Marie Vareille, Je peux très bien me passer de toi

vareille marie

Vu que mon dernier billet porte sur Proust, je peux bien passer à une lecture un peu plus légère. Et puis, ça nous changera d’un ciel bien bas concernant l’actualité politique… Quoique, je vous préviens, vous n’êtes pas à l’abri d’un prochain billet sur Hannah Arendt, dont je lis les essais condensés dans le recueil « Du mensonge à la violence » ! Eh oui, c’est une lecture de circonstance.

Bref. J’ai lu la comédie romantique de Marie Vareille, Je peux très bien me passer de toi, il y a trois bons mois déjà, et j’ai hésité à y consacrer un billet. Par snobisme évidemment. Le roman de Marie revendique clairement son appartenance à la « chick lit », ce genre littéraire que le marketing éditorial destine aux « poulettes » ou aux « pintades » qui ne peuvent aller au travail sans leur paire de Louboutin, dont le « boss » est la figure du commandeur, le « mojito » la potion magique, et qui collectionnent les aventures douteuses avec des exs pas très charmants tout en rêvant au prince charmant. D’ailleurs, Marie est aussi la tenancière d’un blog consacré à la chick lit, ce qui m’a permis d’en apprendre un peu plus sur le genre. A propos de genre, même s’il est en général cordialement méprisé par tous les intellos de la terre, concédons que la chick lit est souvent hautement divertissante, manie les rebondissements et l’humour avec dextérité et fait un excellent vide-tête ou pare-soleil sur la plage (ouh le mauvais esprit). Mais je n’en lis plus (même sur la plage) depuis le journal de Bridget Jones car je trouve la vie trop courte (singulièrement depuis que j’ai mes deux bébés !) pour consacrer mon précieux temps de lecture à des romans « faciles », « superficiels », « de plage », « de gare », « vite lus, vite oubliés » (même si, là encore, dans les œuvres considérées comme « légitimes » au point de vue culturel, il y a beaucoup de bouses monumentales de bouquins qui n’arrivent pas à la cheville d’une bonne chick lit). Alors pourquoi ai-je décidé de lire la jeune et pétulante Marie Vareille ?

Il se trouve que je la connais personnellement (c’est l’amie d’une amie) et que j’ai trouvé son parcours d’auteur fantastique : à la force du poignet, elle a écrit son premier roman (Ma vie, mon ex et autres calamités, que je n’ai pas lu) et n’a pas baissé les bras face aux refus des éditeurs, jusqu’à ce qu’elle en trouve un qui accepte son manuscrit. Bel exemple de volonté, je trouve. Je voulais donc me faire une idée de sa production et j’ai donc choisi son deuxième opus (avec cette idée, peut-être absurde, que le second est forcément meilleur que le premier, comme pour les crêpes, mais aussi parce que l’histoire me semblait moins caricaturale – à commencer par le titre).

Et je dois dire, la dame a du talent !

Alors oui, il y a des exs et des boss obsédants dans l’histoire (mais pas de mojitos ni de Louboutins). C’est l’histoire croisée de deux amies, Chloé et Constance, de caractère opposé, qui font un pacte : l’une promet de se mettre au vert pour écrire son premier roman, s’éloignant de toute tentation sentimentale parisienne – au milieu des vignobles bordelais pour ne pas gâcher l’affaire – l’autre promet de sortir de son bovarysme léthargique pour se trouver un mec fissa. La narration à la première personne alterne entre le point de vue de chacune.

Marie Vareille maîtrise parfaitement son style, enlevé, fluide et soigné malgré le passage obligé de l’oralité « meuf-du-XXIe-siècle » qui donne lieu à des comparaisons réjouissantes (Note du Ellettres & Ellettres de la littérarure du XXIe siècle : la comparaison insolite, c’est un peu LA figure de style par excellence de toute chick lit digne de ce nom !). L’histoire suscite le rire, mais aussi l’empathie et l’émotion ; les personnages sont attachants, notamment les deux héroïnes, avec une Chloé un brin plus complexe (donc plus intéressante) et une Constance franchement plus drôle : qu’est-ce que je me suis esclaffée lors de ses « cours de séduction » ! Mais il y a aussi des personnages secondaires bien campés, comme Mamie Rose ou « tonton Gonz ». Pour les littéraires, il y a des références à Jane Austen, Mauriac, Oscar Wilde, voire Henry James si je ne me trompe pas ?! Et pour les amoureux de l’Angleterre, il y a une folle virée à Londres. Par ailleurs, Marie connaît un minimum le monde de l’entreprise, et ça sonne vrai.

