Un été sans les hommes, de Siri Hustvedt

Comme un bon verre de vin jeté derrière la cravate, le bonheur de se découvrir des affinités avec un auteur ensoleille nos pensées et gonfle nos veines d’un sang nouveau. Notre monde chaotique retrouve un peu de sa queue et de sa tête. L’auteur met des mots sur nos ressentis indicibles et les actions incompréhensibles de nos congénères trouvent leur place dans la grande mécanique universelle. Tout cela par le truchement de personnages en apparence très éloignés de nous. C’est là le miracle (roulements de tambour) de la littérature.

Le caractère éphémère du sentiment humain est proprement risible. Les fluctuations de mes humeurs dans le courant d’une seule soirée me donnèrent l’impression d’avoir un caractère en chewing-gum(P. 77)

Par cette péroraison, je l’espère, pas trop éléphantine, vous aurez compris que j’ai eu le coup de cœur pour « Un été sans les hommes » de Siri Hustvedt. J’ai suivi sans barguigner cette femme de 50 ans quittée de la plus hypocrite des façons par un mari qui souhaite faire une « pause » dans sa vie conjugale trois fois décennale. Mais comme il ne s’agit pas de n’importe quelle femme (c’est une poétesse) (sic), ni de n’importe quel mari d’ailleurs (c’est un neurobiologiste), on évite le pathos habituel sur ce genre de sujet. Le pire est déjà passé (une bouffée délirante soldée par une semaine en séjour psychiatrique) et Mia, la narratrice, décide de quitter Brooklyn pour passer l’été dans son Minnesota natal. Contrairement aux apparences, ce n’est pas un enterrement de première classe dans un trou paumé du midwest américain. Sa vie retrouve un contenu grâce aux femmes qu’elle va y fréquenter, qui toutes lui présentent des miroirs d’elle-même, de son passé et de son avenir : du cercle d’amies octogé-nonagé-centenaires de sa mère, aux sept adolescentes à qui elle donne des cours de poésie, en passant par sa jeune voisine, mère de deux enfants en bas âge et délaissée par un mari instable. Sans les hommes donc, le roman respecte son intitulé programmatique, à la notable exception de Simon, le nourrisson.

De la phénoménologie du coucher de petit enfant (ô combien je m’identifie ! ) : Pendant ce temps, Lola menait une campagne parallèle avec son petit moulin à paroles déluré de même pas quatre ans, Flora, qui lambinait, faisait le singe et négociait son parcours vers ce que Sir Thomas Browne a un jour appelé « le frère de la Mort ». Vaillamment, oh, comme elle combattait vaillamment la perte de conscience en recourant à toutes les ruses possibles : histoires pour s’endormir, verres d’eau et juste encore une chanson, jusqu’à ce que, épuisée elle aussi par les rigueurs de la bataille, elle s’abandonne, l’articulation d’un index recourbé dans la bouche… (p. 76).

L’humour de la femme délaissée devrait compter au rang du patrimoine culturel, au même titre que l’humour anglais ou l’humour juif. Il est à la fois spécialement corrosif, subtilement désenchanté et pourtant toujours très tendre. Mia ne déclare pas la guerre aux hommes, loin de là ; elle s’analyse, ainsi que son couple failli, avec la distance amusée d’un entomologiste qui étudierait la sexualité des gendarmes (les insectes, pas les gardiens de la paix). Les aléas de ses compagnes de 13 à 102 ans lui permettent de dresser un portrait à vif de la condition féminine aujourd’hui. De la furtivité du harcèlement entre filles à l’occultation de leurs désirs profonds, les femmes sont elles condamnées à se détourner sans cesse de leur être ? À vivre pour et par les autres ? Les affres sentimentaux des ‘jeunes » viennent se superposer aux trajectoires conjugales des « anciennes », en un palimpseste sans cesse réécrit que ne renierait pas Jane Austen, qui fait ici plusieurs apparitions pour notre plus grand bonheur (d’autant que c’est dans le cadre d’un club de lecture du troisième âge).

Et qui d’entre nous reprocherait à Jane Austen ses dénouements heureux ou affirmerait que Cary Grant et Irene Dunne ne devraient pas se réconcilier à la fin de Cette sacrée vérité ? Il y a des comédies et il y a des tragédies, pas vrai ? Et elles se ressemblent plus souvent qu’elles ne sont différentes, un peu comme les hommes et les femmes, si vous voulez mon avis. Une comédie, c’est quand on arrête l’histoire exactement au bon moment. (P. 214)

Pourtant l’auteur ne tombe pas dans la fatalité. Elle intercale de manière amusante (je suis fan du procédé) des appartés sur différentes théories neuro-cognitives cherchant à expliquer, sans succès définitif, les raisons des écarts entre femmes et hommes. L’élan vital et créateur de Mia jaillit également à travers ses poèmes qui parsèment le livre en compagnie de poèmes écrits par des poètes « réels », qui investissent ainsi clandestinement le champ de la prose (une solution à la désaffection pour la forme poétique dans le public des lecteurs ?).

