Les brumes du passé, de Leonardo Padura

Seré en tu vida lo mejor de la neblina del ayer cuando me llegues a olvidar, como es mejor el verso aquel que no podemos recordar.

(Paroles du boléro « Vete de mi »)

 

En espagnol, le titre est « La neblina del ayer » qui se traduit littéralement par « La brume de l’hier », que je trouve plus poétique et collant mieux au sujet du roman que le titre français : une chanteuse de boléro !

Me voici donc, mille ans après tout le monde, à découvrir Mario Conde, l’ex-flic de La Havane devenu revendeur de livres anciens. Et comme tout le monde ou presque (à commencer par ma chère Lili qui m’a offert le livre ♥), je suis tombée sous le charme de cet homme ballotté entre le présent et le passé, entre deux métiers aux antipodes, et aux prises de sentiments contradictoires à l’égard de son île, Cuba.

Mais de quel hier parle-t-on ? De l’âge d’or du boléro, quand la Révolution castriste n’avait pas encore eu lieu et que tous les riches Américains venaient s’encanailler dans les innombrables cabarets de La Havane : les flamboyantes années cinquante. C’est en tombant sur une vieille coupure de presse retrouvée dans les tréfonds d’une fabuleuse bibliothèque que Mario Conde plonge dans ce passé brumeux. Là, se croisent une mystérieuse chanteuse de boléro disparue des écrans radar, l’héritier d’une vieille famille de l’aristocratie cubaine, une strip-teaseuse, un journaliste trop mondain, le propre père de Conde, et même l’ombre de  J.D. Salinger !

Avec une prescience digne du commissaire Adamsberg, additionnée d’une culture lettrée et d’un goût pour la dive bouteille qui le rapprocheraient plutôt de l’adjoint Danglard (vous aurez reconnu le duo d’enquêteurs cher à Fred Vargas), Mario Conde  parcourt les bas-fonds de la capitale cubaine à la recherche d’indices, si ténus soient-ils, qui lui permettraient de reconstituer l’histoire de la chanteuse disparue, dont la voix rescapée d’un vieux microsillon l’émeut si fort. Ce faisant, il n’oublie pas ses amis, avec qui il partage quelques agapes inespérées entre deux périodes de rationnement, et ne peut s’empêcher de constater mélancoliquement l’état de délabrement avancé dans lequel la Crise avec un grand C de la fin des années 1990 a plongé l’île.

Ce roman policier tropical se fait donc aussi enquête sociologique et presque ethnographique, au détour d’un quartier traversé ou d’un souvenir qui remonte à la surface. La langue employée, c’est-à-dire l’espagnol de la version originale, truffé de cubanismes, d’une précision baroque, chargé d’images, est une ode vivante à la liberté et à la rage gourmande de vivre, envers et contre tout. Quant au passage du temps, dont rend compte le titre lui-même, il est sans arrêt ressassé et remonté. Il y a bien sûr le pivot avant/après la Révolution, période cruciale sur laquelle enquête Mario dans ce livre, mais aussi les différences entre la génération de Mario et de ses vieux amis du lycée qui ont partagé la sueur des camps de coupe de la canne à sucre des années 1970 et le jargon de leurs manuels marxistes, et celle de son jeune associé « Yoyi el palomo » qui fait du fric avec tout ce qui lui tombe sous la main et qui n’hésiterait pas à émigrer de Cuba pour aller n’importe où, « Madagascar compris », si l’occasion s’en présentait. Je ne peux m’empêcher de penser que l’auteur met beaucoup de lui-même dans le personnage de Mario Conde qui a son âge, et, je me plais à l’imaginer, ses idées et son style de vie, y compris l’amour des livres.

Car oui, au milieu de cette enquête, il y a aussi cet eldorado bibliophile, cette bibliothèque de légende dénichée par hasard par Conde dans une ancienne maison de maître fortement décrépite, qui contient les trésors de la bibliographie cubaine et universelle, dont des premières éditions du XVIIIe siècle. Pour un peu, on se croirait dans Le nom de la Rose !

Les brumes du passé ne sont qu’un titre parmi d’autres de la série policière autour de Mario Conde. En avez-vous lu ? Si oui, lesquels ? Ou quels autres romans, hors-série, de Leonardo Padura ?

Il était temps que je participe à mon propre challenge latino cette année !

VO : « La neblina del ayer » de Leonardo Padura, Maxi-Tusquets, 2013, 368 p.

VF : « Les brumes du passé » de Leonardo Padura, traduit de l’espagnol par Elena Zayas, Métailié, 2015, 352 p.

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Tendres silences, d’Angela Huth

On est d’accord pour dire que le 1er juillet, c’est un peu un 31 juin absent du calendrier ? Non parce que cela me permettrait de glisser in extremis ce billet dans le cadre du mois anglais, et ça, vous comprenez, ça me rassurerait sur le fait que oui, j’appartiens toujours à la blogo littéraire, malgré mes trois mois de black-out. (On remarquera qu’il n’y a plus guère que les mois thématiques pour me faire revenir poussivement sur la Toile. Ahem.)