Et surtout, il y a un personnage, ZE ONE qui, évidemment, fait craquer mon coeur d’artichaut toute lectrice de (bonne) comédie romantique : le vigneron Vincent Laborde. Ténébreux, ironique, blessé secrètement, un peu beauf sur les bords (une petite prise de risque dans un roman girly, et moi j’aime les prises de risque !) Ce qui m’a sciée, c’est de voir la ressemblance de ce personnage avec le Ludovic de Repose-toi sur moi de Serge Joncour : en gros, on a ici deux agriculteurs du sud-ouest dans la dèche, du genre costauds et rassurants mais avec un volcan qui couve à l’intérieur, un potentiel érotique prometteur, l’un divorcé, l’autre veuf, confrontés à l’incarnation pure de la « Parisienne ». Je ne dis pas que Joncour a pompé son personnage sur celui de Marie Vareille (qui a publié avant lui) évidemment, mais j’ai trouvé frappante cette parenté de personnages de fiction ! Tout comme les sosies existent dans la « vraie vie », il y a des sosies en littérature semble-t-il.

Tout ça pour dire que : qu’importe l’étiquette, pourvu que l’ivresse littéraire soit bonne, surtout quand l’histoire se passe dans le Bordelais. Si vous voulez lire de la chick lit, mais dans sa version feel-good, frenchie et stylée, lisez Je peux très bien me passer de toi. Je prédis que Marie Vareille n’a pas fini de faire parler d’elle 🙂 Et maintenant j’ai envie de lire ses nouveaux romans : le roman fantasy-young adult Elia la passeuse d’âmes et son nouveau Là où tu iras j’irai.

« Je peux très bien me passer de toi » de Marie Vareille, Editions Charleston, 2015, 321 p.

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Elena Ferrante, L’amie prodigieuse

« Lila va trop loin, comme d’habitude, ai-je pensé. Elle élargissait outre mesure le concept de trace. Non seulement elle voulait disparaître elle-même, maintenant, à soixante-six ans, mais elle voulait aussi effacer toute la vie qu’elle laissait derrière elle. Je me suis sentie pleine de colère. Voyons qui l’emporte cette fois, me suis-je dit. J’ai allumé mon ordinateur et ai commencé à écrire notre histoire dans ses moindres détails, tout ce qui me restait en mémoire. » (p. 22)

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Ô prodige… Le rendez-vous du blogoclub sur le thème de l’amitié tombait aujourd’hui et… j’ai lu les dernières pages de ce livre définitivement génial ce matin, je ne pouvais donc rationnellement pas ne pas venir vous faire un petit compte-rendu tout frais pondu, garanti sans OGM, sans conservateurs, ici-même chez Ellettres, ce recoin d’internet délaissé depuis un bon mois. (Que je vous dise, ce n’est pas par manque de motivation que je n’écris plus de billet, c’est par manque de temps, incroyable non ?) 😀

Cela servira-t-il à quelqu’un que je résume le premier tome de la fameuse saga napolitaine d’Elena Ferrante, quand bon nombre de mes collègues l’ont fait avant moi avec talent (au hasard Florence et Lili) ? Allez, je m’y colle rapido, au cas où l’un d’entre vous serait sorti de sa grotte n’en aurait pas entendu parler : « l’amie prodigieuse », c’est l’autre, c’est Lila Cerullo, la meilleure amie de Lenù (Elena…) Greco, la narratrice. Telles des Tom Sawyer et Huckleberry Finn féminins, elles arpentent leur bout de quartier napolitain des années 1950, jouent à se faire peur, se lancent des défis, confrontent la violence inhérente à leur milieu marqué par la pauvreté : la violence des pères et des maris, des mères, des fiancés jaloux, des garçons et filles dès le plus jeune âge, et celle qui est plus cachée : celle du conflit entre classes sociales, celle de la sinistre Camorra qui fait sentir ses rets de façon subreptice sur les commerces du quartier, et celle qui prend sa source dans des conflits inter-familiaux liés à la Seconde Guerre mondiale, « l’avant » que les deux amies n’ont pas connu et qui fascine Lila.