Un passage qui parlera sans doute à beaucoup de blogueuses littéraires : Le club de lecture, c’est très important. Il en pousse partout, comme des champignons, et c’est une forme culturelle presque entièrement dominée par des femmes. En réalité, la lecture de fiction est souvent considérée comme une activité féminine, de nos jours. Beaucoup de femmes lisent de la fiction. La plupart des hommes, non. Les femmes lisent des fictions écrites par des femmes et par des hommes. La plupart des hommes, non. Si un homme ouvre un roman, il aime avoir sur la couverture un nom masculin ; cela a quelque chose de rassurant. On ne sait jamais ce qui pourrait arriver à cet appareil génital externe si l’on s’immergeait dans des faits et gestes imaginaires concoctés par quelqu’un qui a le sien à l’intérieur. (p. 175). Messieurs, faites-la mentir !

Pour tout dire, je suis tombée sous le charme de cette écriture faussement désinvolte qui rit d’elle-même, s’arrête un moment pour adresser un message d’affection au lecteur, se répond d’un paragraphe à l’autre et se demande comment elle va faire pour parler d’événements distincts mais néanmoins simultanés. Ce côté théorie littéraire en action m’enchante, tout comme les autres genres littéraires qui d’habitude courent parallèles au genre romanesque (la neurologie, la psychologie, la philosophie, la linguistique et même le dessin) mais sont ici fondus allègrement dans l’histoire racontée. Cela me rejoint plus que 100 traités savants car les personnages et les situations croqués avec la jovialité du désespoir insuflent un courant de vie dans nos interrogations existentielles.

Mia, dans mes bras, vieille amie.

Siri, dans mon panthéon, chère écrivain.

Le temps nous embrouille, vous ne trouvez pas ? Les physiciens savent jouer avec mais, en ce qui nous concerne, il faut nous accommoder d’un présent fugace qui devient un passé incertain et, si confus que puisse être ce passé dans nos têtes, nous avançons toujours inexorablement vers une fin. En esprit, cependant, tant que nous sommes vivants et que nos cerveaux peuvent encore établir des connexions, il nous est possible de sauter de l’âge adulte, puis en sens inverse, et de dérober, dans l’époque de notre choix, un petit morceau savoureux ici, un autre plus amer là. Rien ne peut jamais redevenir comme avant, mais uniquement comme une réincarnation ultérieure. Ce qui était autrefois l’avenir est maintenant le passé, mais le passé revient au présent à l’état de souvenir, il est ici et maintenant dans le temps de l’écriture. (P. 211).

« Un été sans les hommes » de siri Hustvedt, traduit de l’américain par Christine Le Bœuf, Actes Sud, 2011, 216 p.

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Les dieux ont soif, d’Anatole France

received_10214568798352465.jpegDe moi-même, je n’aurais jamais songé à ouvrir un livre d’Anatole France. L’occasion m’en a pourtant été fournie par le conseil enthousiaste d’un ami. Il fait bon suivre les conseils parfois (parfois).

Les dieux ont soif (de sang, s’entend), c’est un mot de Camille Desmoulins. Anatole France l’a choisi pour intituler son roman sur la Terreur : celle qui enfle en 1793 quand la jeune République née de la Révolution se retrouve assiégée par tous les monarques européens et confrontée aux rébellions de ses marges, et décide de se doter d’un tribunal révolutionnaire pour annihiler ses ennemis intérieurs. En à peine plus d’un an, des milliers de personnes périrent sous la guillotine pour des motifs de plus en plus fallacieux mais soit-disant toujours pour conspiration anti-révolutionnaire, qu’ils soient coupables ou innocents, royalistes ou fédéralistes, girondins ou « accapareurs », enragés ou modérés, aristocrates ou sans-culottes, ci-devant reine de France ou fille du peuple, et bientôt les partisans de Danton, d’Hébert et des révolutionnaires montagnards les plus convaincus.

Avec une écriture élégante, l’auteur nous fait revivre cette spirale de violence paranoïaque que seule vient clôre l’arrestation de Robespierre et de ses partisans en juillet 1794. Il choisit de nous la faire vivre sous les traits du jeune Évariste Gamelin. Peintre de son état, fervent révolutionnaire, il est nommé juré du tribunal révolutionnaire pour son ardeur à la cause (et par l’entremise d’une intrigante qui aurait mieux fait d’y songer à deux fois). Il est pauvre et pur, dans le genre de l’Incorruptible, c’est-à-dire à la fois froid comme la glace et désintéressé, attentif au bien-être de l’humanité qu’il entend servir en la débarrassant de la lie qui la gangrène (« La révolution fera pour les siècles le bonheur du genre humain » déclame-t-il sans ciller, p. 42). Il se prend à vénérer Robespierre comme la conscience même de la Révolution, l’être suprême capable de discerner le bien du mal. D’abord circonspect dans l’exercice de la justice, il est peu à peu pris dans l’engrenage de la Terreur, et comme ses co-jurés, il condamne de plus en plus les accusés (toujours plus nombreux) à la mort, sans pitié, estimant que leur seule accusation suffit pour les rendre coupables.

