Le bain de jouvence des classiques

J’entrecoupe ma lecture des nouvelles de Raymond Carver (Beginners) par la lecture des nouvelles de Maupassant réunies dans le recueil Les soeurs Rondoli. J’avais oublié le plaisir que c’était de lire du Maupassant : sa plume acérée, impertinente, élégante.

Voici un petit morceau de bravoure sur le blues du voyageur qui vire insensiblement à l’angoisse existentielle :

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E. Manet, « Au café », 1878

« Connaissez-vous rien de plus lamentable que la nuit qui tombe sur une ville étrangère ? On va devant soi au milieu d’un mouvement, d’une agitation qui semblent surprenants comme ceux de songes. On regarde ces figures qu’on n’a jamais vues, qu’on ne reverra jamais, on écoute ces voix parler de choses qui vous sont indifférentes, en une langue qu’on ne comprend même point. On éprouve la sensation de l’être perdu. On a le coeur serré, les jambes molles, l’âme affaissée. On marche comme si on fuyait, on marche pour ne pas rentrer dans l’hôtel où on se retrouverait plus perdu encore parce qu’on y est chez soi, dans le chez soi payé de tout le monde, et on finit par tomber sur la chaise d’un café illuminé, dont les dorures et les lumières vous accablent mille fois plus que les ombres de la rue. Alors, devant le bock baveux apporté par un garçon qui court, on se sent si abominablement seul qu’une sorte de folie vous saisit, un besoin de partir, d’aller autre part, n’importe où, pour ne pas rester là, devant cette table de marbre et sous ce lustre éclatant. Et on s’aperçoit soudain qu’on est vraiment et toujours et partout seul au monde, mais que dans les lieux connus, les coudoiements familiers vous donnent seulement l’illusion de la fraternité humaine. C’est en ces heures d’abandon, de noir isolement dans les cités lointaines qu’on pense largement, clairement et profondément. C’est alors qu’on voit bien toute la vie d’un seul coup d’oeil en dehors de l’optique d’espérance éternelle, en dehors de la tromperie des habitudes prises et de l’attente du bonheur toujours rêvé. C’est en allant loin qu’on comprend bien comme tout est proche et court et vide ; c’est en cherchant l’inconnu qu’on s’aperçoit bien comme tout est médiocre et vite fini ; c’est en parcourant la terre qu’on voit bien comme elle est petite et sans cesse à peu près pareille. »

(Les soeurs Rondoli, p. 11, édition Albin Michel, 1969)

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Emmanuel Carrère, Le Royaume

le-royaume,M165128C’est la première fois que j’achète avec mes deniers un livre de la rentrée littéraire (de l’année en cours). C’est censé être un geste culturel encore prisé par les Français (de Saint-Germain-des-prés) et je me sens toute émoustillée d’y avoir communié ; en me rendant qui plus est dans une petite librairie de quartier aux hauts rayonnages et à l’atmosphère coite (et non pas en cliquant deux fois sur un écran sans âme). Et pas pour acheter n’importe quel bouquin, mais le bon pavé de l’auteur reconnu sur la place des célébrités littéraires. Je ne fais pas les choses à moitié pour une première fois ! La vendeuse m’a tendu le livre d’un air entendu et complice. « Oh le Carrère, je rêve de le lire ! » J’étais prévenue : attention, c’est du lourd !

De quoi ça cause ? De Saint Paul, Saint Luc, Saint Pierre, Saint Jean, Saint Marc, mais aussi des plus obscurs Jacques, Timothée, Barnabé, Philippe, ou encore d’illustres inconnus : Trophyme, Sopatros, Lydia… Des fondateurs du christianisme et de ses premiers disciples en somme. Mais le personnage qui ressort le plus assurément, c’est l’auteur lui-même. Curieusement, celui dont il parle le moins c’est… Jésus. Il y a une raison à cela, qu’Emmanuel Carrère cherche à excuser, expier, justifier, expliquer, décortiquer tout au long du livre : c’est qu’il a été chrétien lui-même. Oh lan lan le dossier ! Et pas que chrétien, chrétien pratiquant force one (messe tous les matins). Ce bref passage de sa vie (trois ans) lui laisse un souvenir mi-honteux, mi-perplexe qui le rend excessivement pudique à propos de Jésus.

