Patrick Modiano, Dimanches d’Août

« Je me suis rapproché d’elle et bientôt son parfum était plus fort que l’odeur de la chambre, un parfum lourd dont je ne pouvais plus me passer, quelque chose de doux et de ténébreux, comme les liens qui nous attachaient l’un à l’autre. »

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Nice, sa promenade des Anglais, ses passants désœuvrés errant le long d’avenues bordées de palmiers, ses cafés ouverts sur la mer, abritant toute une faune un peu paumée attendant Dieu sait quoi. Le narrateur est de ceux-la. Il vit chichement dans un hôtel. Bien que seul, il ne peut se résoudre à quitter cette ville, car la figure de la femme aimée et perdue continue de le hanter ici. Huit ans auparavant il fuyait les bords de la Marne en compagnie de Sylvia. Les amants se retrouvaient à Nice, avant de sortir de France. Mais auparavant il leur fallait écouler un précieux diamant, la « Croix du sud », qu’il était trop risqué de conserver. Ils ne connaissaient personne, ils étaient tout l’un pour l’autre et seul leur amour donnait du sens à leur existence. Ils passaient leurs journées à se promener, à s’asseoir dans les cafés et à lire des policiers dans leur meublé qui sentait le renfermé (que de « é » !). Et puis un couple fatal croisa leur route : les Neal… Américains, riches apparemment, propriétaires d’une villa en ruines. Que cherchaient-ils donc en se liant au jeune couple ? Simplement l’amitié, le désir de les aider en rachetant le diamant, une forme d’oisiveté ? Les retrouvailles du narrateur avec Villecourt, un homme de leur passé à tous, va le pousser à revenir sur cette histoire simple mais tragique.

Modiano manie le clair-obscur avec génie, et particulièrement dans ce mince roman : la lumière intense de la Méditerranée se conjugue avec les ombres du mystère qui plane sur le destin de Sylvia et l’identité des Neal ; le narrateur lui-même est un ancien photographe d’art fasciné par les « plages fluviales » de la Marne ; les images employées par l’auteur/le narrateur font souvent référence à la lumière, jusqu’à la description du fameux diamant miroitant contre le pull noir de Sylvia. Quelle scène bouleversante celle où les deux amants se retrouvent dans leur minable chambre louée à Nice, qui sent mauvais donc, dans laquelle les stries de lumière des volets viennent zébrer le visage de la femme aimée. Au fait, je sors cette scène de ma mémoire, peut-être n’est-elle pas exactement racontée ainsi : je fais ma Modiano, moi aussi j’extrais des souvenirs déformés par le temps.

C’est un roman presque gothique, sombre et lumineux, angoissant, nostalgique… Un dosage parfait des divers ingrédients employés par l’auteur, roman après roman.

Alors certes, les personnages ont une consistance à peine moins légère qu’une plume, on les croit volontiers capables de s’évaporer un beau jour dans la nature, il n’empêche, voici une déchirante histoire d’amour qui se lit d’un trait, de la Côte d’Azur aux abords bourbeux de la Marne, du vide de l’absence à la fulgurance de la rencontre…

« Dimanches d’août » de Patrick Modiano, Folio, 2001 (rééd.), 185 p.

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4 commentaires sur « Patrick Modiano, Dimanches d’Août »

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