Atterrissage en Suisse

Changement de vie oblige, et suite à des questions de copinautes et copains IRL que je n’ai pas eu le temps de tenir informés, j’ai eu pour une fois l’envie de parler d’autre chose que de livres. Comme ma vie trépidante et les expériences qui en découlent sont ce que je connais de mieux (en-dehors des livres), ce post n’est peut-être pas si déplacé que ça, et vous donnera le cadre de mes futures lectures (bucoliques, les lectures) !

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Depuis trois semaines, nous nous sommes en effet transplantés en Suisse, dans un village de carte postale près de Lausanne. Après moult formalités administratives (ici on fait dans la précaution et on ne craint pas d’exiger des tas de signatures sur des tas de documents), nous voilà installés dans notre maisonnette en bordure de champs peuplés de vaches bien grasses, pâturant dans leurs pâturages bien verts. J’ai retrouvé mon ordinateur, une connexion wifi : ouf c’est bon, la civilisation est à portée de clic ! Bambinette et Zébulette*, nos filles (3 ans et 1 an), sont elles en passe de se convertir en véritables petites Heidi, après un début de vie exclusivement citadin. Car oui, derrière notre haie se dresse la chaîne des Alpes déjà recouverte d’une neige fraîchement tombée jusqu’à 1200 mètres (nous sommes à 700…). Et l’on en est à s’extasier d’observer des vers de terre, des fourmis et un matou vagabond, déjà surnommé Grisette, dans notre jardin, sans compter les passionnantes activités des fermes alentour (comme le dressage de chiens ou de chevaux). Autant dire que le dépaysement est total.

C’est la première fois de ma vie que je suis maîtresse de maison (cette appellation pompeuse est une imposture, vu que je ne maîtrise rien du tout à : la chaudière, le tableau électrique, le compteur d’eau, et j’en passe). J’ai pu faire une liste des avantages (nombreux) et des inconvénients (il y en a) en revers de médaille de ma nouvelle situation :

  1. Avantage. Vivre dans une maison, c’est disposer d’un espace de dingue pour le rangement, et de pièces inconnues (en général) aux appartements parisiens, comme par exemple… une buanderie, le must-have suisse. C’est presque un plaisir de faire son linge dans un espace dédié, sans encombrer son lit/bureau/table basse de tas de vêtements fripés repassés : vis ma vie de desperate housewife ! Comme en plus 99% des maisons suisses disposent d’une cave qui est presque une maison bis, ranger devient un jeu d’enfant moins une prise de tête. / Inconvénient. Avec une maison qui compte quatre niveaux (de la cave au grenier), on a vite fait de grimper des escaliers 15 fois par jour. Pour peu qu’on n’ait pas de tête (ou des cartons à déballer), il vaut mieux avoir des jambes… (et je ne vous parle pas du ménage…) Réflexe à acquérir : systématiquement penser aux choses qu’on pourrait monter/descendre au moment de s’engager dans l’escalier.
  2. Avantage. Hiiii un jardiiiiiin ! Le fantasme de tout Parisien en mal de nature, réduit à cultiver des radis dans un pot de yaourt posé sur le rebord – noir de pollution – de sa fenêtre… Quand tu découvres qu’il y pousse du raisin et du romarin, tu te sens pousser soudain des mains vertes et un chapeau de paille sur la tête (mais tu restes un peu dubitative devant ta capacité à conserver ces plantes en bonne santé…). Voltaire, déjà, ne recommandait-il pas de cultiver son jardin pour mener une belle vie ? / Inconvénient. Qui dit jardin, dit… insectes et bestioles en tout genre dans ta maison, surtout quand tu vis dans le parage de fermes. Des 15 mouches qui tournoient autour de ta tête dans la cuisine, au mille-pattes trouvé dans la cave, et à la splendide chenille vert fluo nichée dans la plante d’intérieur, j’ai l’impression de passer un stage de survie en milieu hostile (oui, je fais partie de ces gens allergiques aux bestioles, mais j’me soigne). Quand j’entends mes deux fillettes pousser des cris suraigus à la vue de la moindre araignée (quoi, c’est pas mignon une araignée ?!), je me dis que la nouvelle génération n’est pas plus friande des petites bêtes que la précédente…
  3. Avantage. Vivre dans un village (suisse, accessoirement), c’est nouer des liens détendus avec son voisinage, faire grandir ses enfants dans un lieu de vie à taille humaine. Les Suisses rencontrés jusqu’à présent se sont montrés très serviables et courtois. Leurs rapports humains sont empreints d’une certaine douceur (on est bien au pays qui a érigé la non-violence en art de vivre et en principe politique !) Pour preuve, dimanche prochain c’est raclette-party dans notre quartier ! / Inconvénient. Il ne faut pas avoir peur de prendre la voiture pour faire la moindre course, je n’ai jamais autant conduit de ma vie ! Argument battu et rebattu dans l’opposition ville/campagne, rien de bien nouveau sous le soleil jusqu’ici… oui mais, sur la neige ? Notre village a un micro-climat polaire et quand il neige, c’est pas de la gnognotte ! (Pneus neige obligatoires à partir de fin octobre). Il arrive fréquemment que des voitures se retrouvent coincées au milieu de la route qui nous mène à Lausanne (là où je bosse). Et c’est là que la fille qui a eu son permis il y a deux ans et qui a des palpitations rien qu’à l’idée de faire un créneau, commence à trembler pour de bon… Sainte Rita, priez pour moi !