Pour conjurer le mauvais sort, Lila et Lenù se racontent d’interminables histoires et rêvent de devenir riches en les publiant, comme l’auteur des « Quatre filles du docteur March ». Lila impressionne la gentille Lenù par la vivacité de son intelligence, sa « méchanceté » qui couve comme le Vésuve et son courage sans faille. Son monde tourne désormais autour de son amie, et tout ce qu’elle fait de beau (ses bonnes notes, son entrée au collège, puis au lycée), elle le fait pour et par rapport à Lila. Lila quant à elle n’est pas autorisée à poursuivre sa scolarité bien qu’elle soit très douée. De rage elle se débat pour sortir du carcan qui l’emprisonne, en apprenant latin et grec toute seule et en poussant son frère et son père cordonniers à produire de magnifiques chaussures. De psychodrames en « réalisme social » italien mêlant rire, tendresse et cruauté, on suit les deux amies jusqu’à l’adolescence et… allez je n’en dirai pas plus.

On ne va pas tourner autour du pot : ce livre est une incroyable fresque de la vie d’un quartier qui entre dans les trente glorieuses italiennes. On croirait entendre les réparties que se lancent les mammas italiennes d’une fenêtre à l’autre tout en étendant leur linge 10 mètres au-dessus de la rue. Les Fiat et les Lambrettas commencent à sillonner le quartier. Les garçons aguichent les filles qui se gardent bien de leur répondre de peur de susciter les représailles de leurs pères ou frères et de démarrer des cycles de vengeance à n’en plus finir. Les adultes s’insultent à mots couverts (ou pas) : communiste ! nazi-fasciste ! Ils peinent bien souvent à joindre les deux bouts, et certains doivent tout au parrain du quartier. Pour vous dire, tout le temps de ma lecture je voyais des images de Naples en noir et blanc !

Dans cette pagaille, le talent proprement unique de Lila phosphore comme une étoile dure tombée dans la boue. Son personnage, surtout enfantin, est inoubliable. Mais à mesure que les deux filles grandissent, c’est Lenù, je trouve, qui devient plus intéressante : par son entrée au lycée elle entre dans un nouveau monde dont elle ne connaît encore rien. Bien que celui-ci ne soit en fait que la petite bourgeoisie, c’est déjà une avancée par rapport à son quartier. Elle voit la mer enfin (!), part pour la première fois en vacances à Ischia, découvre les jeunes des beaux quartiers. Elle acquiert progressivement sa voix propre, une furieuse envie d’exister vis-à-vis du monde (et de se sentir ainsi l’égale de Lila). Comme Lila, elle emploie les moyens à sa disposition pour fuir son milieu d’origine.

Un duo d’amie très attachant, plein d’ambivalences dans le genre « je t’aime, moi non plus », qui nous ouvre sur tout un monde d’hier, ses tares, ses faiblesses, mais aussi ses générosités, ses drôleries. Un monde tiraillé entre ses réflexes archaïques (son patriarcat exacerbé, ses jalousies) et son désir de se hisser dans la modernité. Une histoire inoubliable, parfois presque trop touffue, qui « m’colle au cœur et au corps » comme aurait dit Voulzy.

Merci au blogoclub qui a fait remonter ce livre de ma PAL, il était temps que je me mette à l’heure d’Elena Ferrante.

Les billets de : Sylire, Lecturissime, Titine, Zarline, ClaudiaLucia, Christelle

PS : La photo de couverture de l’édition française est très bien choisie, en particulier la
petite fille de gauche a les traits que j’imagine être ceux de Lila.A46612_L_amie_prodigieuse.indd

« L’amie prodigieuse » d’Elena Ferrante, traduit de l’italien par Elsa Damien, Gallimard, 2014, 430 p.

photo-libre-plan-orsec-2Participation au Plan Orsec pour le mois de novembre.