Vingt ans après cet accès de foi, ce livre est comme une tentative pour l’auteur de creuser son expérience passée de croyant et de fournir une vaste fresque des premiers acteurs du christianisme. Je dis « acteurs » car Carrère (amoureux des allitérations, bonjour !) met en scène les apôtres comme des acteurs de western, qui se tirent dans les pattes, partent dans des contrées inconnues et repoussent toujours plus loin la frontière du paganisme (enfin, surtout Paul). Cela a l’avantage d’être un récit très vivant, fourmillant d’anecdotes, de références savantes agréablement et habilement serties dans un panorama imagé et mouvementé des premiers temps du christianisme. On ne s’ennuie pas, on s’attache aux personnages – Paul le boucanier, Luc le gentil garçon, Jacques le rugueux fondamentaliste, Hérode Agrippa le play boy débauché, Lydia la forte femme, etc – on rit de certaines descriptions très bien vues et on s’identifie aux tourments intérieurs de l’auteur (enfin pas trop quand même, car Emmanuel Carrère a vraiment un très, très net penchant pour le scrupule narcissique).

Mais – car il y a un mais – pour la croyante que je suis qui lit ce bouquin (ça y est, dès qu’on cause religion, les révélations arrivent en rafale : nooon, tu es croyant toi aussi ?!), le seul bémol – mais il est de taille – c’est que l’auteur est de parti pris (ce qui n’est pas un défaut en soi, mais il faut le savoir). Il présente Saint Luc – celui qui a écrit un des quatre évangiles (c’est-à-dire le récit des trois années de la vie publique de Jésus) mais aussi les Actes des apôtres (c’est-à-dire essentiellement les actions d’évangélisation de Paul après la mort de Jésus) – comme un écrivain qui aurait concocté son histoire en mélangeant des inventions de son cru aux témoignages de ceux qui avaient connu Jésus. En gros, Saint Luc est, selon Emmanuel Carrère, un excellent romancier, quasiment le saint patron des romanciers (je ne peux m’empêcher de penser que Carrère prêche pour sa paroisse ! Et que Luc, c’est un peu lui…). Ce qui implique que les chrétiens croient des choses inventées, une opinion qui ne posera évidemment pas problème aux 6 milliards d’êtres humains qui ne croient pas au Christ, mais qui n’est pas recevable pour le milliard qui croit à sa révélation. Mais rassurez-vous, je ne vais pas entrer dans l’interminable débat entre spécialistes de l’Ecriture sainte (peut-on croire à son historicité, etc), et encore moins dans la confrontation entre croyants, non-croyants, mal-croyants et « voulant croire ».

Je vous livre simplement mon impression de croyante : c’est très intéressant mais aussi très troublant de lire le témoignage d’un homme qui a été croyant et qui ne l’est plus, autant qu’est troublant pour Emmanuel Carrère de regarder a posteriori son expérience de croyant à laquelle il n’a plus totalement accès (ce qui faisait sens quand il était croyant lui semble aujourd’hui insensé comme une histoire d’extra-terrestres, et ridicule, comme la première amourette d’un adolescent). Je connaissais les récits de conversion (le plus connu étant celui d’André Froissart : « Dieu existe, je l’ai rencontré ») mais pas ceux de dé-conversion. Entre parenthèses, l’auteur s’est depuis mis au yoga et au taï-chi, disciplines que je trouve nettement moins passionnantes que ses folles aventures de chrétien – l’ayant conduit à se marier dans une église paumée du Caire et à engager une nounou beatnik pour ses enfants – d’ailleurs arriverait-il à pondre un livre de 600 pages sur son cours de yoga du dimanche matin ? Plus sérieusement, il est rare qu’un auteur « star » de notre époque aborde le thème de la religion catholique comme expérience vécue (si, il y avait Thierry Bizot et « Catholique anonyme » qui avait fait le buzz il y a quelques années, grâce au film qui en avait été tiré…).

Je n’ai pas trop aimé en revanche qu’il dépeigne les chrétiens pratiquants comme des fondamentalistes (ce qu’il dit en parlant de ce qu’il a été). Ce n’est pas parce qu’il ne comprend plus pourquoi il a agi comme ça qu’il est obligé de « trahir » ce qu’il a été.

Mais j’ai beaucoup aimé son récit de sa retraite au foyer de l’Arche (foyer chrétien de personnes handicapées), réalisée à un moment où il est quasiment en train de finir d’écrire ce livre (oui car il commente l’écriture de ce bouquin au sein même du bouquin, comme un journal de bord). Il ne croit plus à la révélation du Christ et pourtant il veut y croire, et admet qu’au foyer de l’Arche, en dansant avec la jeune fille trisomique, il a touché du doigt ce « Royaume » que Jésus promet à ceux qui croient en lui. C’est tiré par les cheveux ? C’est du Carrère 😛 !