Bref, voilà un petit tour d’horizon, non exhaustif, de mon nouveau cadre de vie. Je poursuivrai peut-être une série de posts sur la vie à la suisse, selon l’humeur et l’inspiration. Alors même que la frontière française est à 50 km, j’ai l’impression de nager de découverte en hallu étonnement devant ce beau pays qui conserve jalousement ses merveilles dans un écrin précieux… Saviez-vous par exemple que ce week-end, c’était ce qu’on appelle « le jeûne fédéral », une tradition remontant au Moyen-Âge mais réinventée au XIXe siècle, où les Suisses sont censés jeûner en l’honneur de la Confédération Helvétique d’une… tarte aux pruneaux au déjeuner dominical ?! Du coup lundi c’était férié et les petits Suisses (hinhin j’ai pas pu m’empêcher de la faire celle-là) n’avaient pas école dans notre canton (ce qui n’est pas le cas dans tous – et Genève fait exceptionnellement son jeûne un autre week-end que le reste de la Suisse, ce qui me donne l’impression que les Genevois sont un peu les Anglais du pays).

* Comme on dit dans les journaux, leurs prénoms ont évidemment été modifiés. Nan mais je préfère préciser hein.

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Swap #1

Ô joie ! La réception de mon premier swap !

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En m’excusant pour la piètre qualité de mes photos…

Quand j’ai commencé à bloguer, j’ai découvert tout un monde et tout un jargon dont je me sentais, faut-il le dire, un peu exclue (comme le nouveau qui arrive dans une classe qu’il ne connaît pas et pense qu’il ne pourra jamais se faire d’amis). Dans ce nouvel univers, une pratique bien sympathique suscitait ma convoitise, c’était les swaps ! Je me disais qu’il fallait être bien introduit pour être invité à participer à ces échanges savoureux de bonnes choses : livres, papeterie et gourmandises, le tout arrosé de thé (pas de doute, les blogueuses savent vivre même si pour ma part, je suis d’abord et avant tout une buveuse de café ! Le thé, c’est ma part de civilisation.)

Combien mon petit cœur a donc palpité quand Lili m’a proposé de faire un swap au mois de janvier ! L’année commençait bien. Bon, j’ai illico commencé à stresser un peu, car qui dit recevoir un colis de bonnes choses, dit en envoyer aussi, et… je craignais de ne pas être à la hauteur. Mais j’y ai mis du mien et… Lili vous parle du colis que je lui ai envoyé ici (avec genre deux semaines de retard par rapport au sien, et la mauvaise idée de mettre un recommandé avec avis de réception… Mais elle est sympa, elle ne m’en a pas voulu !).

