (l’intérêt de publier mon billet en retard) sur le fait que « Lappin et Lapinova » est le conte cruel d’un couple de jeunes mariés, pris dans les rets d’une fiction infantile. Les désillusions du mariage sont ainsi abordées par Virginia (qui s’en est fait une spécialité).

« ‘Prise au piège, dit-il, tuée’, et il s’assit pour lire le journal. » (p. 85)

Et de fait, « Le legs » qui clôt le recueil montre qu’on peut fortement s’illusionner sur les apparences de son propre mariage. C’est une nouvelle différente des autres, plus classique avec ses personnages semblant sortis d’un théâtre et sa chute fracassante. Presque une mini-intrigue à la Agatha Christie !

« Et pourtant, comme c’est étrange, se répéta-t-il, qu’elle ait tout laissé en si bon ordre. » (p. 86)

Un régal que de picorer ces textes courts et lumineux, reflétant chacun les différentes facettes d’une même agathe !

Filez voir le billet de Florence avec qui j’ai fait cette lecture commune. (Et qui est-ce qui a loupé le jour de la publication qu’elle avait elle-même fixé ? C’est Bibi ! :/ )

L’image contient peut-être : 1 personne, bébé et texteDeuxième participation au mois anglais, pour le jour « Vintage Classics » (so chic, isn’t it?)

« Rêves de femmes » de Virginia Woolf, Folio classique, 2018, 144 p.

Le nouveau nom

Je me suis enfin lancée dans la suite de L’amie prodigieuse, cette saga italienne à succès que j’avais tant aimé découvrir. Le livre patientait depuis des mois dans ma bibliothèque. Phénomène PAL. En juillet c’était le bon moment, sous le soleil, pendant des vacances en Italie justement. Malgré ma méconnaissance de la langue de Dante, l’environnement acoustique collait. J’ai plongé dedans et n’en suis sortie qu’à bout de souffle, la tête et le coeur aspirés par les personnages, leurs vies à la dure et le quartier napolitain où l’on avait suivi leur enfance dans le premier tome. Il m’a fallu deux jours de décompression pour commencer une nouvelle lecture. Preuve que ce roman n’a pas usurpé son statut de best-seller mondial, et cela me rend soudain très reconnaissante envers l’industrie du livre qui permet au plus grand nombre de s’autoriser de tels voyages !

On reprend l’histoire là où on l’avait laissée. Au printemps 1960, Lila, 16 ans, s’est mariée avec Stefano l’épicier enrichi. Son joli conte de fée s’achève le soir de la noce, quand elle comprend que son mari l’a trahie en s’alliant aux frères Solara qu’elle déteste. Sa vie conjugale devient un enfer, malgré le nouvel appartement doté d’un confort moderne inenvisageable dans son ancien quartier. Mais Lila, fidèle à sa réputation de rebelle, emploie sa vive intelligence à résister à sa nouvelle condition par tous les moyens. Lenú la narratrice poursuit une voie bien différente, plus obscure, celle des études au lycée où à force d’efforts méritoires elle se hisse à la première place, contredisant la fatalité de son milieu, où très rares sont ceux qui dépassent le primaire.

Ce deuxième tome intensifie la narration, se concentrant sur l’écheveau des relations du groupe d’amis qui accèdent à l’âge adulte et cherchent tous à se faire une place au soleil, quitte à empiéter sur celle des autres. L’insouciance de l’enfance est révolue. Elena Ferrante resserre le regard sur la problématique des oppositions entre classes sociales. Tel un Émile Zola italien, elle montre que même dans un quartier populaire, de subtiles différences délimitent ceux qui s’en sortent, par leurs mérites ou leurs magouilles, et ceux qui restent enfoncés dans la misère, pauvres veuves ou malchanceux, et dépendent des premiers pour manger. Il s’en faut parfois d’un cheveu pour basculer d’un niveau à l’autre, ce qui est une caractéristique de la pauvreté. Ferrante démonte les combines de chacun, la fierté à vif ou la folie engendrées par des rapports de force exacerbés. C’est un monde où tout le monde insulte tout le monde à grands cris, ses fournisseurs comme ses plus proches parents, et cela semble normal.