Me voici donc revenue avec la petite pépite qu’est « Tendres silences » d’Angela Huth (une autrice populaire parmi les pratiquants du mois anglais et que je découvre enfin). William et Grace Handle pourraient à eux deux former le modèle d’un monument d’hommage au Couple Harmonieux. Après quelques décennies de vie commune, chacun connaît, comprend et anticipe les besoins de l’autre, sans nul besoin de longues conversations. William est violoniste et fondateur d’un quatuor à cordes à la réputation respectable ; Grace peint un album de fleurs pour enfants qui ne la passionne guère. Ils vivent une vie tranquille, réglée comme du papier à musique (évidemment) et exempte de surprises. Mais pleine d’une tendresse sincère.

En ces occasions où les Handle se trouvaient confrontés à des gens désireux de connaître le secret de leur bonheur conjugal, Grace et William n’étaient pas d’un grand secours. Contraints et forcés d’y réfléchir, ils estimaient que c’était un art en soi d’observer l’autre et de se comporter en conséquence. Il existait entre eux un mutuel désir d’éluder querelles ou conflits et un désir plus vif encore d’éviter de remettre leurs vies en question avec l’éternel déballage et mise au clair de leurs problèmes, de leurs pensées, de leurs sentiments, un passe-temps populaire contemporain qu’ils détestaient par-dessus tout. Aux yeux de Grace et William, pareil divertissement était écoeurant, épuisant, on pouvait employer à meilleur escient un temps précieux. De par leur façon de voir, ils étaient conscients d’être étiquetés comme appartenant à la vieille école très britannique qui exigeait que l’on gardât son flegme. Si l’on insistait, ils n’hésitaient pas à ajouter que la tolérance à l’égard des manies de l’autre contribuait à l’harmonie conjugale, sans jamais toutefois, par souci de fidélité, révéler ces manies. Ainsi, le rituel de la bataille du lit était une de celles-ci.

Ce ronron conjugal connaît des turbulences quand chacun de leur côté, ils rencontrent une personne du sexe opposé – et opposée en tout à leur meilleure moitié (une musicienne pulpeuse et fantaisiste pour William, un voisin ténébreux et tourmenté pour Grace) – qui bouleverse les fondations du pacte implicite qui régnait entre eux. Avec une facilité déconcertante, le ver entre dans le fruit du profond amour qui les lie, et va jusqu’à ronger leurs valeurs les plus solidement établies. Jusqu’à envisager des mesures plus ou moins radicales pour atteindre un but incertain et fantasmatique. Le tout accompagné des morceaux joués en quatuor ou en duo (envie de tous les écouter !)…

Ce qui est formidable dans ce roman, c’est qu’Angela Huth ne nous dépeint pas un couple vieillissant en pleine crise – crise ouverte du moins. Grace est toujours profondément amoureuse et admirative de son William, tandis que ce dernier est convaincu que son « cher Coeur » est la meilleure épouse qui soit. C’est justement cette absence quasi-complète de frottements entre eux, cette douce petite musique du quotidien, qui est propice à leur envoûtement par des personnalités plus acérées.

C’est donc avec beaucoup de perspicacité que l’autrice dépeint la montée de l’obsession, le réveil des sens, et le dévoilement de la face cachée de l’être. William est parfait en gentleman tatillon rendu fou par une jeune femme expansive. Mais j’ai trouvé Grace encore plus finement croquée, son côté « bobonne » qui vit à l’ombre de son mari masquant une personnalité forte et de discrètes désillusions.

Accessoirement, le comique éclate à chaque page, l’alternance entre les états d’âme des deux époux faisant naître des décalages savoureux que c’en est presque épuisant de malice. Quant au comique de situation, il n’est pas en reste. Mention spéciale à la soirée de Noël ratée ou au rituel du pliage des draps du lit conjugal. D’autres passages au contraire tirent vers le gothique de pacotille, le grotesque, voire le carrément glauque (genre « Psychose » de Hitchcock). Mais tout cela est tellement subtilement dosé, le verbe tellement tempéré, le passage de l’action, des sentiments, des ambiances allegro-adagio-allegretto tellement fluide, qu’à la fin on a surtout l’impression d’avoir assisté à une comédie douce-amère à l’anglaise, avec un soupçon de grinçant, de non-dit et de nonsense.

Il regardait Grace, sa femme, puis l’effaçait de son esprit. Elle n’existait tout simplement plus à sa place, de l’autre côté de la table. Cela revenait à jouer sur un ordinateur intérieur. Clic !

Et clac ! Me voilà conquise.

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Juin, mois anglais ♥

« Tendres silences » d’Angela Huth, traduit de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek et Henri Robillot, Folio, 2001, 531 p.