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Début mars, j’ai donc reçu un gros paquets remplis de cadeaux bien emballés. Je les ai déballés promptement, retrouvant la joie de découvrir les surprises qui s’y nichaient…

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Dans notre swap, nous nous étions mises d’accord sur le fait d’inclure trois livres. Lili m’a envoyé trois de ses coups de cœur : « Kinderzimmer » de Valentine Goby, « Le livre des nuits » de Sylvie Germain et « Cristallisation secrète » de Yôko Ogawa. Trois livres aux thèmes puissants : la guerre, les camps, la mort, l’asservissement, mais aussi la lutte pour la continuité, l’amour, la transmission familiale, la beauté… La vie dans ses aspects les plus contrastés. Trois auteurs que je me fais un plaisir de découvrir à mon tour ! J’avais noté Sylvie Germain et Valentine Goby dans mes envies. Et en prime, Lili m’offre de découvrir une auteur japonaise vers laquelle je ne serais pas allée spontanément. Et pourtant, petite coïncidence, j’ai aussi envoyé un livre d’une romancière japonaise à Lili (« La cigale du huitième jour » de Mitsuyo Kakuta). Ce swap a une couleur japonaise, comme vous allez le voir (ça tombe bien, le Japon fait partie du trio de pays qui me fascinent par leur étrangeté, avec l’Iran et le Portugal) (et peut-être la Mongolie).

(Accessoirement, j’aime beaucoup les éditions Actes Sud : non seulement les auteurs qu’ils publient, mais aussi le format et l’aspect même de leurs livres me plaisent inexplicablement. Je suis irrésistiblement attirée par leurs couvertures !)

Un mot sur le sublime marque page. Je n’utilisais pas de marque page avant. Mais ça c’était avant (de copier mes camarades blogueuses qui m’inoculent toutes leurs manies). C’eut été bien dommage de passer à côté d’une si belle image, qui me fait parfois interrompre ma lecture pour rêver un peu devant ce paysage brumeux de la Creuse, cette région qui m’est presque aussi mystérieuse et lointaine que le Japon. 😉

Parlons du reste : Lili m’a gâtée ! Ses petits cadeaux ont égayé une journée grise de semaine (et rendu jaloux mon mari). Il y a eu du thé bien-sûr, un délicat thé vert aromatisé de vanille et de cerise, dont le nom et le parfum me transportent au pays des cerisiers en fleur (le Japon donc). Et son mug, un vrai mug de princesse ! Je les ai aussitôt étrennés. D’autant que j’avais aussi des petites douceurs pour agrémenter mon quatre heures : notamment de moelleuses bouchées à la noix de coco, made in Japan là encore (je crois que c’est un signe, il faut que je me rende là-bas !) Et pour tenir la barre : du chocolat. La valeur sûre ! (Toutes ces douceurs ont déjà été depuis longtemps englouties, et pas que par moi, mais heureusement les livres mettent plus de temps à être savourés).

Mais Lili ne s’est pas arrêtée là, puisqu’elle m’a aussi offert un joli petit carnet à la couverture très expressive (j’y noterai mes impressions de mes futures lectures, et sans surprise, Virginia Woolf est au programme !) Et enfin, de la poudre d’argile rose dont l’odeur est sublime et l’effet très rajeunissant pour mes toutes premières rides et mon teint fatigué par des nuits hachées.

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Restaurée, rafraîchie, renouvelée par tous les petits trésors de ton colis, tu m’as convertie aux swaps Lili : quand remet-on ça ??

Pour voir le colis que je lui ai envoyé, c’est ici.

Joyeux Noël 2016

Joyeux Noël à tous ! 

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Les arbres de vie sont un artisanat typique du centre du Mexique.

Ils représentent « l’arbre généalogique » de l’humanité car typiquement 

Adam et Ève sont placés au pied de l’arbre et Dieu en haut.

Mais l’inspiration des artistes n’a pas de limites ! 

Chargés de fruits et de fleurs,

et ici de l’Enfant Jésus dans la crèche,

ils sont à même de symboliser tout le renouveau de vie

que je vous souhaite en cette fin d’année ! 

Ce que bloguer veut dire

Sous ce titre un peu pompeux, j’ai eu envie de faire le point sur deux ans et demi de blog, ponctués de silences plus ou moins longs.