« Dans l’inégalité, il y avait quelque chose de beaucoup plus pervers, et maintenant je le savais. Quelque chose qui agissait en profondeur et allait chercher bien au-delà de l’argent. Ni la caisse des deux épiceries ni même celle de la fabrique ou du magasin de chaussures ne suffisaient à dissimuler notre origine. Et quand bien même Lila prendrait dans le tiroir-caisse encore plus d’argent qu’elle n’en prenait déjà, quand bien même elle en prendrait des millions, trente ou même cinquante, elle n’y arriverait toujours pas. Ça, moi je l’avais compris, et il y avait donc enfin quelque chose que je savais mieux qu’elle : je ne l’avais pas appris dans ces rues mais devant le lycée, en regardant la jeune fille qui venait chercher Nino. Elle nous était supérieure, comme ça, sans le vouloir. Et c’est ce qui était insupportable. » (p. 165)

Sous ses dehors sages, Lenú est le personnage le plus transgressif finalement : descendante d’une lignée « de paysans analphabètes », une fille qui plus est, elle ose se confronter aux tenants de la culture savante pour qui tous les attributs du savoir – et du savoir-vivre – sont naturels. Parler italien sans accent, savoir se comporter en société, c’est pour elle comme une langue étrangère à dominer – au sens littéral puisque sa langue maternelle est le dialecte napolitain – sans jamais espérer en saisir toutes les subtilités. Il y a de l’Annie Ernaux dans ce parcours de bonne élève, de transfuge de classe, honteuse de son milieu d’origine, mal à l’aise face à ses amis bourgeois, partout en décalage, téméraire malgré elle, désireuse d’être naturalisée dans une forme de patrie intellectuelle qui seule ne regarde pas ses origines. Son personnage s’aiguise dans ce tome, fait preuve de plus de volonté propre, d’autonomie, malgré ses fragilités identitaires qui la rendent plus accessible que Lila.

« Oui, c’est comme ça, j’ai trop peur, et c’est pourquoi je souhaite qu’on en finisse au plus vite et que les êtres peuplant mes cauchemars viennent dévorer mon âme. » (p. 383)

Mais on ne peut concevoir Lenú sans Lila, et inversement. Les deux amies se « cannibalisent » symboliquement, chacune se nourrissant de ce que l’autre a de plus cher pour se tailler sa place dans un monde où les femmes comptent pour quantité négligeable et sont asservies à leurs hommes. Lila, devenue Mme Carraci, son « nouveau nom » qui l’emprisonne, se convertit en l’incarnation de la condition féminine dans un milieu populaire du Naples des années soixante. Il est significatif que le récit s’attache beaucoup plus à décrire son corps dans ce tome que ses prouesses intellectuelles, bien qu’à plusieurs occasions celles-ci affleurent et nous rappellent la multiplicité prodigieuse de ses dons. Elle est toujours autant fascinante, aux yeux de Lenú comme des nôtres ! Mais tout chez Lila est voué à un éternel cycle de création/destruction. Comme le Vésuve aperçu de sa cuisine, la jeune épouse condense la colère antique des femmes de son quartier pour la recracher contre son entourage oppresseur à divers degrés. Ce qui n’empêche pas les autres femmes de la détester cordialement, y compris Lenú parfois. Elle est trop « méchante » pour une femme, ne respecte aucune règle et n’en fait qu’à sa tête.

« … depuis l’enfance, nous avions vu nos pères frapper nos mères. Nous avions grandi en pensant qu’un étranger ne devait pas même nous effleurer, alors qu’un parent, un fiancé ou un mari pouvaient nous donner des claques quand ils le voulaient, par amour, pour nous éduquer ou nous rééduquer. » (p. 67)

*** Ouverture d’une parenthèse spoil *** Le nouveau nom, c’est peut-être aussi celui qui est imprimé sur la couverture du roman écrit par Lenú, qui transcende le nom de la fille de l’humble portier de mairie. Symétriquement, elle accède à la fin du récit à la reconnaissance mondaine tandis que Lila dégringole l’échelle sociale. *** Fermeture de la parenthèse spoil ***

« Oui, c’est Lila qui rend l’écriture difficile. Ma vie me pousse à imaginer ce qu’aurait été la sienne si mon sort lui était revenu, à me demander ce qu’elle aurait fait si elle avait eu ma chance. Et sa vie surgit constamment dans la mienne… » (p. 446)

Politiquement, le système est dominé par la rivalité entre communistes et démocrates-chrétiens, avec les socialistes au milieu ; dans la rue les jeunes communistes et les jeunes fascistes se font le coup de poing tandis que les étudiants gauchistes parlent Révolution, Planification, ouverture au centre. Mais aucun de ces mots ou de ces actes ne semblent avoir une quelconque incidence sur la vie du quartier de Lila et Lenú. Ce sont deux mondes qui se côtoient et se mêlent très peu, malgré la militance communiste de Pasquale ou les efforts de Lenú pour avoir l’air dans le coup face à Nino, son « crush » de toujours. À la fin du deuxième tome, nous avons atteint la veille du mai 68 italien, le calme avant la tempête.