Principe de réalité

Les gens, je crois qu’il va falloir que j’en rabatte de mes prétentions. Comment ai-je pu croire que j’allais pouvoir continuer à bloguer tranquille (ce qui, ne nous leurrons pas, est quand même un passe-temps plutôt prenant, mine de rien) avec trois enfants en bas âge, dont un bébé d’à peine un mois (❤️️), alors que j’ai déjà du mal à trouver du temps pour lire, voire à disposer de temps pour satisfaire mes besoins les plus élémentaires ?! (Genre me shooter au café ou prendre ma douche).

Mais, que voulez-vous, je suis atteinte du syndrome de la pensée magique. Quand j’étais ado, je rêvais que le temps s’arrête ; par exemple, une minute aurait duré une heure ; et ce, juste au moment où mon réveil sonnait le matin, afin de prolonger mon temps de sommeil racorni par les heures de lecture du soir. Rassurez-moi, nous sommes nombreux dans ce cas, à courir après le temps comme le lapin d’Alice ?

Brrrrreeeef, tout ça pour dire : ne vous attendez pas à une grande activité sur ce blog ces temps-ci. Toutefois, je suis tellement accro à ma drogue (3615 mes livres-mon blog) que je pense quand même essayer de dégager un peu de temps pour des billets par-ci par-là. Mais alors, il ne faut pas s’attendre à de l’analyse fine et détaillée, je n’aurais sans doute pas le temps de fignoler. (Telle que vous me voyez, je profite, pour vous écrire tout ça, que les deux grandes jouent au bébé dans le couffin de leur petit frère – alors que clairement c’est l’heure de leur dîner – tandis que ledit petit frère passe son temps d’éveil à les observer attentivement depuis son transat) (j’oubliais le fameux tag : #mèreindigne) (N.B. : l’état de grâce n’a duré que 8 minutes et demie).

Je vais donc vous faire un rapide tour d’horizon des livres lus pendant ma période post-accouchement (celle où je bénéficiais de la présence diligente des deux grands mères de ma couvée, et n’avais qu’à m’occuper de nourrir le petit dernier : donc celle où j’ai beaucoup lu).

« L’éducation sentimentale » de Flaubert, Préface d’Albert Thibaudet, contient « À propos du style de Flaubert » par Marcel Proust, Folio Classiques, 2005, 512 p.

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Oui, je balance du lourd là. J’ai commencé à le lire au début de l’année 2019, en même temps que je couvais Junior pour son dernier mois in utero, et je dois dire que le rythme assez lent du roman fleuve de Flaubert collait bien à l’ambiance neigeuse et expectative de cette période. Bon, je n’en ai lu que la moitié, mais je compte bien le finir un de ces jours. L’éducation sentimentale (j’aime tellement ce titre !), c’est celle d’un jeune bachelier, Frédéric Moreau, dans le Paris des années 1840. Autour de lui les esprits s’échauffent, les étudiants manifestent sur la montagne Sainte-Geneviève, les socialistes et les « doctrinaires » se disputent dans les cafés, la bohème et la petite bourgeoisie se mêlent dans des salons plus ou moins respectables, la révolution de 1848 couve. Mais on dirait que tout ce tintouin glisse sur Frédéric comme un cours magistral de droit sur un auditoire endormi. Toutes ses pensées, tous ses efforts, et tout l’argent qu’il réussit à obtenir sont tournés vers les beaux yeux graves de la vertueuse Madame Arnoux. Ainsi, les années passent, les situations sociales et amoureuses se font et se défont, la révolution de 48 éclate, mais Frédéric reste cet éternel amoureux platonique, plein de velléités qu’il n’accomplit jamais.

Et elle, Mme Arnoux, comment la revoir maintenant ? Cela, d’ailleurs, était complètement impossible, n’ayant que trois mille francs de rente !

C’était drôle de lire L’éducation sentimentale après L’été des quatre rois, puisque du point de vue chronologique, le premier est un peu la suite du second : après avoir éjecté Charles X, les Parisiens se préparent à virer son successeur Louis-Philippe du trône. Mais évidemment, le point de vue est tout différent, et pas seulement parce qu’un siècle sépare les deux auteurs (Flaubert a écrit et publié son roman sous le Second Empire). Loin d’écrire une chronique détaillée d’un changement de régime, Flaubert se centre sur le personnage assez médiocre de Frédéric, comme le rai de lumière traverse un prisme pour refléter toute une ambiance. Frédéric lui-même n’a guère plus d’épaisseur qu’une potiche de salon ; il est agi par les événements, plus qu’il n’agit sur eux ; et par là, Flaubert nous montre qu’il a bien le génie littéraire qu’on lui reconnaît, car toute son écriture vise à créer ce halo d’impuissance qui entoure Frédéric, à travers l’usage des temps verbaux (beaucoup d’imparfait) et de la forme passive notamment. Bon j’avoue, je n’ai pas trouvé ça toute seule : cette édition Folio a eu la bonne idée d’inclure un court essai de mon cher Proust qui explique tout ça bien mieux que moi ; il montre par exemple que les collines, les maisons et les objets sont parfois plus souvent les sujets des phrases que les êtres humains dans ce roman. (Petite parenthèse de groupie pâmée d’écrivains morts : j’adoooore quand un génie littéraire parle d’un autre génie littéraire, et encore plus quand je vois l’influence de l’un sur l’autre ; car je trouve qu’il y a un peu du caractère velléitaire du héros de « L’Éducation » dans le héros de « la Recherche » (son approche d’Albertine ressemble vraiment à l’approche de Mme Arnoux par Frédéric). Mais j’ai conscience que quand je dis ça, je réinvente l’eau chaude).