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(c) boulevardmacaron.canalblog.com

Bloguer a d’abord signifié pour moi jeter à la face du monde les sentiments provoqués par la lecture de certains livres. C’était comme le prolongement d’un journal que je n’ai jamais réussi à tenir de façon régulière, pimenté par la satisfaction d’être lue d’autres lecteurs. Satisfaction vite déçue quand j’ai constaté le peu de commentaires que je recevais. Ce que je n’avais pas compris, c’est que pour être lue, il faut partager, c’est-à-dire très simplement : se rendre sur d’autres blogs avec lesquels on se sent des affinités et commenter leurs billets de façon constructive et ouverte, car les plus grands commentateurs sont eux aussi des blogueurs. De là se déploie toute une gamme de partages subsidiaires qui se sont dévoilés petit à petit à la blogueuse néophyte et éblouie que j’étais : participer à des challenges*, des « mois »*, des « LC »*, court-circuiter le temps long du blog par l’instantané des réseaux sociaux (essentiellement Facebook pour ma part, et encore – je n’ai jamais réussi à accrocher avec Twitter que j’ai d’ailleurs peu à peu abandonné – quant à Instagram je l’utilise de manière essentiellement privée) (Pssst ! Si vous voulez « liker » ma page Facebook c’est là !!).

Je ne peux pas dire que je me sente faire partie d’une « communauté » quelconque, pas de manière active en tout cas, ni de manière très personnelle. Je n’ai rencontré aucune blogueuse IRL (le masculin n’étant pas dominant dans la blogosphère littéraire) ni participé à des rencontres dédiées. Je n’ai jamais participé à des « swap »*. Ma seule participation aux matchs de PriceMinister s’est soldée par un échec et je n’ai pas (encore) tenté de gagner des livres gratuitement auprès des maisons d’édition (les SP*, ces attrape-polémiques, ont été une totale découverte pour moi et je suis toujours vaguement respectueuse de ceux qui en reçoivent même si je m’en passe fort bien). J’échange très rarement de manière privée avec des blogueuses. J’ai quand même rencontré des blogs passionnants et passionnés que j’imagine être à l’image de leurs propriétaires, que je lis très régulièrement, avec qui j’échange des commentaires sur nos blogs respectifs ou sur Facebook. Avec eux je me sens la liberté d’être une lectrice vorace, à l’affût des perles, et ne dédaignant pas discuter le mérite de tel ou tel auteur ou porter au nues le(s) livre(s) fétiche(s). Voici le principal apport du « blogging » dans ma vie : parler librement de livres, ce qui n’est finalement pas toujours simple en société. J’ai toujours la sensation d’apparaître comme la fille un peu guindée quand je me mets à évoquer les livres que j’aime, et que je reçois pour tout retour un sourire ou un « mmh » poli. Sur les blogs, point de complexes : on est là pour ça !

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La lecture, une activité essentiellement solitaire et génératrice de positions farfelues. (c) Alfred Eisenstaedt pour Life, 1953.

Qui dit blog littéraire, dit d’abord découverte d’un jargon propre, souvent composé d’acronymes : pour cela je vous renvoie à mon petit dico pour non-initiés à la fin de ce billet ! On découvre que toute blogueuse digne de ce nom possède une PAL* longue comme les deux bras (voire les deux jambes) qui la fait à la fois souffrir et saliver d’anticipation, que la participation à un challenge (encore mieux : l’organisation d’un challenge) est le gage de rencontrer plus de lecteurs autour d’une passion commune (et parfois il faut le dire : « rentrer du lien » et accroître ses statistiques !) et qu’à force de parler de livres, on parle aussi forcément un peu de soi.

Au fur et à mesure de mon immersion, et tandis que de nouveaux blogs intégraient sans cesse la liste de mes favoris, la blogosphère (littéraire, mais pas que) m’est apparue comme une cour de récré colorée, avec ses personnalités populaires, ses discrets, ses fidèles, ceux qui font l’école buissonnière (= font des pauses), ceux qui sont toujours en tête des classements, et puis ses rebelles qui vont à rebours du vent dominant 😉 … Ou pour faire plus savant, c’est un champ social selon la définition bourdieusienne, avec ses pôles dominants, ses électrons libres, etc… Mais évidemment chaque blog est unique, et ne se réduit pas à mes petites catégories !

La question que je me suis posée dernièrement (et qui est à l’origine de cette longue logorrhée) est celle-ci : qu’est-ce que le fait de bloguer et de lire des blogs a changé dans mes habitudes de lecture elles-mêmes ?