C’est aussi une lecture astringente pour le croyant car l’auteur est évidemment très bien informé de toutes les thèses qui pourraient démontrer que, non, Jésus n’a pas pu faire ça, ou il n’a pas pu naître de cette façon, etc (mais ce ne sont que des thèses, et non parole d’évangile 😉 ). Certaines erreurs (y compris minimes, comme la mauvaise orthographe de « Medjugorje ») me font penser qu’il n’hésite pas à être un peu léger sur certains points pour mieux servir son histoire. D’où un doute sur la qualité de ses informations. Son livre n’est évidemment pas un travail d’exégète, ce à quoi il ne prétend pas, mais en fait, on ne sait pas trop quel est son statut : un simple essai mâtiné d’ego-histoire ? un roman ? ou un vrai travail d’enquête (comme il le revendique lui-même) ? Ce qui est sûr, et qu’il s’est totalement approprié des personnages ayant vraiment existé historiquement pour en faire des personnages de fiction  qu’on aime bien suivre dans toutes leurs aventures (à quand le tome 2 ? 😉 ).

On pourrait donc dire d’Emmanuel Carrère que, comme Alexandre Dumas, s’il brutalise l’histoire (sainte), c’est pour lui faire de beaux enfants. Mais rien ne vaut l’original : ça me donne envie de relire l’évangile et les actes des apôtres tout ça !

Philippe Grandsenne, Bébé dis-moi qui tu es

Grâce à la gentillesse d’amis discrets, j’ai trouvé un jour dans notre boîte aux lettres un paquet renfermant un livre (j’aime trop ce genre de surprise !). Un livre montrant en couverture un profil de bébé aux grands yeux ouverts.

Bébé dis moi
N’est-il pas craquant ce petit brun ?

« Bébé dis-moi qui tu es » s’affiche comme le nième bouquin t’expliquant comment élever ton gosse dès le plus jeune âge. Intéressant mais avec un air de « déjà vu » : entre tous les conseils contradictoires qu’on entend sur la façon de s’occuper d’un bébé, d’un professionnel à l’autre, d’une génération à l’autre, entre les grands’ parents qui s’étonnent que les parents d’aujourd’hui soient « collés » à leur nourrisson, les parents qui te rappellent comment ils ont pris soin de toi, les amis qui viennent d’avoir leur deuxième et qui t’évoquent avec commisération les rudes nuits sans sommeil sans lesquelles on ne peut se parer du glorieux titre de « papa » ou « maman » (conquis à la pointe de l’édredon et du biberon !)… On ne s’en sort plus. Et puis les manuels expliquant « comment faire ceci ou cela pour cartonner dans la vie », moi…

Eh bien justement, le sous-titre est là pour rassurer le jeune-parent-en-devenir : « Petit traité d’antipuériculture pour mieux comprendre son nouveau-né ». Et là, les choses prennent un autre tour. Comprendre le nouveau-né ? Ne pas être formaté par des conseils tout faits ? Ça, je veux bien !

Philippe Grandsenne est pédiatre de maternité depuis de nombreuses années. C’est lui qui vient faire la visite obligatoire du nourrisson avant le départ de la maternité, et puis il reçoit en consultation. Il anime les « Rencontres autour du nouveau-né » à la maternité de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris qui répond à un besoin que les jeunes parents actuels ont de prendre confiance en leur nouveau rôle, moins aisé dans une société qui a rompu les attaches traditionnelles comme la famille, la communauté. Lui, comme il dit, à force de côtoyer les bébés il « entend bébé, pense bébé, imagine bébé ».

Le ton général du livre est très rafraîchissant et donne l’impression que l’auteur s’adresse directement au lecteur, par-delà la barrière de son autorité médicale. Ainsi, il assure vouloir parler non pas des bébés en général mais du « nôtre ». Une phrase résume son propos : « Il n’y a pas de règle, pas de loi ; seulement des ‘possibles' », des possibles qu’il se propose de décrire.

Mais s’il n’y a pas de mode d’emploi du bébé, de quoi est-ce qu’il peut bien causer alors ?