il n’existait au monde qu’un seul endroit pour faire valoir (ses talents) : Paris ! car, dans ses idées, l’art, la science et l’amour (ces trois faces de Dieu comme eût dit Pellerin) dépendaient exclusivement de la capitale.

En fin de compte, je ne peux pas dire que l’histoire en elle-même m’ait vraiment intéressée, malgré quelques morceaux de bravoure fort sympathiques, notamment les passages de fêtes (il faut dire qu’il me manque à lire toute la troisième partie, celle où l’Histoire avec un grand H s’accélère). On est loin du roman d’apprentissage, malgré son titre, car Frédéric semble ne rien retenir des événements qui coulent sur lui. Mais ce que j’ai adoré, vraiment, c’est le style. Dès l’incipit je me suis délectée des phrases gourmandes de Flau-Flau, de leur tournure à la fois solide et élégante, de leur allure faussement naturelle. Je me l’imaginais même fort bien ce grand homme, carré dans un fauteuil à oreillettes de sa maison de Croisset, ses yeux de crapaud mi-clos, en train de marmotter des bribes de cette histoire entre deux bouffées de pipe, toute ironie rentrée.

Voilà qui m’a conduite à écrire une chronique plus longue que prévue ; que voulez-vous, quand on aime, on ne compte pas.

Je passe donc rapidement sur les livres suivants, dont la consistance est à l’oeuvre flaubertienne ce que les amuse-bouche sont au ragoût de sept heures, mais qui étaient sans doute plus adaptées au chamboulement post-accouchement :

« Les filles de l’ouragan » de Joyce Maynard, traduit de l’américain par Simone Arous, Éditions 10-18, Littérature étrangère, 2013, 357 p.

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Deux voix alternent dans ce roman : celles de Ruth et de Dana, toutes deux nées dans le même hôpital d’un coin rural du New Hampshire le 4 juillet 1950. Hormis leur date et leur lieu de naissance, rien ne semble apparement les réunir. Ruth est la cinquième et dernière fille d’un ménage de fermiers enracinés dans la région depuis l’arrivée des premiers colons anglais sur le sol américain ; Dana a un grand frère et des parents complètement déconnectés de la réalité qui passent leur temps à déménager de région en région. Et pourtant, un secret les lie. De l’enfance à l’âge mûr, elles font face à un schéma familial qui n’est pas fait pour elles, se battent pour pouvoir vivre de leur passion (la peinture pour Ruth, l’agriculture pour Dana) et finissent enfin par faire la lumière sur leur origine.

Dès le début on pressent le tour de passe-passe qui entoure la naissance des deux « soeurs de naissance » (un filon que l’on connaît bien depuis Un long fleuve tranquille) et dès lors, une seule interrogation demeure : comment cela s’est-il produit ? Hormis ce petit mystère, l’ensemble de l’histoire manque singulièrement de souffle. L’auteur tourne autour du pot pendant tout le roman, délayant les états d’âmes des deux dames sur 350 pages, sans parvenir à provoquer l’étincelle magique qui entourait l’histoire des deux soeurs de L’homme de la montagne que j’avais tant aimée. Même l’équipée de Ruth à Woodstock manque de peps (un comble !) Il y a bien quelques passages émouvants, comme la relation passionnée de Ruth et de Ray, mais la flamme s’éteint assez vite. Reste un éclairage intéressant sur la vie de fermiers américains dans la seconde moitié du XXe siècle, et un personnage touchant, le père de Ruth.

« Le confident » d’Hélène Grémillon, Folio, 2012, 320 p.