L’influence la plus évidente pour moi est la découverte de nouveaux auteurs, et avec elle, la littérature m’apparaît de jour en jour comme un vaste champ des possibles aux frontières presque illimitées (ma LAL* atteint désormais la taille respectable de trois pages Word).

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Le lecteur face au champ infini de la littérature. (c) plkdenoetique.com

C’est grâce aux blogs que j’ai découvert Niccolo Ammaniti, Antoine Bello, Jaume Cabré, Jeffrey Eugenides, Susan Fletcher, Marlen Haushofer, Laura Kasischke, Ian McEwan, Marisha Pessl, Léonor de Recondo, Thomas Reverdy, Natasha Solomons et j’en passe… Quand j’étais enfant et ado, je lisais ce que je trouvais dans les bibliothèques à ma disposition, soit beaucoup de « bibliothèque rose » puis « verte », d’école des loisirs et de classiques. Quand je suis devenue adulte, j’avais quelques auteurs fétiches, notamment Robert Merle et des auteurs latino-américains (dus à mon exil mexicain). Je lisais très peu d’auteurs contemporains, à part Amélie Nothomb et quelques autres, d’une part par manque de moyens, mais aussi et surtout par instinctive méfiance (peur d’être déçue ? peur de la nouveauté ?). Je crois que la polémique sur le plagiat qui avait éclaté à l’époque entre Marie Darrieussecq et Camille Laurens m’avait complètement refroidie par rapport à la fiabilité de la littérature contemporaine (française à tout le moins) et m’avait vaccinée contre l’autofiction (j’en subis encore les effets 😉 ). Cela a bien-sûr changé, surtout depuis que des blogs ont su instiller en moi l’attrait tentateur de la nouveauté (au détriment, du coup, des classiques) mais aussi me faire découvrir d’authentiques coups de cœur. De manière générale, j’ai remarqué que je lis aussi plus d’auteurs féminins qu’auparavant (j’étais restée cantonnée à quelques incontournables). Bref, j’ai révisé un certain nombre de mes préjugés contre les auteurs contemporains. A côté de ça, la fiction a pris une grande place dans mes lectures, au détriment des essais, de la non-fiction en général, même si je lis toujours beaucoup de bouquins d’histoire pour mon travail (et mon plaisir bien-sûr). Je lis aussi moins de poésie. En fait, mes habitudes de lecture sont devenues un petit peu moins insouciantes, et tout ça c’est un peu la faute des…

… CHALLENGES ! dont l’effet le plus certain est d’entraîner une certaine « boulimie » de lectures. Il m’est arrivé de lire des livres « par obligation » (un peu comme les livres qui étaient au programme des cours de français au collège et au lycée) dont certains m’ont plu d’ailleurs, mais au détriment d’une certaine liberté, d’une certaine flânerie chère aux amoureux de la littérature. Il faut reconnaître qu’il y a une certaine gratification à faire des listes, compter le nombre de livres « tenus » sur ceux qui étaient prévus, évaluer ses performances… D’autre part les challenges installent une sorte de discipline utile quand on veut s’attaquer à des œuvres exigeantes, ou, en nous focalisant sur un thème précis, permettent de creuser un peu un sujet. Et j’aime tellement voir ce que les autres ont lu ! Surtout quand ils ont lu les mêmes livres/auteurs que moi. En fait, tout dépend de l’esprit du challenge et de la personnalité de l’organisateur : la convivialité, l’esprit bon enfant et l’émulation font le succès de certains challenges. J’ai un petit faible pour les « mois » consacrés à la littérature d’un pays. Mais je me lasse parfois d’un certain esprit scolaire et compétitif qui guette l’amateur de challenge.