Même l’amour de la sensuelle Élodie, les liens familiaux ou amicaux avec ses anciens compagnons d’infortune ne suffiront pas à le faire dévier de sa trajectoire funeste qu’il envisage comme un devoir sacré. Avec une ironie et une clarté de glace, l’auteur nous fait mesurer le péril des idéologies qui entendent réformer l’humanité quand elles sont au pouvoir. Elles engendrent l’enfant monstrueux du fanatisme (il est fabuleux que ce roman ait été écrit au début du terrible 20e siècle… et que je publie ce billet en ce triste jour anniversaire). Le roman se lit facilement, les chapitres s’enchaînent et avec eux, on grimpe chaque fois un échelon de plus dans la terreur qui telle une bête immonde, finit par avaler ses propres enfants. Quand une faction est exterminée, elle doit trouver sa prochaine proie. Et pourtant, ces jurés étaient des gens normaux…

« Les jurés, divers d’origine et de caractère, les uns instruits, les autres ignares, lâches ou généreux, doux ou violents, hypocrites ou sincères, mais qui tous, dans le danger de la patrie et de la République, sentaient ou feignaient de sentir les mêmes angoisses, de brûler des mêmes flammes, tous atroces de vertu ou de peur, ne formaient qu’un seul être, une seule tête sourde, irritée, une seule âme, une bête mystique, qui par l’exercice naturel de ses fonctions, produisait abondamment la mort. Bienveillants ou cruels par sensibilité, secoués soudain par un brusque mouvement de pitié, ils acquittaient avec des larmes un accusé qu’ils eussent, une heure auparavant, condamné avec des sarcasmes. À mesure qu’ils avançaient dans leur tâche, ils suivaient plus impétueusement les impulsions de leur coeur. » (P. 178).

Mais ce roman n’est pas seulement une mise en garde de la part d’un auteur réputé pour ses positions de gauche. On vit la vie quotidienne des Parisiens sous la Terreur. On voit notamment comme l’enthousiasme révolutionnaire de 1789 est bien retombé en 1793, avec les privations qu’endure le peuple. Mention spéciale pour la mère d’Évariste qui n’a pas son pareil pour entrecouper les déclarations exaltées de son fils par des considérations fort pratiques : « À force de manger des châtaignes, nous deviendrons châtaignes. » (p. 40).

On croise des personnages très attachants, en particulier l’ancien noble et richissime Maurice Brotteaux des Ilettes, locataire du grenier de l’immeuble d’Évariste et réduit à fabriquer des pantins pour survivre. Athée et bon vivant, très sceptique sur la Révolution, il ne se sépare jamais d’un volume de Lucrèce qu’il porte dans sa « redingote puce » trouée. Il accepte sa situation avec bonhommie, dans la pure tradition stoïcienne. Ses positions libertines ne l’empêchent pas de venir en aide à un moine, le père de Longuemarre, lui aussi très touchant. Ensemble, avec l’inoubliable jeune Athénaïs, ils affronteront les coups du sort.

Brotteaux, à propos d’un cardinal : « C’était un aimable homme et, bien qu’il fît métier de débiter des fables, il y avait dans son petit doigt plus de saine philosophie que dans la tête de tous vos jacobins qui veulent nous envertueuser et nous endéificoquer. » (P. 127)

Et après ? L’histoire ne se termine pas trop mal pour certains personnages que l’on aime. Le calme après la tempête… l’amour, la fête et la « fureur de vivre » post-terreur l’emportent (la coupe de cheveux « à la victime » est en grande vogue). Faut-il que tout change pour que rien ne change, comme disait un autre grand révolutionnaire ?

⇒ Petit plus : si vous avez aimé les références à la Révolution contenues dans « Temps glaciaires » de Fred Vargas, ce roman devrait vous plaire.

« Les dieux ont soif » d’Anatole France, Le Livre de Poche Classiques, préface de Pierre Citti, 1989, 268 p. 

La bicyclette de Léonard, de Paco Ignacio Taibo II

Un livre sous le soleil provençal…

« Il était un personnage de fiction et il ne le savait pas. » (Traduction perso)

Quoi de commun entre Léonard de Vinci, inventeur de la première bicyclette de l’histoire ; un auteur de polars habitant à Mexico au début des années 90 et grand fan de basket-ball féminin ; un ancien de la CIA qui a vécu les dernières heures de la guerre du Vietnam  en direct de Saïgon ; et un journaliste anarchiste sillonnant le Barcelone révolutionnaire des années 20 (toute ressemblance avec une situation actuelle étant bien-sûr fortuite) ? Pas grand chose on s’en doute, même si c’est dans les liens ténus entre les différents écheveaux spatio-temporels du roman que se trouve le fin mot de la sombre histoire de cette Américaine retrouvée dans un parking avec un rein en moins dans la pire ville-frontière du Mexique, la chaotique Ciudad Juarez.