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À la mort de sa mère en 1975, Camille Werner reçoit d’étranges lettres non signées qui lui narrent l’histoire d’une jeune fille passionnée nommée Annie, dont la jeunesse se déroule dans un petit village campagnard à la fin des années trente. À la faveur de l’installation d’un couple bourgeois dans le village, Annie se lie avec la jeune femme, Madame M., qui n’arrive pas à avoir d’enfant. Spontanément, Annie lui propose une solution aussi généreuse qu’insensée. Ceci va l’embarquer dans une aventure secrète qui se transforme en machination intime, dans le théâtre d’un Paris occupé par les Allemands, chaque acteur du drame se croyant piégé et cherchant à « avoir » l’autre. La deuxième partie du roman contient les « confidences » d’un des personnages principaux, confidences qui jettent une lumière autre, terrible, sur ce qui s’est noué dans ces années de guerre au sein de la famille Werner. Assez vite, Camille comprend qu’il y a un lien entre elle, cette Madame M. et cette Annie inconnues.

Cette lecture m’a bien divertie par son intrigue faite de faux-semblants et d’effets dominos, et les agissements parfois féroces de ses personnages féminins. Elle m’a fortement rappelé les romans labyrinthiques de Sébastien Japrisot, l’auteur d’Un long dimanche de fiançailles et de La femme dans l’auto avec des lunettes et un fusil. Je vais d’ailleurs le citer parce que je trouve que cette citation s’applique bien au premier roman d’Hélène Grémillon et à son héroïne :

J’aime les personnages qui sont dépassés par les événements et qui, finalement, gagnent sur les événements. C’est d’autant plus intéressant quand c’est une héroïne, qu’on croit plus vulnérable, en tout cas plus fragile physiquement que les hommes, et qui est protégée par le lecteur qui a peur pour elle plus que pour un héros masculin. » (Citation trouvée ici).

Je reconnais sinon que question style, profondeur historique et psychologique, on repassera, mais franchement, pour un premier roman, c’est pas mal.

Rien que la vie, d’Alice Munro

rien-que-la-vie,M170530_0Mon histoire avec Alice Munro tient du déjà-vu. J’ai découvert cette auteure à la faveur d’un article de blog, où une maman expliquait qu’elle avait donné Munro en troisième prénom à sa fille en hommage à la grande nouvelliste canadienne. Il n’en fallait pas plus pour attiser ma curiosité et j’avais donc lu un de ses derniers recueils de nouvelles, Trop de bonheur. Dans mon souvenir, j’avais apprécié cette lecture mais sans enthousiasme excessif.

Or voilà qu’au fil du temps, des bribes de ses nouvelles, des atmosphères et sensations associées me revenaient souvent en mémoire à des occasions bien précises. J’ai donc voulu lire un autre de ses recueils, que j’emprunte à la bibliothèque. Et là, paf. Je me rends compte que j’ai déjà lu ces nouvelles ! Intriguée, je regarde mon billet de blog et je constate qu’en effet, j’ai emprunté exactement le même recueil que la première fois. Dites-moi que je ne suis pas la seule à qui ce genre de mésaventure arrive ?!

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Ne m’avouant pas vaincue, j’emprunte quelques temps après un nouveau recueil d’Alice Munro en prenant garde à ce que le titre soit bien différent de celui que j’avais déjà lu. C’est donc Rien que la vie. Je commence à lire la première nouvelle. Et là je me gratte la tête. Mince, j’ai l’impression de connaître déjà l’histoire… Je la parcours et je me rends compte qu’en effet, je l’ai déjà lue ! Je survole la deuxième nouvelle, idem ! Ainsi que la troisième… Alarmée, je prends les nouvelles par la fin pour voir si ce phénomène surnaturel se répète encore. Et…

… Je ne garde pas le suspense plus longtemps : non, je n’avais pas lu les 11 nouvelles qui suivent. Mais sachez-le afin de n’en être pas trop surpris, les trois premières nouvelles de Rien que la vie se trouvent déjà dans Trop de bonheur.

Après cette petite intro en mode “est-ce moi qui devient folle, ou bien ?”, parlons maintenant du recueil. Je l’ai proprement adoré, et cette fois-ci mon sentiment est pratiquement sans mélange.

J’ai toujours aimé lire des nouvelles, depuis que la prof de français de 5e nous avait fait lire « La parure » de Maupassant et que j’avais découvert, émerveillée, le mécanisme de la chute finale. Nous avions dû rédiger chacun une nouvelle de notre cru et j’avais imaginé une sombre histoire de poisson-poison au finale ébouriffant sinon vraisemblable.

Résultat de recherche d'images pour "littré"Selon le Littré, les nouvelles sont des sortes de “romans très courts”. Je ne suis pas d’accord avec toi, Monsieur Emile. Pour moi, la nouvelle est un genre à part – et qui gagnerait à être reconnu à l’égal – du roman. Par leur format court, les nouvelles se prêtent au portrait sur le vif d’un ou deux personnages, aux instantanés de vie marquants, au tracé en pointillés d’une vie entière. La nouvelle est pleine de sous-entendus d’autant plus criants qu’ils ne sont pas exprimés. Le silence qui suit une musique de Mozart, c’est encore du Mozart ; de même, les non-dits d’une nouvelle prolongent la nouvelle par d’autres moyens que l’écriture.  Il y a une forme de cruauté innée dans la nouvelle qui se passe de mot et donc d’excuses. Et puis on est toujours à guetter l’effet de surprise, plus ou moins fort selon les cas. Bon évidemment, ces éléments-là peuvent se retrouver dans certains romans, et certaines nouvelles longues ressemblent à des petits romans. La frontière entre les deux, comme toujours, est floue. D’ailleurs, je préfère pour ma part les nouvelles plutôt courtes car elles offrent un avantage non négligeable pour la working mum débordée : elles se prêtent bien aux temps de lecture hachés que nous impose un quotidien bien rempli !

