Claudie Gallay, Une part de ciel

claudie gallayClaudie Gallay, je souhaitais la lire depuis qu’un de ses romans, Les Déferlantes, tournait dans mon club de lecture « IRL » il y a deux ans sans qu’il soit parvenu jusqu’à moi. Les commentaires des lectrices, « mystérieux, déroutant, prenant », me tentaient même si je sentais bien que ce n’était pas mon genre de lecture habituel.

Deux ans après, je n’ai jamais pu mettre la main sur Les Déferlantes (avis à la populaschtroumpf), ni en librairie ni en bibliothèque, mais j’ai pris le taureau par les cornes en choisissant Une part de ciel, dont la localisation, le massif de la Vanoise dans les Alpes en hiver, me plaisait particulièrement (rapport au fait que je passerai une partie de mes vacances de Noël dans une station de ce massif, station que je connais depuis ma plus tendre enfance. Bref).

L’histoire racontée dans Une part de ciel est assez simple et morne en apparenceCarole revient au Val-des-Seuls, le village savoyard de son enfance car son père nommé Curtil, qu’elle n’a pas revu depuis longtemps, lui y a donné rendez-vous. Elle y retrouve son grand frère Philippe et sa petite sœur Gaby, qui vivent toujours au Val-des-Seuls. Philippe est garde-forestier ; Gaby, femme de ménage dans un hôtel, vit dans un bungalow défoncé. Carole retrouve en même temps les lieux, les mythes et les personnages de sa jeunesse : Francky le barman, Jean le patron de la scierie, la « baronne » qui tient un asile pour chiens, Sam le vieux boutiquier… Elle est de nouveau confrontée à certains questionnements lancinants restés sans réponses : pourquoi sa mère l’a-t-elle sauvée, elle, des flammes de l’incendie de leur maison quand elle était enfant, et non sa sœur, qui en a gardé une lésion irrémédiable aux poumons ? Qui est « la môme », enfant recueillie par Gaby qui n’a jamais voulu révéler son origine à Carole ? Est-il possible de refaire sa vie quand tout le monde, mari et enfants, vous ont quittée et qu’un fossé semble vous couper de votre frère et de votre sœur ? Pourquoi Gaby s’entête à rester fidèle à un homme qui vient de sortir de taule et qui ne lui a pas donné signe de vie ? Mais surtout, que fait Curtil et pourquoi n’arrive-t-il pas ? Le séjour de Carole au Val-des-Seuls (le bien nommé), plus long qu’elle ne l’avait envisagé, n’est pas juste l’attente d’un improbable « Godot ». Il se révèle riche de dénouements intérieurs pour celle qui se trouve au mitan de sa vie.

Au début, j’ai pensé que ce roman n’était pas fait pour moi : le style oral sans apprêts et ses expressions comme « le bar à Francky » avaient trop l’air de prétendre à la radiographie du Français moyen frôlant la prolétarisation dans un monde qui va trop vite pour lui. Et c’était comme ça avec tous les habitants du village. J’y ai d’abord vu une forme de « pose », de maniérisme. Finalement, il s’est révélé que la snob, c’était moi. J’ai été happée par cette béance dans la vie d’une femme qui se retrouve, contre son gré, à attendre son mystère de père dans le village de ses origines, et qui jour après jour tente de meubler son quotidien en renouant les liens avec sa fratrie et les gens qui l’ont vue grandir, recueillant les confidences, surprenant quelques secrets, rancœurs et pardons, s’adonnant aux travaux les plus divers et incongrus, et laissant finalement se dénouer les nœuds de son passé.

L’atmosphère un peu grise, l’entre-soi de ce village qui peine à s’ouvrir à l’extérieur, tiraillé par l’opportunité imprévue d’être transformé en station de ski, ses habitants un peu bourrus voire carrément sauvages, le spectacle de la nature qui s’enfonce dans l’hiver, les petits riens qui matérialisent une existence prennent ici une dimension d’autant plus poétique et attachante que la narratrice, Carole, n’exprime jamais explicitement ses sentiments. Cette aura douce-amère mais ouverte à l’imprévu est peut-être l’élément qui a réussi à susciter mon intérêt pour cette histoire, mon envie de continuer cette lecture jusqu’au bout, malgré un sujet peu attrayant au premier abord.

Seule fausse note, le traumatisme vécu par Carole et les siens dans leur enfance est peut-être un peu trop artificiellement mis en exergue dans cette histoire des plus subtiles.

Une belle découverte que ce roman de Claudie Gallay, à qui je décerne même un coup de ♥ ! Mon Dieu faites à présent que je trouve Les Déferlantes ! Florence m’a aussi donné envie de lire Seule Venise.

«Une part de ciel» de Claudie Gallay, Actes Sud, 446 pages, prix Terre de France. 

—> J’en profite pour vous souhaiter une belle année 2016, synonyme de JOIE et d’espérance malgré les temps difficiles. Que nous puissions tous apercevoir « une part de ciel » dans nos vies et nous en réjouir ! <— 

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6 commentaires sur « Claudie Gallay, Une part de ciel »

  1. Hmm, je crois que je suis aussi un peu snob de prime abord avec Claudie Gallay… Du coup, je n’ai jamais eu l’envie de tenter. Mais j’ai offert « Les déferlantes » pour Noël, ça marche quand même ?
    Bon, trêve de mauvaise foi ! Je note !
    Bises douces et bonne année lumineuse, ma chère Ellettres :*

    1. Ah c’est pas du jeu d’offrir un livre qu’on n’a pas lu ! 😉 (Je le fais moi aussi héhé).
      La magie a opéré pour moi à partir d’une trentaine de pages. Au début je m’ennuyais un peu. Il faut se mettre au rythme de cette histoire, qui est lente et tissée de riens. Mais la magie opère !

  2. Une très bonne année à toi aussi Ellettres, que tes vœux puissent se réaliser !
    J’ai découvert Claudie Gallay dans « Une part de ciel » que j’avais chroniqué dans mon premier blog. Je me souviens d’un roman tendre et bienveillant dans lequel des mots simples laissaient une impression de douce tristesse qui était très agréable. Cela faisait comme une petite musique dont j’ai eu du mal à me détacher à la fin…

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