Maigret, de Georges Simenon

Eh oui, « juste » Maigret. Ce titre est le dernier de la série écrite dans les années 30. Simenon pensait alors en avoir fini avec le fameux commissaire, et l’avait mis à la retraite dans ce tome. Retraite anticipée puisque Maigret, victime de son succès, reprit du service dans ses fonctions de commissaire dès les années 40 et pour trente ans encore…

Notre fumeur de pipe coule donc une retraite paisible à Meung-Sur-Loire avec Mme Maigret quand, un matin aux aurores, leur neveu Philippe fait irruption chez eux tout échevelé. Jeune inspecteur de la PJ de Paris (entré dans la « Maison » grâce au piston de son oncle), Philippe se trouve dans le pétrin. Le suspect qu’il filait a été tué sous ses yeux sans qu’il puisse identifier le tueur, et comble de malchance, c’est lui qu’on accuse du crime. Maigret va donc « monter » à Paris, retrouver ses anciens collègues du 36, quai des Orfèvres, et ses habitudes dans ses bistrots préférés, afin de faire la lumière sur cette sombre histoire…

C’est tout le milieu de la pègre qu’on découvre dans ce tome des enquêtes de Maigret : ses tenanciers de cabarets et de maisons closes, ses dealers, ses indics et ses filles de joie. Simenon – qui a bien connu ce milieu du temps où il était journaliste – se régale à nous les mettre en scène avec leurs tics et leurs manières propres, notamment à travers une mémorable partie de belote.

Ce roman porte bien son titre finalement, car le personnage de Maigret lui-même y apparaît dans toute sa solide consistance. Dépossédé de ses pouvoirs de commissaire, soumis aux bonnes volontés de son remplaçant qui ne l’aime guère (et lui reproche sa « méthode » d’immersion dans le milieu), il paye réellement de sa personne à suivre et confronter des suspects fuyants et tous solidaires les uns des autres, tout en carburant de la bouffarde. Certes, l’astuce qui lui permet de confondre le coupable nous semble gentiment désuète, mais c’est le premier Maigret où je vois le commissaire (enfin, ex-commissaire… bref), user de son revolver comme un terrible shérif de western spaghetti.

Et tout ça pour finir, de retour dans le giron conjugal, sur une chute mythique que je vous laisse découvrir (y a que dans Maigret que ça ne semble pas parodique, non ?)

– Quelle soupe as-tu faite ? cria-t-il en s’asseyant sur une caisse.

– Aux tomates.

– Ça va !

Et les bottes tombèrent l’une après l’autre sur le sol de terre battue en même temps que fusait un soupir d’aise.

J’ai lu Maigret en l’honneur des 90 ans du commissaire (un p’tit beurre, des touyous…) célébrée par la LC du mois belge.

« Maigret » de Georges Simenon, Fayard, 1934 (édition originale)

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13 commentaires sur « Maigret, de Georges Simenon »

  1. Ha mais oui, Maigret (j’en avais lu pour un mois belge, mais qu’est ce que c’est noir, dis donc, comem ambiance)

  2. Celui-là, je ne l’ai aps lu mais j’en ai lu un paquet et j’aime beaucoup ! oui les dernières phrases ne sont pas ridicules car elles vont avec le quotidien de Maigret…

      1. J’avais particulièrement aimé l’affaire saint-Fiacre mais ça doit être son plus célèbre à mon avis et tu l’as peut-être déjà lu. Maigret aux assises est pas mal non plus…

  3. J’adore cette chute (bien amenée dans ton billet aussi 😉 J’ai bien envie de continuer à lire un Maigret de temps en temps et aussi lire les autres romans, ceux que Simenon qualifiait de sérieux, j’vais beaucoup aimé Le bourgmestre de Furnes.

    1. Moi aussi ça m’a donné envie de continuer à lire Maigret, d’ailleurs ce sont les seuls romans belges qui me restent dans ma pal 😥
      Moi aussi j’aimerais découvrir ses « romans durs ».

  4. Oui, bon, ça a tout de même l’air un poil passé, les histoires de Maigret… Du moins, c’est ce que je me dis en parcourant tous vos billets à son sujet ^^ Mais après tout, pourquoi pas… L’adaptation télé avec Cremer aussi, je la trouvais ennuyeuse au possible au début (un genre de Derrick français, tu vois) et puis finalement, j’avais fini par adorer complètement. Ce n’est pas désagréable de plonger dans l’ambiance désuète d’une époque parfois…

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