Trêve de digression, je viens en fait de vous faire le portrait des nouvelles d’Alice Munro, le Mozart de la nouvelle contemporaine (un Prix Nobel, ça ne se vole pas). Au fil des nouvelles de ce recueil, elle égrène avec parcimonie les thèmes de l’enfance, du diptyque des conventions et des marges, et de la variété des forces contraires à l’oeuvre dans les relations d’amour. Ces nouvelles s’écoulent dans un temps qui va des années 1930-40 à celui d’aujourd’hui, et se situent le plus souvent dans des petites villes isolées, microcosmes éparpillés dans l’immensité canadienne.

“Quand j’avais cinq ans mes parents produisirent de but en blanc un nourrisson, un garçon, dont ma mère dit que c’était ce que j’avais toujours désiré. D’où tirait-elle cette idée, je ne le savais pas.”

Dans « La gravière », la narratrice se remémore une période de son enfance dans les années soixante-dix, quand sa mère décida de quitter son père pour devenir hippie et les emmena vivre, sa soeur et elle, dans un mobil-home avec son nouveau compagnon. La perception de la réalité à hauteur d’enfant, en contre-plongée des adultes, offre un regard naïf sur l’étrangeté irréductible de certains de nos actes. « Havre » pose un oeil ironique sur les métamorphoses subreptices d’un couple bien traditionnel. « Fierté » se fait l’écho d’une vie terne en apparence, passée à lutter contre la peur de subir le rejet social. « Vue sur le lac » est un joli tour de passe-passe, où la question du point de vue conduit à méditer sur la question du “mentir-vrai”. « Dolly » raconte la perturbation que sème dans un vieux couple l’apparition d’une figure du passé.

« Corrie » et « Train » (la plus longue), au coeur du recueil, sont mes nouvelles préférées. Ce sont celles qui offrent les effets de surprise les plus poignants. « Corrie » jette une lumière crue sur une jeune femme “trop riche” pour être épousée dans sa petite bourgade et qui rencontre un jeune ingénieur marié. « Train » est l’épopée douce-amère d’un jeune soldat démobilisé qui saute du train qui devait le ramener chez lui et se lie à une petite bonne femme qui vit seule dans sa ferme délabrée. Dans les deux cas, nous assistons à des échanges en marge de la norme et dont l’explication n’est donnée que par la chute finale. J’ai failli pleurer à la fin de « Train », preuve qu’il n’y a pas que les romans fleuve pour nous attirer dans le lit de l’émotion (ouh la métaphore tirée par les cheveux).

Dans les quatre dernières nouvelles, l’auteure confie s’inspirer de ses propres souvenirs d’enfance dans un petit bourg qui n’était ni tout-à-fait la ville, ni tout-à-fait la campagne, entre un père éleveur de renards argentés, et une mère institutrice qui aspirait à une vie plus distinguée. Ces nouvelles ont une tonalité différente, plus douce et triviale en apparence, bien que l’amertume soit toujours le revers de ces moments significatifs (une invitation, la mort d’un proche, une période d’insomnies).

Le style d’Alice Munro peut sembler froid et sobre ; en cela le titre est programmatique : ici on ne raconte “rien que la vie”. Mais en la lisant, on se rend compte que différents registres sont subtilement maniés pour nous renseigner sur le type de personne et de situation dont il est question. Encore qu’on ne sait pas toujours bien quel point de vue est adopté : l’identité des personnages peut se diffracter dans un temps circulaire mais non immobile. Le sens du texte est parfois voilé par l’usage de litotes, d’euphémismes et d’ellipses (allez je ressors mon vocabulaire des cours de français) et il faut faire tout un travail de décryptage pour comprendre ce qui est dit entre les lignes. Elle excelle dans l’art de nous faire l’air de rien des allusions énormes. Par exemple, que comprenez-vous à l’extrait suivant, si ce n’est que Madame reçoit des avantages en nature ?

“Sa femme travaillait à plein temps, et parfois même plus, dans le bureau d’un homme politique de la province. Son salaire était infime, mais elle était heureuse. Plus heureuse qu’il ne l’avait jamais connue.”