J’ai aussi réalisé que les livres n’étaient pas une manne spirituelle tombée du ciel (ou pas que), mais qu’ils supposaient toute une « infrastructure » : auteur suant sur son papier ou devant son écran, maison d’édition peaufinant ses choix éditoriaux et ses stratégies promotionnelles, librairies de toutes tailles, événementiel, jurys de prix littéraire, communication dans les médias (dont les blogs font partie !), etc. Je ne lis plus de façon aussi innocente qu’avant, même si je suis assez loin de distinguer entre elles toutes les maisons d’édition, même si les rencontres avec des écrivains en chair et en os ne m’intéressent guère, même si de toutes façons les stratégies promotionnelles à coup de gros panneaux dans le métro me font plutôt fuir qu’autre chose. Je butine beaucoup et mes choix de lecture obéissent à des facteurs aussi divers que variés, de la beauté d’une couverture à la voix tentatrice d’un billet de blog, en passant par une réminiscence de jeunesse, une « obligation » ressentie envers certains classiques, ou la trouvaille de livres abandonnés dans la rue (ils me font tellement pitié, j’ai tellement l’impression qu’ils me crient « adopte-moi ! » que je les embarque presque systématiquement…). Bref, je ne suis pas encore une grande consommatrice de nouveautés de la rentrée littéraire en cours (plutôt de celles d’il y a trois, quatre ou dix ans) mais je travaille mon pedigree de lectrice dans le vent.

En revanche, il y a une activité qui m’attire de plus en plus, et que j’ai découvert grâce à certains blogs : participer à un juré d’un prix de lecteurs ! Non pas forcément pour recevoir des livres gratuitement (même si j’imagine que ça doit être fort gratifiant) mais pour le plaisir d’échanger avec d’autres lecteurs sur des livres lus en commun, le plaisir de n’être pas forcément d’accord ou d’avoir les mêmes coups de cœur, le plaisir de classer ses lectures, le plaisir de croiser les doigts pour la victoire d’un chouchou…

Et tant qu’à parler de livres, j’aimerais aborder cet aspect dont on ne parle pas beaucoup : les blogs sont aussi des productions littéraires, et le plaisir ressenti à l’écriture d’un billet en est une démonstration. Oh d’accord, il y a à boire et à manger dans la blogo, et il n’est pas question de mettre sur le même pied la grande littérature (mettez ce que vous voulez derrière ce terme) et les productions démocratisées et multipliées à l’extrême par la toile. D’accord on ne s’attend pas à une reconnaissance publique de notre « oeuvre », même quand on passe du temps sur l’écriture de chaque billet et quand bien même certains blogs attirent des milliers de lecteurs. N’empêche que, sans me prendre pour la nouvelle Françoise Giroud, bloguer me permet d’apprendre à ramasser mon propos, de façon à le rendre piquant, si possible intéressant. Question style, j’hésite toujours entre la familiarité et un langage plus châtié, mais la donnée qui change par rapport à d’autres productions écrites, c’est évidemment la possibilité d’entrer en contact direct avec mes lecteurs… D’où la fringale de commentaires, et la joie – disproportionnée ? – quand ceux-ci arrivent ! (Comment, moi, mendier des commentaires ?? Noooooon !)

