Niccolo Ammaniti, Je n’ai pas peur

Afficher l'image d'origineBon, je me suis un peu payé la honte quand j’ai commenté, sur le blog italophile et raffiné de Florence, que je n’avais jamais lu d’auteurs italiens (alors que je partais pour Rome le surlendemain). Puis je me suis souvenu que j’avais lu « Le Guépard » de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Quand même. Et vu le film aussi, évidemment, avec des acteurs aussi mythiques !

Bref, j’emportais Haruki Murakami dans mes bagages, mais étrangement, à Rome je n’ai pas eu l’envie de l’ouvrir ne serait-ce que d’un millimètre, alors qu’il me plaisait bien pourtant. Je n’ai eu d’autre choix que de me rabattre sur la librairie française (à côté de Saint-Louis-des-Français), et acheter ce livre dont Florence parlait. Eh bien je n’ai pas été déçue ! Coup « di cuore » ! ❤

Un été de plomb, dans un coin perdu des Pouilles, à la fin des années 1970. Ces années 1970 qu’on a aussi appelées « années de plomb » en Italie. Michele, 9 ans, sa petite soeur, 5 ans, et leur bande d’amis partent souvent à l’aventure, sur leurs vélos tandis que les adultes restent tapis à l’intérieur des quatre maisons que compte en tout et pour tout Aqua Traverse, leur « village ». Ce jour-là, Michele fait une découverte étonnante qui va changer à jamais son rapport au monde et aux adultes…

Le personnage de Michele est une grande réussite. Peut-être l’un des enfants les plus attachants de la littérature, avec Scout Finch, la petite fille de « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » à qui il ressemble d’ailleurs étrangement. Il est droit, il est fidèle, il est pur, il est courageux, il aime sa maman, il admire son papa, il protège sa petite sœur, il a une imagination débordante mais il combat vaillamment ses « monstres », hybrides de la culture populaire et de la religiosité du sud de l’Italie. Il est un être lumineux qui traverse la bassesse, la cupidité, la lâcheté et la trahison de ses pairs et des adultes qui l’entourent.

« Qu’aurait fait Tiger Jack à ma place ? Il rebroussait pas chemin même si le Grand Manitou en personne le lui ordonnait. Tiger Jack. Voilà quelq’un de sérieux. Tiger Jack, l’ami indien de Tex Willer. (…) Moi je suisTiger Jack, ou mieux, je suis le fils italien de Tiger, je me suis dit. » (p. 56).

L’histoire est racontée par lui et elle acquiert une grande intensité, du fait de l’isolement total d’Aqua Traverse et du drame qui se noue et dont on se demande bien comment il finira. L’auteur a très bien su rendre la naïveté de l’enfant pauvre, confronté à des événements qui le dépassent. Il ne maîtrise pas tout le contexte que nous connaissons, en tant que lecteur, ce qui rend ses questionnements d’autant plus désarmants. Tout le dénouement final m’a fait battre le cœur avec intensité !

C’est simple, si j’ai un fils, j’aimerais qu’il ressemble à Michele*. (Mais j’espère ne pas ressembler à sa mère).

Merci Florence, pour cette jolie découverte. 🙂

*Vous avez remarqué comme certains prénoms un peu désuets en français, comme Michel ou Marcel, voire carrément plus du tout usités comme Ange (sauf en Corse !), sont très classes en italien : Michele, Marcello, Angelo ? 😉

Niccolo Ammaniti, Je n’ai pas peur, Collection 10-18, éd. Robert Laffont, 2012, 232 p.

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8 commentaires sur « Niccolo Ammaniti, Je n’ai pas peur »

  1. Je suis ravie qu’il t’ait autant plu ! J’aime beaucoup ta présentation du personnage de Michele, et c’est vrai que c’est un des personnages d’enfants très attachant de la littérature, je n’y avais pas pensé.
    Ah, « Le guépard » aussi, un bon souvenir de lecture, et de cinéma !

    1. Je l’ai dévoré, et oui, j’ai été assez touchée par ce personnage. J’aime quand la littérature produit des personnages inoubliables.

  2. Maiiiiis je crois que je n’ai pas tellement lu d’auteurs italiens non plus… J’en ai tenté un cet été mais il m’a ennuyée totalement. Je vais retenter bientôt avec ‘ »L’art de la joie » de Goliarda Sapienza !
    Et, j’ajoute Agostino à ta liste de vieux prénoms pourris qui claquent en italien ^^

    1. Haha ce ne serait pas « L’ennui » d’Alberto Moravia qui t’a ennuyée ? Je l’ai tenté une dizaine de pages, je l’ai laissé tomber d’ennui… Ou alors ce n’était pas le moment. Je note « L’art de la joie » au titre plus prometteur 🙂
      Quant à Agostino, c’est ravissant en effet. Mais j’avoue que j’aime bien Augustin en français, même si ça fait plus classique 😉

  3. Quelle chance tu as eu d’aller à Rome ma parole 😉 quel était le Murakami dans ta valise ?
    Sinon, je ne connais pas cet auteur du tout, et suis un peu inculte en littér

    1. Le Murakami est un vieux : Chroniques de l’oiseau à ressort (j’ai une bizarre répulsion vis-à-vis des succès récents d’un auteur que je découvre).

  4. rature italienne (pardon je ne sais pas ce qui s’est passé).
    J’ai d’ailleurs bien raté mon mois, et vu que j’adore ta phrase « si j’ai un fils j’espère qu’il ressemblera à Michele », je me dis que rien que pour ça, je devrais élargir mes horizons (m^meme si je crains les personnages lisses en littérature).

    1. J’avoue que je suis facilement touchée par les icônes littéraires de l’enfance. Comme Scout Finch, Jane Eyre ou Laura Ingalls 😉

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