Eh bien déjà, il déculpabilise les parents angoissés de ne « pas savoir faire » (alors qu’ils sont – en général – surinformés) : « Ne faites pas ce qui est bien en théorie, faites ce qui est bon pour lui. (…). Sans doute, certaines attitudes, certains gestes sont-ils ‘meilleurs’ que d’autres, mais si vous ne pouvez pas les mettre en pratique, ne pensez pas que vous agissez mal. »

Il décrit surtout les 100 premiers jours de la vie d’un bébé. Selon lui, ces trois mois sont une phase où le bébé est plus un « foetus dehors » qu’un « vrai » bébé.

Durant ces 100 premiers jours, le bébé fait son « adolescence primitive » : il passe du stade de « foetus dehors » à celui de nourrisson. Suivront la « première » adolescence vers 3 ans, passage du stade du nourrisson à celui d’enfant, et « l’Adolescence » bien connue (celle-là on s’en rappelle tous), passage de l’enfance à l’âge adulte. Moi je rajouterais bien à ça la crise du milieu de vie ! Mais je m’éloigne un tantinet du sujet. Comme les adolescents, un nouveau-né va avoir des troubles de l’humeur, des chagrins sans cause apparente, des soucis de peau… que l’auteur détaille (sans forcément que l’enfant doive forcément en passer par chacun d’eux ! Ouf !).

C’est pendant cette « adolescence primitive » que le bébé va apprendre notamment à régler ses nuits… sujet sensible s’il en est ! La grande idée de Grandsenne c’est que le bébé règle ses nuits tout seul et en l’espace de trois mois maxi. Oui, tout seul ! Ce qui veut dire que les parents n’ont pas à le laisser au lit quand il pleure, histoire de « l’éduquer » à « faire ses nuits ». Il dit une chose très importante à mon sens : le pleur d’un petit de moins de trois mois n’est jamais un caprice, il exprime toujours un besoin précis : faim, change, fatigue, besoin de réconfort… C’est un langage que les parents apprennent à décoder (il est très « pierre de rosette » ce pédiatre !). Ce n’est qu’après trois mois que le nourrisson apprend à différer la satisfaction de ses besoins. Conclusion : il faut toujours aller voir un « moins de trois mois » quand il pleure, que ce soit pour le prendre dans les bras ou lui parler. Grandsenne rassure énormément les jeunes mères qui ressentent le besoin de prendre leur nouveau-né dans les bras tout le temps : « Ventre vide, bébé parti, vous êtes vidée, au sens strict comme au sens symbolique. C’est pour cela qu’il vous est indispensable de prendre dans vos bras celui qui n’est plus dans votre ventre. (…) Vous avez autant besoin qu’il soit dans vos bras qu’il a besoin, lui, d’y être. Ne vous forcez jamais à le remettre dans son berceau pour ‘bien faire’. Ni vous ni lui n’en avez envie. » Une mère cane ne laisserait jamais un de ses petits canetons crier sans venir le l’entourer, le secourir. De même, un nouveau-né ne peut pas être laissé seul à pleurer sous prétexte qu’il fait du « caprice », qu’il va rendre ses parents « esclaves ». Un bébé bouleverse forcément, pendant ses trois premiers mois, la vie de ses parents, il ne faut pas se leurrer : il a énormément besoin de se sentir « entouré » dans ce monde aérien et frais dont il n’a pas l’habitude, lui qui a vécu neuf mois dans une chaude petite piscine ! De la même façon, il faut nourrir un bébé de cet âge à la demande et ne pas chercher à lui imposer un rythme extérieur qui ne lui convient pas. Il adoptera de lui-même un rythme car il sait mieux que les autres ce dont il a besoin. Ça nécessite de faire sacrément confiance à son bébé ! En même temps, l’auteur déculpabilise aussi un max dans l’autre sens : ce n’est pas parce qu’on n’a pas pu aller chercher à temps le nouveau-né qui pleurait qu’on doit se flageller en tant que « mauvais parent », bien au contraire.