Virginia Woolf, Les Vagues

les-vagues-woolf1Les Vagues…

« Le vent se leva. Les vagues résonnèrent sur le rivage comme des tambours, semblables à des guerriers enturbannés, à des hommes enturbannés, qui brandissent leurs sagaies empoisonnées au-dessus de leur tête et se précipitent à la rencontre des moutons blancs. » (p. 80)

J’écris de justesse ce billet au terme d’un mois anglais qui m’aura apporté bien des envies de lectures nouvelles et un plaisir nouveau de partager ma passion livresque avec d’autres mordus.

Chaque matin ou presque, je cliquais plus ou moins fébrilement sur la page FB du mois anglais, pour voir qui avait posté son billet, de quels livres il s’agissait, s’il y en avait beaucoup ou peu, et je guettais les petites phrases rigolotes des uns et des autres. Tout cela m’a maintenue dans l’espèce de fog scintillant, très énergisant, que constitue une communauté d’affinités. Cela va me manquer, mais aussi me permettre de reprendre mon souffle, un rythme d’été plus alangui et m’éloigner pour un temps du rivage de l’Angleterre.

Mais revenons à nos moutons, les vagues 😉

Je l’avoue, j’écris ce billet sans avoir terminé le livre, ce qui n’est « pas bien, pas bien » au vu des règles implicites gouvernant le petit monde de la blogosphère littéraire ! Mais je souhaitais à tout prix inclure cette dernière lecture, comme un point d’orgue à « mon » mois anglais, dont l’envie m’a été donnée par un très joli billet de Romanza.

C’est la première fois que je lis du Virginia Woolf, et je n’en avais pas tellement d’idées préconçues, à part une impression de littérature vaguement barbante qui ne m’incitait pas du tout à la découvrir. Heureusement, le petit cupidon des blogs littéraires a agi en m’envoyant sa flèche pleine de promesses, et j’ai plongé (que ceux qui en ont assez des métaphores marines lèvent la main !)

Et je ne le regrette pas ! Les Vagues, c’est un sextette de six voix : celles de trois garçons, et trois filles qui se fréquentent, que l’on découvre à l’âge tendre de l’enfance et que l’on quitte, je le prévois, à l’orée de leur vie. Pour l’instant, j’en suis à leur âge d’entrée dans la vie adulte, p. 103 de l’édition poche très exactement.

C’est un procédé littéraire nouveau pour moi : c’est la voix intérieure des personnages qui parle, et chacune se succède à la manière des vagues, mêlant considérations triviales, comme les détails vestimentaires, pensées philosophiques, sentiments, émotions, sensations, retours sur soi, réminiscences, plus rarement l’action en train de se produire, réverbérée par la conscience du personnage. Comme ce voyage en train, où la conscience de Suzanne s’attarde entre les paysannes dehors, aperçues par la vitre, le contrôleur, son propre corps, et la conscience de l’organisme rugissant du train :

« Voici le contrôleur, et voici deux hommes, trois femmes, et un chat dans un panier ; me voici moi-même, le coude posé sur le rebord de la portière : tout cela fait partie de l’instant présent et du lieu où nous sommes. Nous avançons ; nous faisons route à travers des champs de blé murmurants et dorés. Les femmes occupées à sarcler les champs sont surprises, parce que nous les laissons derrière nous. Le train monte, maintenant, et sa marche se fait pesante, et sa respiration oppressée. Enfin, nous sommes tout en haut, sur la lande. Quelques moutons, quelques poneys aux crinières emmêlées vivent seuls ici à l’état sauvage ; et cependant, nous sommes entourés du plus grand confort ; nous avons des tables pour poser nos journaux, et des anneaux pour placer nos verres. Nous transportons ces objets avec nous à travers la lande. » (p. 70)

Les identités de chacun des six personnages se précisent peu à peu, mais leur individualité a tendance à s’estomper ou se recomposer comme un kaléidoscope, au gré de leur humeur, des moments partagés avec d’autres.