Alice Munro, ou l’ironie qui se voile de mélancolie. Je termine donc sur un coup de coeur, même si je ne suis toujours pas décidée à donner Munro en troisième prénom à mon futur bébé ! 😁

« Rien que la vie » d’Alice Munro, traduit de l’anglais par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, Editions de l’Olivier, 2014, 313 p.

Aurélien, de Louis Aragon

« La marque de ces journées, c’était une façon de stupeur, une inconscience. Le temps s’en va, comme si on avait l’éternité à soi, comme si ce qui faisait son prix eût été qu’on le gâchât. »

51dSP6L50NL._SX301_BO1,204,203,200_Je n’ose vous dire le temps que j’ai mis à lire ce roman débordant « d’amour et de déchirure », cela nuirait à ma réputation sur la blogosphère. Pourtant, ma lenteur n’a rien à voir avec le plaisir douloureux que j’en ai pris à la lecture. Oh et puis si quand même un peu, avouons-le : je savais dès le départ que le roman se destinait à moduler le fameux refrain « Il n’y a pas d’amour heureux » du poème d’Aragon (publié la même année qu’Aurélien, en 1944). Donc je reculais un peu l’échéance. Au passage, quelle belle crétinerie que cette quatrième de couverture qui annonçait platement la fin comme si de rien n’était ! On a condamné des éditeurs au pilori pour moins que ça… #aubûcher #éditionde1989

Quand on a aimé passionnément un livre, tout ce qu’on peut en dire peut très vite s’apparenter à une trahison. J’ai tant aimé de choses dans la lecture d’Aurélien, à commencer par Aurélien lui-même, ce héros qui arrive à conjuguer une virilité pleine de douceurs maladroites et une insaisissable réserve. Aurélien, c’est l’oiseau de nuit du Pigalle et du Montmartre des années 1920, le rentier ancien combattant de la Grande Guerre qui n’a aucun but dans la vie et n’a jamais vraiment aimé avant de rencontrer Bérénice. Bérénice qu’il trouve « franchement laide » au tout début. Pauvre Aurélien qui se laisse tellement berner par son ancien compagnon d’arme, ce sournois playboy d’Edmond Barbentane, qu’il n’a pas compris que celui-ci le jetait dans les bras de Bérénice pour se venger d’une affaire privée. Et pourtant, du marais fangeux des basses passions humaines peut surgir ce pur diamant de l’amour (oui ça y est, je me prends pour Saint Augustin là).

« Pour la première fois de sa vie, Aurélien éprouvait, avec cette acuité de sentiment qu’on n’a, en général, qu’un peu avant le réveil, dans la dernière période du sommeil, Aurélien éprouvait le vide absolu de sa vie. »

Je ne vous raconte pas comment la scène au bar du Lulli’s, lieu de la cristallisation de l’amour entre Aurélien et Bérénice, m’a prise de court par son intensité, au milieu des phrases légères parfumées au jazz. Génie de l’écrivain qui parvient à transmettre, sans en faire des patacaisses, toute la naïveté et la fulgurance étrange d’un amour naissant.  Jeune adulte, je me souviens avoir été bouleversée par les poèmes d’amour d’Aragon. Je découvrais pour la première fois l’emprise directe de la poésie sur mes émotions. J’ai retrouvé un peu de ce pouvoir dans le roman, bien que d’une manière très différente. L’art romanesque d’Aragon ne me fait pas penser à la poésie mais au cinéma. Ou plutôt, disons que toutes les scènes de rencontre entre Aurélien et Bérénice sont pour moi comme des scènes de cinéma en noir et blanc de la Nouvelle Vague (au risque d’être légèrement anachronique).

« Ils se trouvèrent sur le balcon : « C’est beau », murmura-t-elle. Paris bleuissait déjà. Elle était appuyée contre lui, tout naturellement, elle ne se dérobait pas. Il l’entoura de ses bras comme s’il avait peur qu’elle eût le vertige. Il avait bien le vertige, lui… »

D’autant que le roman ne serait pas le même s’il ne se confondait pas si intimement avec Paris ! La Seine et ses sortilèges délétères (le thème de la nage et de la noyade dans le fleuve est omniprésent) donnent à l’histoire une tonalité inquiétante, grise.  Comme si les personnages étaient condamnés à être engloutis par leur destin. Mais il y a aussi le côté flamboyant de la ville-lumière ; il faut se promener avec Bérénice dans les rues de Paris pour goûter à la magie du Paris 1920’s d’Aragon. C’est un vrai régal ce tour-operator dans le temps !

« La Seine n’avait pas de distractions, elle. Cette suite dans les idées qu’ont les rivières ! Couler comme ça, dans le même sens, sans jamais oublier, sans se tromper… »

(Petite parenthèse, James Cameron a honteusement plagié Aragon avec sa fameuse scène où Jack et Rose s’enlacent sur le proue du Titanic ; on retrouve la même avec Aurélien et Bérénice en guest-stars surplombant la Seine ! #jesuisoutrée).