« Il avait donc décidé de tuer son assassin. Un cas de règlement de comptes métaphysique. « 

L’auteur ne craint pas d’allier les contraires et les improbables pour créer les contrastes les plus incongrus. Il ne faut pas craindre à son tour de se perdre dans les dédales des différents personnages, époques et situations qui se font lointainement écho. Pour s’y retrouver on peut prendre la main d’un vieux praticien de la prose du crime, José Daniel Fierro, qui se trouve être en train d’écrire non pas un, mais deux romans, dont les chapitres composent une bonne moitié de « La bicyclette de Léonard ». D’où des mises en abyme poilantes d’un auteur qui est en même temps son propre personnage (puisque l’un de ses romans recompose ses aventures rocambolesques à la frontière avec les Etats-Unis) et qui se pose des questions sur les limites de son action et son impuissance relative à écrire le roman qu’il veut. JDF étant par ailleurs : un fin connaisseur du genre policier, de Dashiell Hammet à Simenon en passant par Eugene Sue, Philip K. Dick ou Agatha Christie, et un idolâtre de Carlos Santana, le génial guitariste des 70s.

« Si le roman servait à quelque chose, c’était pour nous raconter comment étaient les autres que nous ne pouvions pas être. »

On comprend que le roman vaut plus par les nombreuses passions de Paco Ignacio Taibo II – pour les anars des 1920s et Léonard de Vinci (et Carlos Santana) (et la poésie espagnole, voire l’art cubain des explosifs) – qu’il met en scène avec une chaleur communicative, que par la résolution de l’énigme en elle-même. J’ai retrouvé avec bonheur et délectation les interjections les plus fleuries de l’argot mexicain dont mon environnement acoustique était imbibé quand j’étais ado (je sais, ce n’est pas le plus grand argument de vente pour qui le lira en français…).

« Ce ne seront pas n’importe quelles bottes, ce seront de fausses bottes texanes, c’est-à-dire mexicaines »

Le « roman feuilleton » des syndicalistes révolutionnaires tout comme les aventures à la Apocalypse Now qui ponctuent le roman peuvent passionner ; mais aussi lasser il faut bien le dire, par les coupures, longueurs et ramifications qu’ils introduisent dans le récit, créant des sous-, para- et méta-récits. Paco m’a parfois perdue, je l’avoue, mais j’ai toujours retrouvé cette lecture avec sympathie.

« Le journalisme c’est la gloire, Angelito, tout le reste n’est que fariboles. Même quand l’anarchisme adviendra je n’arrêterai pas : alors j’écrirai sur les taureaux, le théâtre, la danse, les prisons, je ferai des feuilletons sur comment était cette merde de Barcelone, pour ceux qui n’ont pas de mémoire. »

Je ne sais pas ce que c’est que le « néo-policier latino-américain » dont l’auteur est paraît-il l’inventeur, mais ici on enfourche un vélo narratif qui zigzague entre plusieurs directions différentes, c’est foutraque et un peu braque, c’est drôle et plein d’auto-dérision, c’est grinçant et parfois scabreux, c’est érudit mais alternatif, ça joue entre plusieurs niveaux de réalités… Ce n’est pas sage ni classique, plutôt baroque voire grotesque. Welcome to Mexico amigos !

« Pardonnez-moi, je ne vous ai pas entendu, répondra le tueur, victime d’une attaque d’éducation mexicaine traditionnelle. »

Lu en VO : « La bicicleta de Leonardo » de Paco Ignacio Taibo II, ed. Planeta, 1994, 364 p.

En VF : « La bicyclette de Léonard », traduit par Anne Masè, Rivages Noir, 2016, 480 p.

6e participation à mon challenge latino. INFO : il n’est jamais trop tard pour y participer, que vous ayez un blog ou pas : vous pouvez m’indiquer vos participations en commentaire sur cette page, je ferai un point à la fin de l’année.

Americanah

A14235C’est une des alchimies secrètes telles qu’en concocte parfois le petit dieu des lecteurs, que celle d’avoir lu Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie (j’ai le droit de dire que je fais encore des fautes à son nom ? #shame) juste après avoir lu Bakhita. Après la petite esclave soudanaise échouée en Italie, l’étudiante nigériane émigrée aux États-Unis. Entre les deux, pas grand chose de commun à première vue, à part leur africanité. La première est née dans un village reculé du Darfour en 1869 ; la seconde est une enfant de la classe moyenne de Lagos grandie dans les 70’s et 80’s du XXe siècle. La première ne maîtrise aucune langue vraiment ; la seconde parle un anglais châtié mâtiné d’expressions igbos. La première est religieuse en Italie ; la seconde est une blogueuse en vue aux États-Unis. La première ressent en son corps et son âme l’injustice suprême ; la seconde la prend comme objet d’observation et la vit sur un mode forcément mineur en vue des souffrances de l’esclavage. Mais en dépit des différences notables, le « signe de Caïn » qu’elles portent toutes les deux les unit : celui d’arborer une peau noire dans un monde culturellement blanc, ce signe inscrit sur elle qui leur vaut des traitements différents, des préjugés peu favorables et de se situer dans « l’oeil d’une psychose », collective et hystérique, notamment aux USA.