« Les voilà de retour, mes hôtes familiers. La brèche faite en moi par l’admirable coup d’épée de Neville est maintenant refermée. Je redeviens moi-même, et je mets joyeusement en jeu tout ce que Neville ignore en moi. » (p. 94)

Chaque âge de la vie est séparé par la description de la mer et d’un jardin balnéaire. J’ai mis un peu de temps à comprendre la signification de cette pause purement paysagère et je n’en livrerai pas ici la clé, laissant aux futurs potentiels lecteurs le plaisir de la découvrir.

Virginia a l’art de faire ressentir au lecteur la sensation mouvante de l’entrée dans le sommeil ou l’expérience existentielle d’une promenade matinale dans la nature :

« Je vais mettre mes bas, et sortir sans bruit. Je vais descendre à la cuisine, me glisser dans le jardin, dépasser la serre, et me promener dans les champs. il est encore très tôt. Des brouillards montent de la lande. L’air est raide et froid comme la toile d’un linceul. Mais tout va s’adoucir ; tout va se réchauffer. A cette heure si matinale, j’ai l’impression de ne faire qu’un avec les champs, avec la grange, avec les arbres. Tout est à moi : les oiseaux qui volent par bandes, et ce jeune lièvre qui saute, au moment précis où j’allais poser le pied sur lui. Tout est à moi : le héron qui étend paresseusement ses grandes ailes ; la vague qui tout en mangeant s’avance d’un pas lourd ; et l’hirondelle farouche qui fond du ciel ; et l’horizon rouge pâle, et la teinte verte où cette rougeur se perd. Et le silence ; et le bruit des cloches ; et le cri de l’ouvrier de ferme qui appelle les chevaux de trait épars dans les champs m’appartiennent aussi. » (p. 101)

On entre dans ce livre, que j’hésite à qualifier de roman, comme on ouvre une huître : il faut forcer un peu l’entrée, se montrer persévérant les (20) premières pages (pour moi), et ensuite on se délecte d’un plaisir délicat de lecture, concentré et intense, tout en récoltant quelques perles précieuses ici et là.

Certaines perles sont étonnantes de précision dans leur matérialité concrète : « Sur la table de cuisine Biddy gratte les écailles de poisson avec un couteau ébréché » (p. 20) (J’ai en tête Mrs Patmore, cuisinière de Downton Abbey !)

D’autres nous font dire « Mais bien sûr ! J’ai déjà ressenti cela. » Pour moi, plus particulièrement quand il s’agit de Bernard, sympathique et débonnaire, en constante représentation devant lui-même, peaufinant sa future biographie dans sa tête :

« Quand je murmure « Bernard, qui est-ce qui fait son apparition ? Un homme au coeur fidèle, désillusionné, sardonique, mais nullement aigri. Un homme sans âge, sans position sociale. Moi, tout simplement. C’est lui qui prend le tisonnier et remue en cet instant les cendres, pour les faire tomber en pluie à travers la grille. « Bon Dieu, quelle saleté », se dit-il lugubrement, mais en guise de consolation : « La mère Moffat va venir balayer tout ça. » Je crois que je me répéterai souvent cette phrase, au cours de ma promenade cahotée à travers la vie. C’est vrai, la mère Moffat va venir balayer tout ça. Ainsi donc, allons-nous coucher. » (p. 86).

et

« Il m’est impossible de lire en chemin de fer sans m’interrompre pour me demander si mon voisin est entrepreneur, si ma voisine est malheureuse. » (p. 81)

Il ne faut pas chercher à tout saisir avec la raison, mais ressentir à l’unisson des personnages. La traduction en français de Marguerite Yourcenar est suffisamment magnifique pour qu’on ne culpabilise pas de ne pas le lire en langue originale (ce qui vaut sûrement le coup d’être tenté).

C’est une littérature bien particulière que j’ai découverte là et vers laquelle je reviendrai à coup sûr, comme on goûte de la gastronomie fine, à petites bouchées longuement retournées en bouche.

C’était ma dernière participation au mois anglais 2015 : un big Thank You aux organisatrices Lou, Titine et Cryssilda !

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