* Petit lexique du blogueur littéraire

  • Challenge : comme son nom l’indique, il s’agit de se fixer un défi, le plus souvent dans un cadre communautaire. L’organisateur du challenge fixe une ou plusieurs règles de participation en termes de quantité, de durée, de genres, et surtout il fixe une ligne directrice. Elle peut tourner autour d’un genre particulier (ex. le polar), d’un pays (ex. les auteurs italiens), d’un thème (ex. les arts dans la littérature). Mais cela peut aussi concerner tous les livres qui ont reçu un prix littéraire, les livres de plus de 1000 pages, les livres adaptés au cinéma, les livres tirés de sa PAL… L’imagination est sans limite ! Il y a aussi des challenges plus subjectifs : le challenge myself de Romanza dont on choisit soi-même la ligne directrice, le « non-challenge » des pépites de l’année de Galéa… Certains organisateurs fixent des conditions drastiques, d’autres sont beaucoup plus cools (ce sont ceux que je préfère – même si l’idée d’un « classement » des meilleurs participants titille toujours ma fibre de bonne élève – j’ai l’impression que la tendance générale va vers le « moins de règles possibles »)
  • LAL : pour « livres à lire ». C’est la liste de tous les rêves et de tous les possibles : « un jour je lirai tel et tel et tel livre… ». Par principe, une LAL tend plus vers l’infini que vers zéro, car pour un livre qui sort de la LAL, trois autres y entrent !
  • LC : acronyme de « lecture commune ». Quand deux ou trois blogueurs (ou plus !) lisent le même livre et publient le billet qui lui est consacré le même jour. Très sympathique pour renforcer des liens personnels et constater combien un même livre peut être envisagé différemment selon les sensibilités. Le blogoclub étend ce principe et fixe un rdv autour d’un auteur ou d’un titre particulier tous les trois mois (1er mars, 1er juin, 1er septembre…).
  • Mois thématiques : généralement consacrés à un pays (le plus connu – et couru ! – étant le mois anglais en juin, mais il y a aussi le mois américain en septembre, le mois québécois quelque part en automne, le mois écossais en décembre, le mois belge en avril, le mois italien je ne sais plus quand…). Peuvent se considérer comme une sous-catégorie des challenges. J’aime beaucoup ce format ramassé et dennnssse ! A l’intérieur des « mois », des dates spéciales sont souvent retenues pour des LC* (que je rate systématiquement).
  • PAL : pour « pile à lire » (pile… de livres bien entendu). Se dit de ces livres que l’on possède dans sa bibliothèque et que l’on n’a toujours pas lus. La PAL a tendance à enfler proportionnellement au temps passé à lire des blogs littéraires.
  • SP : Attention terrain miné ! SP pour les fameux et obscurs Services Presse 😉 . Se dit des livres adressés gratuitement par des maisons d’édition à des blogueurs, pour qu’ils les lisent et en parlent sur leurs blogs. La polémique porte notamment sur le degré d’honnêteté des blogueurs recevant des SP, accusés d’être « achetés » par les maisons d’édition. George fait le point sur cette polémique ici.
  • SWAP : Je ne connais même pas la signification de l’acronyme, si quelqu’un peut me renseigner ! Se dit de ces petits échanges de cadeaux par la poste entre blogueuses où chacune envoie et reçoit généralement des friandises, des marque pages, des sachets de thé, des cartes postales… et des livres bien-sûr ! Doux plaisirs légèrement régressifs 😉
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Qui a dit que les blogueuses littéraires étaient moins sexy que les blogueuses mode ?! (c) Eve Arnold, 1955

Chaque vie compte #AylanKurdi

Aujourd’hui je ne peux plus me taire. Longtemps ce blog dédié aux loisirs de l’esprit, principalement les livres, m’a bâillonnée sur les autres sujets qui agitent ma cervelle, notamment politiques. Car il doit y avoir cette vieille idée qui traîne quelque part que la politique, c’est sale, alors que la lecture, c’est pur et élevé. Mais comment faire semblant de ne songer qu’à mes prochaines lectures, aux livres que je convoite, aux challenges que je souhaite remporter, aux nombres de visites sur mon blog, aux commentaires qui titillent mon ego ? Toutes choses respectables de la part d’un petit blog littéraire, dont je tire satisfaction, mais qui semblent bien insignifiantes face à la mort d’un petit enfant de trois ans.

Aylan Kurdi n’est pas le premier, ni le seul enfant à mourir d’une mort tragique depuis le début de la crise syrienne et le début de la crise des réfugiés conséquente qui endeuille presque journellement la Méditerranée. Son grand frère, à peine plus âgé, est mort lui aussi. Sa maman aussi. Des milliers d’autres. On a beau jeu de rapporter sa mort aux milliers, aux millions d’autres, des incalculables conflits qui ont secoué l’histoire. Se rappeler des terribles égarements du passé grâce à la littérature.

Mais agiter des chiffres à plusieurs zéros ne nous aide pas à prendre mesure de l’horreur ; cela nous projette au contraire dans un sentiment de sidération qui n’engendre qu’apathie, indifférence, impuissance, aquoibonisme. Tandis que mettre un nom, un visage, à l’un d’entre eux rend à tous les autres leur humanité singulière, leur dignité de personnes humaines.

Quand je pleure Aylan Kurdi, je pleure aussi sur toutes les autres personnes mortes tragiquement en tentant de fuir l’horreur de leur pays en guerre, en dictature (cf. Érythrée) ou en proie à un groupe terroriste maléfique. Je pleure ces chrétiens et ces yézidis de la plaine de Ninive (région de Mossoul en Irak) qui ont été chassés ou tués par le prétendu « Etat Islamique » l’été dernier (déjà). Je laisse couler toutes ces larmes qui auraient dû couler depuis un certain moment déjà. Comment ai-je pu me laisser murer à ce point dans le cocon de l’indifférence et du matérialisme ? Ces larmes sont salutaires, je les souhaite à beaucoup d’entre nous, car elles préparent notre sursaut moral, et celui de l’Europe.