Dans le roman fleuve d’Adichie, nous suivons la trajectoire de la jeune Ifemelu, depuis ses années d’écoliere dans un établissement huppé de la capitale Lagos, jusqu’à son arrivée aux États-Unis à l’âge de 19 ans, et son retour au pays natal, 13 ans après. On croise ses amis, ses parents, sa tante elle-même émigrée en Amérique. Son histoire d’amour avec Obinze file tout le roman, poignante comme l’est la nostalgie d’un lieu évanoui où l’on se sentirait vraiment chez soi. L’auteur nous plonge dans la fièvre lagosienne où tout le monde semble dévoré par l’ambition, dans les problèmes du pays, ses inégalités, mais aussi la saveur sans filtre des échanges humains. On croise une mère qui se convertit chaque mois à une nouvelle secte protestante, un père au chômage et dépressif, une tante médecin et entretenue par un général proche du régime, un groupe d’amis obsédés par l’idée de l’exil, la réussite sociale et les peaux claires. Les années de jeunesse nigériane occupent toute la première partie du roman, quand une Ifemelu déjà adulte, installée depuis longtemps aux États-Unis et songeant au retour, se souvient, tandis qu’elle est installée dans un salon de coiffure africain miteux.

Toute la deuxième partie se concentre sur l’exil américain d’Ifemelu et là… ça barde ! C’est un incroyable roman sur le déracinement mais surtout sur la condition noire aux États-Unis. L’auteur ne fait pas, ou peu, dans la théorie. À travers une Ifemelu très consciente et à la forte personnalité, elle observe les décalages, les non-dits, les angles morts et les tabous du rêve américain, vu d’une « Noire non-américaine » comme l’inscrit Ifemelu dans le titre de son blog « sur la race » qui devient extrêmement populaire. Elle met le doigt sur des situations parfois cocasses, souvent désolantes, le ton est ironique, et les vérités, cinglantes. Revendiquant sa subjectivité, et le droit pour les noirs en Amérique d’être en colère (ce qui fait peur aux autres reconnaît-elle), elle évite pourtant l’écueil du manichéisme : il n’y a pas les bons d’un côté, les méchants de l’autre. Les noirs ne forment pas un « bloc », chacun a sa manière de vivre avec la couleur de sa peau (ou de l’ignorer), et il y a une ligne de fracture notable entre noirs américains et noirs africains émigrés récemment en Amérique. Bien que vigoureuse, la critique développée par l’auteur à travers Ifemelu et ses billets de blog englobe pleinement la complexité du monde.

« Cher noir non-américain, quand tu fais le choix de venir en Amérique, tu deviens noir. Cesse de discuter. Cesse de dire je suis jamaïcain ou je suis ghanéen. L’Amérique s’en fiche. Quelle importance si tu n’es pas « noir » chez toi ? Tu es en Amérique à présent. (…) Quand tu décris les femmes noires que tu admires, emploie toujours le mot « forte » parce que c’est ce que les Noires sont censées être en Amérique. Si tu es une femme, ne dis pas ce que tu penses comme tu le ferais dans ton pays. Parce que en Amérique, les femmes noires qui réfléchissent font peur. Et si tu es un homme, sois super-détendu, ne t’excite jamais, sinon quelqu’un pourrait craindre que tu sortes un pistolet. (…) Si tu racontes à un non-noir l’incident raciste dont tu as été victime, ne montre aucune amertume. Ne te plains pas. Sois indulgent. Si possible, drôle. Avant tout, ne te mets pas en colère. Les Noirs ne sont pas supposés s’emporter sur des questions racistes. Sinon tu n’attires pas la sympathie. » (P. 332)

Mais bien que l’enjeu principal de la partie américaine soit la question de la race, le roman aborde bien d’autres sujets : les questions d’intégration, d’éducation, d’inégalité économique, de culture, le féminisme et l’engagement politique (l’élection d’Obama est vécue de l’intérieur). Mais c’est aussi simplement un roman envoûtant et fascinant qui nous immerge complètement dans les aléas de ses personnages et nous fait naviguer entre des scènes croquées avec justesse et humour. Au plus pourrait-on regretter quelques longueurs. En miroir, nous avons également l’expérience d’Obinze en Angleterre.