Et puis il y a cette parenthèse enchantée au milieu du récit, l’été à Ischia. Les deux amies y passent des vacances pour des raisons toutes sauf légères. Et pourtant on bascule dans un moment hors du temps, solaire, très dolce vita, où l’amour et la jeunesse tressent des couronnes de fleurs sur le front d’une passion aussi surprenante que dérangeante. Fougue, arrangements secrets et déchirements sont de la partie et nous mettent des papillons dans le ventre à nous aussi ! (Oui je parle au nom de tous les lecteurs).

« C’est seulement dans la perspective d’un amour irréalisable que le baiser qu’il lui avait donné dans la mer commença à sortir de l’indicible.  » (p. 314)

Alors certes, les heurs et malheurs (surtout ces derniers) des personnages ont parfois mis mes nerfs à rude épreuve, certes la narration a une luxuriance quasi suffocante, et certes il y a des défauts de traduction, mais vous l’aurez compris, cette lecture est un coup de coeur magistral, et je ne sais ce qui me retient de filer fissa mettre la main sur le troisième tome, si ce n’est le désir de faire durer le plaisir de cette saga magnifique (et magnétique, comme me le suggère le traducteur de ma tablette, qui pour une fois n’est pas à côté de la plaque !)

« Le nouveau nom » d’Elena Ferrante, traduit de l’italien par Elsa Damien, Folio Gallimard, 2016, 623 p.

Barbara Pym, Excellent Women

« Perhaps I really enjoyed other people’s lives more than my own. »

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Que n’ai-je lu plus tôt Barbara Pym ! Et comme ses « excellent women » éclipsent toutes les autres vieilles filles de la littérature anglaise ! Ceci dit sans froisser personne évidemment (je t’aime bien aussi Agatha…). Mais comment ne pas craquer devant les indécrottables catherinettes croquées par miss Pym, irrémédiablement plongées dans le bénitier, avec leur sens de l’autodérision pour seule bouée de sauvetage. Mildred Lathbury, fille de clergyman et narratrice de ce roman, en est une. Logée dans un bas quartier de Londres quelque part après la guerre (la seconde), elle partage sa vie entre son travail dans un bureau d’aide aux gentlewomen en délicatesse financière, et sa paroisse où elle suit journellement les offices, se voue aux mille et une activités de cette fourmilière dévouée, et prend le thé avec le vicaire Julian Malory et sa soeur Winnifred. Son quotidien millimétré mais un peu terne va subitement changer lorsqu’un couple des plus extravagants (pour elle) s’installe dans l’appartement au-dessous du sien. C’est le partage de la salle-de-bain commune qui va enclencher ses rapports tumultueux avec Helena et Rockingham Napier, une anthropologue et un officier de la Navy, personnages qui envoient valser les certitudes qu’elle s’était forgée sur elle-même. Mildred n’est pas insensible au charme du beau Rocky, mais elle n’est pas la seule célibataire de son entourage à succomber aux attraits du sexe opposé…

« She called out, ‘I think I must have been using your toilet paper. I’ll try and remember to get some when it’s finished.’ ‘Oh that’s quite all right’, I called back, rather embarrassed. I come from a circle that does not shout aloud about such things, but I nevertheless hoped that she would remember. The burden of keeping three people in toilet paper seemed to me rather a heavy one. »

Résultat de recherche d'images pour "barbara pym des femmes remarquables"On a comparé Barbara Pym à Jane Austen pour sa capacité affûtée à croquer un petit monde qu’elle connaît bien. Mais j’ai l’impression qu’Austen est LA référence obligée quand on lit une romancière anglaise qui décrit finement un milieu social (surtout pour les critiques français). Si Austen il y a, ce serait une Jane sans beau mariage à la fin, ce qui lui confère un charme très mature, une mélancolie amusée, un regard un peu fataliste bien qu’indulgent, une conscience existentielle de la futilité de nos attachements. J’ai littéralement savouré chacune des pages de ce roman, depuis la première jusqu’à la dernière – au début je les cornais même frénétiquement pour retenir les passages qui me faisaient sourire avec un petit pincement au coeur. Mildred m’a immédiatement fait penser au personnage de Chummy dans la série « Call the Midwife » (il faudrait que j’en parle de cette série d’ailleurs…) : aussi grande en taille que son taux d’auto-estime est bas, un accent upper-class à couper au couteau à huîtres dans le quartier populaire où elle est obligée de vivre. La propre mère de Chummy, d’ailleurs, se retrouve à un moment acculée à recourir aux services d’une association de ladies dans l’embarras, comme celle où travaille Mildred ! Ce n’est pas le seul personnage qui paraît tout droit sorti de Call the Midwife : il y a aussi une réjouissante Sister Blatt, dont le caractère bourru et caustique, et la silhouette imposante juchée toute voile dehors sur la bicyclette en fait la soeur naturelle de Sister Evangelina ! A croire que les scénaristes de la série ont lu Pym, ce qui ne m’étonnerait absolument pas.