Mais il n’y a pas que du cinéma dans Aurélien. Il y a aussi des scènes de pur vaudeville, notamment toutes les scènes concernant Edmond et sa femme Blanchette, ou sa maîtresse la grande (comédienne !) Rose Melrose. Les dialogues ciselés pourraient être retranscrits tels quels dans une pièce de théâtre comique, d’autant qu’ils se produisent souvent dans des intérieurs cossus.

Et puis, chez Aragon, l’amour côtoie souvent la guerre. Aurélien s’inscrit dans le cycle du Monde réel qui part de la Belle Epoque pour aboutir à la Seconde Guerre mondiale et à ses suites. La politique n’est jamais bien loin. Il décrit de façon très vivante l’ambiance des banquets d’anciens combattants, et les hiérarchies sociales, un temps bousculées par la guerre, qui se reforment à peu près comme avant, à la plus grande amertume de ceux qu’elle a laissé sur le bord du chemin. Le monde capitaliste et ses affaires interlopes en prennent aussi pour leur grade (c’est là qu’on se rappelle qu’Aragon est un communiste convaincu), tout comme le milieu de l’art, joyeusement brocardé avec la figure de l’imaginaire Zamora, qui se pose en rival de Picasso. La génération Montparnasse défile pour notre plus grand plaisir : à part Picasso, il y a les dadas, Cocteau, Mistinguett, Diaghilev, les Américains de la génération perdue, et une allusion à peine transparente au groupe des surréalistes dont Aragon a fait partie. Un monde qui se berce d’illusions, ce que vient révéler l’année 1940 dans la dernière partie du roman.

Pensez, même le vieux Monet fait son apparition, et une partie de l’histoire se passe à Giverny !

« — Impossible. Nous avons rendez-vous… Je désirais depuis longtemps… Bébé a pris pour moi rendez-vous avec Claude Monet…

— Claude Monet ? Tu te prends pour un nymphéa ? » 

Il y a Proust aussi…

« Adrien prit le gros livre, comme si on lui avait refilé l’annuaire du téléphone. Ça n’avait pas l’air de l’enchanter, Proust. Chez le coiffeur, on vous donne La vie parisienne. »

Et Bérénice alors ? Parlons-en. Elle n’est pas pleinement aimable, elle coupe les cheveux en quatre, et l’on peut vite être agacé de son acharnement réussi à contrecarrer son propre bonheur. Mais elle est touchante dans ses efforts éperdus de se libérer du poids des traditions et des convenances. Elle est la femme énigmatique, « l’Inconnue de la Seine » aux deux visages si différents selon qu’elle a les yeux ouverts ou les yeux fermés, ainsi que l’a portraiturée Zamora. Et en effet, elle est déchirée entre son attachement à son mari et son amour pour Aurélien, entre sa soif de s’abandonner et son goût de l’absolu, de la liberté. Une vraie héroïne moderne, aussi tragique que son alter ego classique.

« Et Bérénice. Et les rêves de Bérénice. Rien maintenant ne retenait plus ces rêves. Personne. Ni Paul, ni Archie, ni le sourire complice des Vanhout, ni le banjo de Molly. Bérénice rêvait. Oublieuse de ses griefs. Possédée d’une chanson jamais chantée. Parmi les fleurs bleues, le gravier luxueux, devant la maison pareille à toutes les maisons dans les rêves. Et dans ce rêve-ci, il y avait un homme lent et indécis, avec un doux mouvement roulant des épaules, des cheveux noirs… un homme qui emportait le coeur, un homme qui parlait peu, qui souriait bien… Aurélien… mon amour… Aurélien… »

(Rha, ce style merveilleusement versatile d’Aragon, tour à tour lyrique, tendre, primesautier, ironique, sarcastique, grassement comique, argotique… L’exubérance du style indirect libre, et ses phrases courtes qui se déposent une à une comme les plumes d’un oiseau blessé…)

A la fin, ce qu’il reste de sublime dans cette histoire, au milieu de l’agitation vaine du monde, c’est bien l’amour d’Aurélien et de Bérénice, même s’il s’inscrit sous le signe de la mélancolie désabusée de l’auteur. Avec le poète, on peut bien s’exclamer : « Ce qu’il faut de regret pour payer un frisson » !

Comme à la fin des films, j’adresse un grand merci, premièrement à Galéa qui m’a la première donné le goût de ce roman (et je ne suis pas la seule si j’en crois cette émission des bibliomaniacs consacrée entre autres à Aurélien), mais aussi à Lili et Nathalie, sans le rendez-vous desquelles ce livre serait sans doute resté encore longtemps oublié dans ma PAL…

Allez voir aussi le billet de Rosa consacré à Aurélien ce jour.

Je ne pouvais évidemment clore ce billet sans ceci :

« Aurélien » de Louis Aragon, Folio Gallimard, 1989, 696 p.