« Alexa, et les autres invités, peut-être même Georgina, comprenaient tous la fuite devant la guerre, devant la pauvreté qui broyait l’âme humaine, mais ils étaient incapables de comprendre le besoin d’échapper à la léthargie pesante du manque de choix. » (P. 409)

Il y a donc du roman d’aventure et d’apprentissage dans « Americanah », le terme employé par les Nigérians pour qualifier ceux d’entre eux qui ont émigré aux États-Unis. Des réflexions précieuses et actuelles sur la condition noire, qui n’est pas une question de gènes mais de façon d’être perçu et d’y réagir. Et au fil des pages, une nostalgie en filigrane pour le pays de l’enfance. Sort-on hors de soi quand on émigre ? Toute la trajectoire d’Ifemelu montre sa difficile conquête d’elle-même après les « trahisons » de la migration, et ainsi, elle atteint l’universel.

« Les larmes lui piquaient les yeux. Il prit sa main, la garda serrée dans la sienne sur la table et le silence s’alourdit entre eux, un silence ancien qui leur était familier. Elle était à l’intérieur de ce silence et elle y était en sûreté. » (P. 633)

Si vous voulez en savoir plus sur Adichie et son dernier roman, lisez l’article qui la qualifie de « Tolstoï africain et féminin ».

« Americanah »de Chimamanda Ngozi Adichie, Galimard, Folio, 2014, 685 p.

Polars d’été

Ce n’est pas parce que l’été s’en va qu’on n’a plus le droit d’y jeter un dernier coup d’oeil nostalgique par le biais des lectures qui l’ont émaillé. D’autant que je n’ai pas eu franchement d’évoquer mes lectures récentes ici. Alors autant en réunir plusieurs d’un coup.

Je me suis donc demandée pourquoi le polar était le livre de plage par excellence ? Pour ma part j’en ai lu 4 cet été, un score raisonnable, mais plus élevé que durant le reste de l’année. Il y a d’abord le fait que pendant la bronzette, la dorure de l’épiderme pèse sensiblement plus lourd que la culture de l’esprit, et le polar est compatible avec le débranchement des neurones. Et puis il me semble que le polar est l’un des rares livres capables de nous suivre d’un sac de plage à un cabas de course, de la valise au sac à langer, où nous le jetons avec désinvolture et sans beaucoup de considération pour la sauvegarde de son intégrité physique. Objet de consommation, il se scotche à nous le temps de sa lecture, là où une édition de la pléiade n’y survivrait probablement pas – cette dernière s’accommodant certainement bien mieux du combo plaid-canapé-tasse de thé de l’hiver. Bref, le polar est un essentiel de l’été, au même titre que la crème solaire et l’apéro !

Agatha Christie, La dernière énigme, Le Masque, 2001, 252 p.

Résultat de recherche d'images pour "la dernière énigme"Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas accordée un Agatha Christie ; or comme je suis loin d’être la seule fan de la reine du crime dans la blogo, n’est-ce pas Enna ou George (ce qui remet en perspective les années précédant mon blog où il me semblait être la seule à la lire encore), je tombais régulièrement sur des billets qui m’alléchaient. Pour mes retrouvailles avec elle, j’ai eu la chance d’avoir affaire à un très bon cru de miss Marple. L’histoire se centre sur Gwenda, 21 ans, jeune mariée fraîchement débarquée en Angleterre de sa Nouvelle-Zélande natale. Son mari l’a chargée de leur trouver une maison à acheter où il lui plaira (heureuse époque !) en attendant que lui-même rallie la mère patrie. Orpheline depuis longtemps, Gwenda n’a jamais posé le pied en Angleterre et pourtant quand elle visite Hillside, dans la ville côtière de Dillmouth, elle éprouve une étrange affinité avec la maison. Elle décide de l’acheter sur le champ. Dans les jours qui suivent, elle expérimente toutes sortes d’intuitions à propos de la maison qui se révèlent justes (un papier peint d’enfant dans une chambre retapissée depuis, une porte murée, un bosquet déplacé, etc). Peu après, en visite chez des amis à Londres, la tirade d’une pièce de théâtre réveille en elle une image traumatique tirée de sa prime enfance. Elle hurle et quitte le théâtre en courant. Quand son mari Giles arrive, ils n’ont rien de mieux à faire que d’enquêter à ce propos (avec miss Marple providentiellement présente). Ce souvenir refoulé de la petite enfance de Gwenda a-t-il un lien avec leur maison d’Hillside ? Y  a-t-il eu un meurtre de commis, plusieurs années auparavant ? Le grand magnétisme de l’histoire provient du fait qu’on a non seulement affaire à un « cold case » (un assassinat non résolu qui a eu lieu dans un passé révolu), mais surtout que ce cold case n’en est pas vraiment un (on n’est même pas sûrs que la victime présumée soit morte). Ce mystère n’effraie pas miss Marple qui saura seconder avec talent le jeune couple dans ce qui ressemble un peu à une grosse psychanalyse collective.

