Olga Lossky, La maison Zeidawi (2014)

Afficher l'image d'origineD’Olga Lossky, j’avais beaucoup apprécié La Révolution des cierges, cette épiphanie de vie au milieu des convulsions de la Révolution bolchevique, qui unissait un moine orthodoxe et une mère de famille pauvre à Moscou. Autant le dire tout de suite, La Maison Zeidawi est loin, très loin de posséder la même force et la même grâce. Là encore pourtant, la grande histoire vient perturber la petite, au Liban cette fois. Fouad Dubailleul se rend pour la première fois au pays du Cèdre, pour vendre la maison d’une aïeule dont il n’avait jusque là jamais entendu parler. C’est l’occasion de découvrir sa famille libanaise, dont une nièce aux pupilles de braise… En dévoilant cette part de son histoire inconnue de lui il va pouvoir faire la lumière sur sa propre vie et ses fragilités, masquées par cette question : pourquoi sa mère a-t-elle fui le Liban sans esprit de retour au milieu des années 1950 ?

Voilà, c’est cousu de fil blanc : la transmission de secrets, de haines et de transgressions sur plusieurs générations, un fils qui vient enquêter sur ses racines et se trouve tenté de reproduire les mêmes erreurs que les générations passées (mais dans une répétition qui frise le ridicule – comme toute bonne histoire qui se répète dirait Karl Marx), tout cela dans une Beyrouth riante et balafrée par les cicatrices de nombreuses guerres civiles. Beyrouth : métaphore à ciel ouvert de la famille Zeidawi, respectable famille orthodoxe couvrant de son succès l’obscurité de ses origines. Tout cela était un peu trop convenu pour moi, même les soi-disant « surprises » de la narration. Et puis, pour un récit qui prétend à la fresque familiale, les destins de chacun sont trop rapidement effleurés pour que l’on s’y attache vraiment… La « grande » Histoire est évoquée simplement par petites touches sans vraiment faire irruption comme elle pouvait le faire dans La Révolution des cierges. La chose la plus intéressante que j’ai apprise c’est cette opposition, chez les chrétiens libanais, entre gens de la montagne et gens de la côte, les uns rudes et fiers, les autres opulents et insouciants, les uns plutôt maronites, les autres plutôt orthodoxes. Les autres confessions religieuses ne sont pour ainsi dire pas représentées dans cette histoire de cocon familial (et le terme « cocon » est un petit clin d’oeil 😉 ).

Restent la pureté et la simplicité de l’écriture d’Olga Lossky, les évocations des lieux, des tics de langage des Libanais francophones, de leur goût pour le faste et la convivialité, de la saveur de leur cuisine (contrairement à Fouad, j’ai eu faim dès qu’il s’agissait de mezzés)… et de la persistance d’un antique code de l’honneur.

Je ne me suis pas du tout attachée à ce roman et pourtant je l’ai lu jusqu’au bout, comme j’aurais lu un reportage de magazine bien écrit sur la nouvelle jeunesse branchée de Beyrouth ou Téhéran qui m’aurait attirée par un mélange d’exotisme et d’identification. Mais si vous avez mieux dans votre PAL (et ça, je n’en doute pas), ne perdez pas votre temps sur celui-là.

Je laisse la parole au vieil évêque Anasthasios, grand amateur de cigares et « accoucheur » du destin de Fouad, qui est peut-être le personnage le plus abouti du roman :

« _ Vous croyez que, tout à mes cigares, j’oublie la proximité de la mort, n’est-ce pas ? continua-t-il avec fougue, comme s’il lisait la pensée de son hôte. Pourtant, cela va vous paraître étrange, ma mort est derrière moi. Vingt fois, cent fois déjà, j’ai été à l’agonie ! J’ai partagé la détresse de ces mères qui ont vu leurs fils se transformer en combattants, de ces fils dont les pères ont disparu à un barrage militaire, de ces hommes qui n’ont jamais vu leur femme revenir du marché parce que leurs pas ont croisé la ligne de mire d’un franc-tireur… Ma mère est de celles-ci. Elle a été fauchée en pleine rue. Pas à l’angle de Saïfi où se trouvait la maison Zeidawi, rassurez-vous, mais plus haut, sur le boulevard Verdun, où l’on croyait pouvoir franchir la ligne verte sans danger. Toutes ces morts, je les porte en moi et, pour qu’elles ne me détruisent pas, je tâche de les engloutir dans un plus grand courant de vie. Voyez-vous, j’ai choisi d’être l’héritier non plus d’une terre qui ne cesse de dresser des frères les uns contre les autres, mais d’un ciel où la seule règle est celle de l’amour. » (p. 205)

Sur cette note « peace and love mes frères » à la sauce chrétienne orthodoxe, je vous souhaite un bon mardi gras (demain) (rhâââ je me referais bien une pile de crêpes moi) et un fervent mercredi des cendres à tous ceux qui se sentent concernés 😉

« La maison Zeidawi » d’Olga Lossky, Denoël, 2014, 237 p., 17.50€

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5 commentaires sur « Olga Lossky, La maison Zeidawi (2014) »

  1. Je ne connais pas du tout cette auteure. Je suivrai ton conseil, étant donné la taille de ma PAL, et je passerai donc mon tour. En revanche, je vais aller lire ton billet sur « La révolution des cierges », cela pourrait m’intéresser …

  2. Bon je passe tout en notant la Révolution des cierges, mais j’adore ton billet qui tacle ! moi aussi le terme de Mezze me met en appétit (l’histoire est archi tentante quand même mais je te fais confiance), j’aime bien aussi ta bouteille à la mer sur ceux qui se sentiraient concernés par le mercredi des cendres.

    1. Ah je vois que tu as déjoué mon petit coup de coude communautaire catholique 😉
      J’ai adoré ton billet de retour de clinique et je t’avais écrit un commentaire mais il s’est effacé et… la flemme de le réécrire, confiteor 😉
      J’ai fini Confiteor d’ailleurs, y a plus qu’à (tenter d’) en parler !
      Pour la maison Zeidawi, j’ai trouvé le breuvage insipide, mais si j’ai appris une chose en matière de livres, c’est qu’il ne faut jamais dire jamais ! Donc s’il te tente… vas-y, il est d’une lecture facile et se finit rapidement de toutes façons.
      Bonne continuation de ta découverte de ton petit bébé d’amour et bon repos chère Galéa (avec de bonnes lectures aussi j’espère et une LGL au niveau des standards d’antan héhé)

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