Pour avoir parlé de ce sujet qui excite les foules avec de nombreux parents, jeunes et moins jeunes, j’ai pu constater un décalage générationnel : les plus anciens d’entre eux ont reçu comme instruction à leur époque qu’il fallait régler « de force » leurs bébés tout de suite, que ce soit au niveau du sommeil ou de la tétée/biberon. Sinon gare à l’enfant gâté, voire délinquant plus tard ! (J’exagère). Les parents de ma génération sont partagés entre deux injonctions : celles de leurs parents/oncles/tantes/grands parents qui sont encore sur la ligne antérieure donc, et celle de la nouvelle philosophie « proximale », de « maternage », découlant des récentes découvertes dans la psychologie infantile et dans le domaine des soins, qui expliquent certains troubles ultérieurs par le manque de prise en considération du bébé tout-petit. Finalement, dans les deux cas, on menace les parents trop ou pas assez proches de leur bébé de favoriser la survenue de traumatismes ! Quoique étant généralement d’accord avec la seconde philosophie, je constate surtout que chacun fait, ou a fait, au mieux, qu’il est légitime d’être fatigué, de détester son bébé quand il pleure non-stop depuis trois heures et que l’on a le droit à l’erreur ou au moins-que-parfait. C’est de toutes façons ce que dit Grandsenne, qui n’a rien d’un grand gourou rigide de la « nouvelle parentalité ». Et moi qui attend mon premier bébé, je ne peux… qu’attendre : qui vivra, verra.

L’auteur insiste vraiment là-dessus : c’est normal de se sentir une mère « nulle », un père incompétent face à son bébé tout neuf et si… étrange ! Mais, « Qui a dit que nos bébés avaient besoin d’autre chose que de notre incompétence parentale, de notre « nullité » ? (…) Pendant les premières semaines, les autres, dont les pédiatres vous fournissent des clés pour comprendre [votre bébé], mais celles-ci peuvent ne pas être adaptées. Seul votre bébé détient les bonnes. Fiez-vous à lui. »

Ça fait du bien de voir un médecin qui relativise les recettes de la toute-puissante médecine et redonne confiance aux parents, premiers concernés par l’enfant. Il redonne aussi toute leur place à l’observation et à l’intuition aimante, qui ne sont pas, tant s’en faut, l’apanage de la médecine.

Le livre évoque beaucoup d’autres choses intéressantes :

– il fait une description minutieuse du bébé à la naissance (fascinant) ;

-il rassure quant aux « normes » (ex. les bébés tiennent assis tous seuls en moyenne à l’âge de 8 mois, mais ce n’est pas une règle : certains le font dès 6 mois, d’autres vers 10 mois… cela ne sert à rien de forcer un bébé à accomplir un « exploit » qu’il acquerra naturellement, encore moins de consulter pour ça) ;

– il consacre tout un chapitre aux pères (pas encore eu de réactions sur le sujet de la part de mon mari vu qu’il ne l’a pas encore lu !) ;

– il parle de l’allaitement (au sein ou au biberon) et des soins, sans donner de recettes toutes faites ;

– il évoque la communication riche et intense qui peut s’établir avec le tout-petit, ce qui est quelque chose de relativement nouveau. Autrefois, jusqu’à peut-être 30 ou 40 ans en arrière, le sens commun voulait qu’un bébé ne pense pas, ne communique pas, soit une page vierge, une non-personne (Enfin Dolto vint…). On pensait même qu’il était aveugle voire sourd jusqu’à l’âge de 2 mois ! Or un bébé exprime déjà des sentiments, reconnaît déjà sa langue « maternelle » la bien nommée (c’est celle qu’il a entendu résonner dans le ventre de sa mère – un foetus montrerait des signes de surprise quand sa mère parle une langue étrangère). Il sait même se déplacer tout seul en rampant !

Avec tout plein d’anecdotes tendres, amusantes, significatives qui illustrent son propos, je suis sortie ravie de cette lecture. Elle m’a donné plein d’énergie pour faire face à l’échéance qui m’attend : l’arrivée d’un petit « Robinson Crusoë » dans moins de deux mois (eh oui !). L’auteur a vraiment le chic pour rendre le bébé très sympathique et l’aventure parentale pleine de défis certes, mais aussi et surtout de joies – ce qui contraste avec certains discours plus ou moins professionnels qui ont le don de me stresser à propos des « choses à faire absolument » sans quoi on est des parents monstrueux.

L’optique de Grandsenne (père lui aussi) est exactement l’inverse : « Il suffit de vouloir bien faire pour devenir sa bonne mère et son bon père. » On peut rester dubitatifs quant à la portée d’une telle affirmation (la bonne volonté est-elle toujours bonne conseillère ?). Je recommande néanmoins cette lecture à tous les parents en devenir car elle donne des louches de confiance !

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille de poursuivre avec la lecture du blog de la Poule pondeuse, une mère qui aborde toutes ces thématiques de façon ouverte et décomplexée, notamment ici et ici.

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