Mon histoire avec ce bouquin a connu un contretemps : emprunté à la bibliothèque, je l’ai oublié dans un taxi à Mykonos, quelques pages avant de découvrir le nom du coupable ! Quel acte manqué ! Comme quoi le polar n’est pas invulnérable aux « drames » estivals ! Très frustrée, ainsi que vous pouvez l’imaginer, de devoir différer la révélation finale (je n’avais pas les moyens de me procurer un nouvel exemplaire tout de suite), j’ai fait un effort déductif intense pour trouver le coupable. Quand j’ai finalement récupéré un autre exemplaire, j’ai eu la grande satisfaction de voir que je ne m’étais pas trompée, ce qui m’arrive très rarement dans un livre de lady Agatha. Il faut dire que je commence à connaître un peu les « tricks » de la dame. J’ai découvert aussi que cette oeuvre avait eu un destin littéraire intéressant : Agatha Christie l’a écrit en 1940 afin qu’au cas où elle mourrait dans les bombardements son mari ait un moyen de subsistance par la commercialisation de ce livre (quelle galanterie de sa part !). Comme elle n’est pas morte pendant la guerre, le livre est resté scellé dans un coffre jusqu’en 1976, date de son décès et a été publié post-mortem. Encore une histoire qui diffère une révélation du passé. Coïncidence ? 😉

Michel Bussi, Le temps est assassin, Pocket, 2017, 624 p.

Résultat de recherche d'images pour "le temps est assassin"Ici aussi, une histoire du passé revient titiller le présent, non plus sur les rivages de la verte Angleterre mais dans l’ardente Corse. Clotilde, 42 ans, revient passer des vacances sur la presqu’île de la Revellata, pour la première fois depuis le terrible accident de voiture dont elle a été victime 27 ans auparavant. Son père (un enfant du pays), sa mère et son grand frère avaient péri sur le coup tandis qu’elle en réchappait miraculeusement. Avec son mari et sa fille, elle est allée se recueillir sur les lieux de l’accident (une falaise qui surplombe la mer). Elle a aussi revu ses grands parents, pépé Cassanu, le propriétaire de la presqu’île, et Mamie Lissabetta. Leurs vacances se déroulent dans le camping où Clotilde a passé tous ses étés jusqu’à l’accident survenu quand elle avait 15 ans. Les choses ont pourtant changé depuis l’été 1989 : pépé Cassanu ne semble plus régner en maître sur son bout de terre sauvage, et le patron du camping, un ancien ami du frère de Clotilde, a des rêves de bétonnage et de palace… Clotilde se laisse peu à peu immerger dans les souvenirs de cet été fatal, provoquant chez elle une grande agitation. D’autant que plusieurs signes semblent attester, contre toute logique, que sa mère est toujours vivante. Evidemment personne ne la croit, à commencer par son mari Franck avec qui elle a de plus en plus de mal à communiquer. Le fait que d’autres personnages de ce passé ressurgissent contribue à brouiller les frontières du passé et du présent, à commencer par son premier grand amour, un sosie corse de Jean-Marc Barr, le sublime plongeur du film Le Grand Bleu…

C’est drôle, de Bussi j’avais lu Un avion sans elle, et si j’avais apprécié la virtuosité impressionnante de l’intrigue (encore une histoire qui lie passé et présent d’ailleurs), le style approximatif de l’auteur m’avait lassée. Avec Le temps est assassin, je révise mon jugement : Bussi a drôlement progressé ! Le récit nous prend à bras le corps, nerveux, rythmé. On est plongés dans la complexité de la Corse avec ses codes familiaux ancestraux et sa sauvage beauté que l’auteur décrit à merveille, même s’il semble se défendre de tout folklorisme. L’autre grande trouvaille, ce sont les extraits du journal de Clotilde tenu lors de ce fameux été de ses 15 ans, qui entrecoupent et éclairent le récit rétrospectivement. On y découvre une fille piquante, drôlement futée et observatrice. Un humour féroce et toute la panoplie gothique de l’ado rebelle des eighties cachant un coeur de midinette. Une grande réussite. Ce cocktail détonnant nous tient en haleine jusqu’au bout des 500 pages, malgré une intrigue emberlificotée, un coupable « faute de mieux » et un final sous forme d’anticipation complètement barré.

Georges Simenon, L’affaire Saint-Fiacre, Le livre de poche, 2009, 186 p. (éd. la plus récente)

Résultat de recherche d'images pour "l'affaire saint fiacre livre"Bon, là, j’ai fait dans le policier vénérable, limite je bascule dans la catégorie des classiques. Et l’ambiance change du tout au tout. Autant j’avais acheté le précédent dans un supermarché, autant celui-là je l’ai trouvé dans un recoin de la bibliothèque de mes beaux-parents. C’est dire.

« Un crime sera commis à l’église de Saint-Fiacre pendant la première messe du Jour des morts. » Tel est l’étrange message reçu par la police de Moulins, qui l’a transmis à la PJ parisienne. Notre Maigret national se rend sur les lieux. Saint-Fiacre, c’est là où il a passé son enfance, en tant que fils du régisseur du château. Et c’est la comtesse, veuve du comte de Saint-Fiacre, qui va effectivement mourir durant la messe à laquelle assiste Maigret… du choc provoqué par une coupure de journal glissée dans son missel.