Là où Pym peut s’assimiler à Austen (mais aussi à toute une tradition qui inclurait Elisabeth Von Arnim ou Nancy Mitford entre autres), outre la haute fréquence des tea-times, c’est dans la façon dont elle compose des scènes pleines de verve à partir de petits riens, de personnages humains, trop humains, qui se rencontrent, se heurtent, se méjugent, ne se comprennent jamais vraiment et tentent tous de trouver un sens à leur vie à leur façon. Une réflexion anecdotique peut soudain avoir une portée bien plus large, révéler une vérité qu’en tant que lecteur nous avons pu aussi ressentir sans savoir l’exprimer.

« Did we really need a cup of tea? I even said as much to miss Statham and she looked at me with a hurt, almost angry look. ‘Do we need tea?’ she echoed. ‘But miss Lathbury…’ She sounded puzzled and distressed and I began to realise that my question had struck at something deep and fundamental. It was the kind of question that starts a landslide in the mind. I mumbled something about making a joke and that of course one needed tea always, at every hour of the day or night. »

La paroisse offre des tas d’occasions de ce genre : lors de la braderie par exemple, les responsables murés dans la salle de vente s’apprêtent à subir la ruée des acheteurs que Sister Blatt compare aux commandos débarquant sur les plages de Normandie en 44. Ce genre de détail est d’ailleurs la seule concession de Pym au contexte politique et social de l’époque, que l’on devine en filigrane. En parlant de paroisse, il y a ce clivage qui file le roman entre ceux qui vont à l’église et ceux qui n’y vont pas (et puis entre les anglicans et les catholiques, et au sein des anglicans, entre les high et les low church…) Un peu exotique pour un lecteur non averti, mais on ne peut s’empêcher de penser à l’immense rôle social de la religion (en plus du spirituel). Qui n’a jamais assisté au sermon d’un prêtre en lui attribuant mentalement une note comme le fait la collègue de Mildred ?

« I began piling cups and saucers on to a tray. I suppose it was cowardly of me, but I felt that I wanted to be alone, and what better place to choose than the sink, where neither of the men would follow me? (…) My thoughts went round and round and it occured to me that if I ever wrote a novel it would be of the ‘stream of consciousness’ type and deal with an hour in the life of a woman at the sink. » (Une référence parodique à Woolf et Zweig dans la même phrase, ça, ça vaut son pesant de cakes !)

Il y a aussi un discret féminisme affleurant de temps en temps à la surface, un féminisme pratique de femmes un peu méprisées par la société – une société qui les taxe d' »excellentes » pour ne pas dire qu’elle les rejette hors des sentiers de la fortune amoureuse et de la réussite sociale pour les cantonner aux tâches subalternes et à l’observation de la vie des autres. Des femmes qui s’attachent à leur dignité, dans le rang desquelles se place d’elle-même Mildred, dont la lucidité désenchantée, la bonté profonde et la bonne éducation en font un personnage d’emblée très attachant. Les auteures anglaises excellent à donner vie à ce genre de personnage de femme entre deux eaux, en demi-teinte, décalée en somme, et immunisée contre le premier degré et la vaine ambition (je repense à ma chère Rose-Marie Schmidt…). Bonne poire en surface, plus acide en-dessous : la compagne rêvée de nos propres introspections, celle qui nous apprend à rire ou sourire de nos illusions déçues, de nos ridicules et nos réactions absurdes dans des moments incongrus, comme peut l’être celui où l’on se fait larguer tout en gardant la raquette de ping-pong à la main avec laquelle on jouait un instant plus tôt.

« Perhaps long spaghetti is the kind of thing that ought to be eaten quite alone with nobody to watch one’s struggles. Surely many a romance must have been nipped in the bud by sitting opposite somebody eating spaghetti?« 

Et il ne faut pas croire, même (et surtout ?) dans les microcosmes il y a des coups de théâtre, des chassés-croisés amoureux dignes du vaudeville et des quiproquos. Barbara Pym a su marier subtilité, réflexions existentielles et comédie pour mon plus grand bonheur, et j’espère le vôtre !

♥ Coup de Coeur ♥

Allez flâner sur le blog de Keisha pour lire d’autres billets sur Pym… Je crois que j’ai bel et bien grâce à elle rejoint le club des pymistes 😉

Image may contain: 3 people, people smiling, food and indoor3e participation à l’excellent Mois Anglais (même si c’est un peu poussif en ce moment de mon côté et que je regrette de ne pouvoir lire vos billets autant que je le souhaiterais…)

 

Excellent Women de Barbara Pym, Virago Modern Classics, 2013 (rééd. 1952).

Ed. française : Des femmes remarquables, traduit de l’anglais par Sabine Porte, éd. Belfond, coll. Vintage, 2016, 316 p.