Et face à ces tragédies quotidiennes, qui commencent à tutoyer le niveau, en termes de déplacés, de la Seconde Guerre mondiale, l’espérance me tenaille le ventre. Grâce à des associations comme « Fraternité en Irak » qui aident inlassablement les chrétiens et yézidis irakiens réfugiés dans le Kurdistan irakien. Grâce à des mouvements spontanés comme le « AirBnB pour réfugiés » qui a éclos en Allemagne, et maintenant en France. Grâce à cette ONG privée, MOAS, fondé par un couple de millionnaires italo-américains, qui sillonne la mer Méditerranée à bord d’un navire spécial pour recueillir les réfugiés en pleine mer.

Que faire, face à ces drames insoutenables ? A mon niveau, je discerne trois pistes. La première, prier. Je n’en dis pas plus là-dessus, car la prière est propre à chacun, même à ceux qui ne croient pas en Dieu.

La deuxième va peut-être vous surprendre, mais elle a déjà été évoquée dans le mouvement d’opinion mondiale qui s’ébauche autour de la protection de l’environnement, dans le sillage des préparatifs de la COP21. Mais je trouve que c’est aussi un signal fort à l’adresse de tous ces migrants qui ne mangent pas parfois pendant des jours au cours de leur traversée. Il s’agit du jeûne, c’est-à-dire de la privation volontaire et momentanée de nourriture. Personnellement, j’essaie bien humblement de faire, un jour par semaine, un repas composé uniquement de (très bon) pain, et de me priver de café (dur, dur !) deux jours par semaine. Outre l’aspect salutaire pour notre corps, le jeûne nous apprend à nous détacher un petit peu des biens matériels et de nos habitudes de consommation effrénée. C’est un geste de solidarité, infime, certes, avec ceux qui ont parfois tout perdu dans leur pays et qui arrivent les mains vides sur les rivages de l’Europe. Au-delà, on peut aussi limiter nos budgets shopping/loisirs et en consacrer une partie aux associations qui œuvrent pour sauver les migrants. Ce qui m’amène à ma troisième piste.

Ce n’est pas pour rien que les migrants du Moyen-Orient et d’Afrique se tournent vers l’Europe et non, au hasard, vers les Etats du Golfe pourtant parfois bien plus proches géographiquement. Quoi que l’on puisse dire, l’Europe a une tradition d’accueil universaliste. Elle est la terre de naissance des droits de l’homme. Engoncés que nous sommes depuis des décennies dans une prospérité que les crises économiques n’ont pas encore totalement mise à mal, nous avons peut-être oublié les affres de notre passé (si proche : 1945, c’était il y a à peine 70 ans !) et ce que nous devons à nos frères en humanité, dont beaucoup proviennent de pays jadis occupés par les Européens. L’heure a sonné de revenir vers les valeurs humaines fondamentales : compassion, entraide, charité. Donc, troisième piste que je n’oublie pas : pourquoi ne pas commencer à faire un don à une association qui oeuvre vraiment sur le terrain. Pas forcément une méga-ONG. Mais une association engagée en qui vous avez confiance.

Laissons-nous toucher, mais que notre émotion ne demeure pas stérile !

Et notre compassion peut bien sûr se tourner vers des causes plus discrètes au sein même de notre pays, comme la fondation Espérance Banlieue parrainée par Harry Roselmack, qui a déjà créé un super collège à Montfermeil, le cours Alexandre Dumas.

Edit : Écrivant ce texte sous le coup de l’émotion à une heure du matin, j’ai oublié de mentionner l’action politique proprement dite. A commencer par notre devoir de citoyens : interpeller nos élus, en envoyant, pourquoi pas, une lettre manuscrite à notre député(e), peut-être plus précieuse qu’un simple mail envoyé d’un clic. Et pour ceux qui sont un peu connus : lancer une manif de soutien ? Je sais, c’est éculé, mais c’est la base…