Atelier d’écriture n°190 : « Faire corps »

© Kot
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Nous passons notre vie serrés les uns contre les autres, comme des sardines au fond de leur boîte. Matin, midi et soir. Bien obligés de s’accommoder de la proximité, pour ne pas dire la promiscuité des autres, et de s’adapter en fonction de leur présence. Nous passons notre vie à travailler, travailler à diverses tâches, en lien avec les autres : préparer le petit-déjeuner de la famille le matin, se couper en pelant une pomme, la maladresse étant partagée par tous ; pianoter un millier de fois les touches de l’ordinateur au bureau chaque jour, comme nos voisins ; mettre en valeur la présentation destinée au client, tous solidaires pour remporter le contrat ; chercher les enfants à l’école et tenir leur main bien fermement, conscients de notre responsabilité ; préparer leur dîner tout en leur pointant, de la façon la plus impérative qui soit, leurs jouets à ramasser ; caresser doucement leur tête pour les endormir le soir…

Notre seul moment de vraie pause dans notre routine, mis à part le sommeil, c’est quand nous ouvrons un livre dans les transports. Ah le grain un peu rêche des pages des vieux poches ! Comme il apaise instantanément. Dans ces moments-là, bien calés, nous oublions nos labeurs incessants et la présence parfois assommante des autres, nous nous ouvrons ou nous nous appesantissons dans la profondeur du livre. Le livre nous tient plus que nous ne le tenons. C’est un moment de grâce qui se reflète jusque dans notre apparence physique détendue. Les pages sont des plages de repos que ne vient troubler que le feuillet qui tourne comme une vague lente…

Et nous oublions pour un temps que nous sommes des frères siamois, liés à la vie, à la mort, et toujours dans le même ordre : le pouce, l’index, le majeur, l’annulaire et l’auriculaire.

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15 commentaires sur « Atelier d’écriture n°190 : « Faire corps » »

  1. « Le livre nous tient plus que nous ne le tenons. » J’adore cette phrase, c’est tellement vrai ! J’aime également beaucoup la fin de ton texte, le jeu que tu mènes tout le long pour brouiller l’identité du narrateur.

  2. Bravo ! J’ai été à deux doigts de passer à côté de la chute 🙂 .
    Ceci dit, quelle chance d’avoir la possibilité de prendre les transports en commun pour trouver le temps de lire 😉 !

  3. Je ne suis pas sure que ce soit la promiscuité qui soit pénible, plutôt le côté ‘devoir, tâche pas complètement choisie ». Le livre est notre moment de liberté, à commencer par le choix de l’ouvrage.
    « Le livre nous tient plus que nous ne le tenons. » Magnifique !

    1. En fait, ce sont les doigts qui parlent dans ce texte… Donc forcément, ils ressentent la promiscuité… des autres doigts de la main ! 😉

      1. Mince, je n’avais pas assez fait attention à la dernière phrase.
        Excuse-moi. 😦

      2. Pas de soucis ! C’est un signe que je n’ai pas été assez claire dans ma rédaction 😉

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