Lire Simenon, c’est se plonger dans une ambiance qui n’est plus, faite de fumée, de rituels anciens et de rapports humains bourrus. C’est vraiment une expérience que je recommande si on est attiré par la « vieille » France, la France empesée dans les restes du lourd 19e siècle, du moins celle d’un village de l’Allier où se passe l’histoire. On croise de tout, du paysan méfiant à l’aristocrate désargenté, de la maîtresse russe au curé transi, du docteur goguenard au parvenu falot. Maigret se tient en équilibre dans tout ce petit monde, plus dans l’observation que dans l’enquête policière proprement dite. Il laisse les personnages résonner en nous, notamment cette pauvre comtesse réduite à prendre des jeunes secrétaires pour amants afin de trouver un peu d’affection. Le coupable est trouvé non par lui mais par un autre personnage, au terme d’une scène digne des meilleures nouvelles de Maupassant.

Fred Vargas, Temps glaciaires, J’ai Lu Policiers, 2016, 475 p.

Résultat de recherche d'images pour "temps glaciaires"Cette fois, je crois que c’est Keisha qui m’a contaminée avec son virus Vargasien estival. Ce qui ne veut pas dire que je n’appréciais pas déjà Fred Vargas auparavant, mais je n’avais pas lu ses deux derniers romans. Avec Vargas, on retrouve la brigade des « meurtres et homicides » (à l’occasion, j’ai appris la différence entre les deux) du commissaire Adamsberg, et le lot de lubies, névroses ou péchés mignons distinguant chacun de ses membres habituels : le passionné de contes de fée, le mordu de poissons, l’affamée de service, l’hypersomniaque, l’amateur de vin blanc… et le chat qui dort sur la photocopieuse. Et tout cela nous réjouit voyez-vous, car on se retrouve en terrain connu, chacun à sa place… sauf le commissaire lui-même, toujours occupé à nébuler à la marge. Et puis Vargas se débrouille toujours pour nous inventer des personnages enchanteurs qui arrivent étonnament à vivre travers les mailles de notre monde désenchanté, froid et techno : dans cet opus il y a une femme qui « tourne sept fois ses pensées dans sa tête avant d’agir » (moyennant quoi elle devient le facteur déclenchant involontaire d’une série de vengeances) ou une autre qui vit dans une cabane en forêt en compagnie d’un sanglier apprivoisé ; il y a un homme qui murmure à l’oreille des chevaux et un autre qui se prend peut-être pour Robespierre…

Oui mais, c’est bien beau de peindre de pittoresques personnages, mais l’intrigue en vaut-elle la peine ? Eh bien oui, mes amis, même si en fait d’intrigue, on a plutôt affaire à un « écheveau d’algues » comme dit Adamsberg. Soit trois meurtres différents déguisés en suicides dont le seul point commun est cet étrange signe présent sur le lieu du crime, ressemblant à une guillotine… Brrr ! Deux pistes se dégagent : l’une mène en Islande après un détour dans les Yvelines, l’autre vers une étrange société d' »étude des écrits de Maximilien de Robespierre ».

Elle m’a encore scotchée Vargas, avec la création de cette société secrète rejouant les scènes clés des assemblées révolutionnaires. Je n’en dis pas plus, mais pour qui aime l’histoire, c’est pain bénit. Elle arrive en plus, comme dans Pars vite et reviens tard, à tresser des liens entre des personnages historiques et le présent, à travers des histoires familiales tortueuses. Et puis il y a l’Islande. L’Islande fantastique de glace et de feu, de légendes aussi. L’Islande qui peut se révéler mortelle pour des touristes en goguette en mal de sensations fortes. L’Islande abrupte au premier abord mais si chaleureuse à travers les habitants de l’île de Grimsey. Un vrai conte éveillé qu’Adamsberg va évidemment apprécier au plus haut point. Adamsberg qui, en plus d’errer, possède un joli coup de crayon, arme fatale contre le crime.

Et je finirai avec Danglard, un de mes personnages préférés que je placerai peut-être même avant Adamsberg. L’érudit velléitaire, à la silhouette disgracieuse mais vêtue d’une élégance toute britannique. Le parfait homme du monde, l’esprit clair et précis, doublé d’un papa poule. Je le visualiserais presque. Son amour-propre va une fois de plus pâtir de son admiration teintée d’exaspération pour son chef, aux antipodes de lui-même. Pauvre Danglard. Reste fort va.

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Bilan : 4 polars = 2 anciens + 2 récents / 2 longs + 2 courts / 2 auteurs femmes + 2 auteurs hommes. Bref, j’ai fait de la parité sans le vouloir ! Une saison fructueuse pour les polars, mon été. Mais ils se resservent tout aussi bien en automne, que ce soit dans le métro, sous la couette ou allongé sur un tapis de feuilles mortes. Alors n’hésitez pas ! Et donnez-moi les titres de vos polars préférés, que je me refasse une réserve pour l’hiver…