Orange is the new black

Il n’y a pas beaucoup d’activité sur ce blog en ce moment, car en plus de m’occuper d’une petite personne de deux mois et demi qui dépend de sa maman pour satisfaire ses besoins vitaux (simples mais essentiels : manger, boire, être propre, faire des câlins, entrer en relation…), je recommence à préparer mes cours car la fin du congé mat’ approche…

Mais je suis un poil de mauvaise foi, car la vérité c’est que depuis que nous nous sommes abonnés au site Netf**x (visionnage de films et de séries TV), mon temps de lecture s’est un peu réduit… Oui, j’ai honte de l’avouer mais la magie de l’écran animé l’emporte actuellement.

Ainsi, j’ai pu voir des films tels que…

« Attrape-moi si tu peux » (plaisant, un Léonardo di Caprio qui nous enchante de ses subterfuges dans une ambiance sixties dont la magie opère toujours – quand les décors sont bien faits) ;

Catch me

Will Hunting« Will Hunting » (une thématique intéressante – un surdoué des maths doublé d’une petite frappe – n’était-ce le fait que Matt Damon n’est pas très crédible dans le rôle du petit génie – mais Robin William – paix à son âme – fait vraiment un bon psy pépère qui cache une faille secrète) ;

« L’étrange histoire de Benjamin Button » (une histoire on ne peut plus bizarre – un homme qui naît vieux et meurt bébé – dont je n’ai pas compris le fin mot. Entre temps, il y a quand même quelques scènes d’émotion et des morceaux de bravoure, notamment avec le truculent capitaine) ;l-etrange-histoire-de-benjamin-button-the-curious-case-of-benjamin-button-53-g

« Fargo » (Pouah j’ai tout détesté dans ce film : des personnages répugnants et/ou minables, des scènes répugnantes, une atmosphère morne et triste et une intrigue plate et sans vie – c’est le cas de le dire, puisqu’on a affaire à une petite série de meurtres, entre autres – seule la policière enceinte et son mari alias « gros nounours » artiste peintre jettent un peu de lumière dans ce purgatoire, mais ils n’arrivent pas à sauver le film) (au moins, l’autre film de tueurs des frères Coen, « No country for old men », bien qu’horrible – mama mia, Javier Bardem ! – faisait vraiment peur, ce qui remplit l’objectif du film dit « noir ») ;

« Le Facteur » (un film doté de beaucoup d’atouts de charme : le premier, de taille, c’est Philippe Noiret qui joue le poète cubain Pablo Neruda exilé en Sicile. Mais il y a aussi des paysages éblouissants, une atmosphère à la Pagnol et un facteur, donc, qui a tout des héros benêts de Pagnol justement. A part ça, on ne suit pas toujours l’histoire, une histoire qui tournicote un peu en rond. J’avoue que nous avons sauté la fin…) ;

le facteur

– « Miss Doubtfire » (oui, je l’avoue. Ce film est une perle pour voir Robin William déguisé en super nanny anglaise, à part ça il est quand même un peu daté…) ;

Robin Williams In 'Mrs. Doubtfire'

« Neverland » (un film qui mêle goût du merveilleux et « biopic » du créateur de « Peter Pan », c’est un peu mièvre mais c’est plaisant) ;

« Un hiver à Central Park » (c’était tellement filandreux que j’ai presque oublié de quoi causait le film. Mais c’est américain, donc ça passe bien sur le moment).

Mais mon coup de cœur du moment, c’est la série produite par Netf**x dont le titre, « Orange is the new black », est une formule lapidaire à l’américaine pour dire à peu près ceci : « La tenue orange est la nouvelle petite robe noire ». La tenue orange, c’est celle des détenues qui arrivent à la prison fédérale de Litchfield, une prison fictionnelle. La série s’inspire du témoignage d’une certaine Piper Kerman, une Américaine qui a purgé une peine de 11 mois en prison alors qu’elle ne correspondait pas du tout au portrait-type de la gangster à la petite semaine. En deux mots, c’est l’histoire de cette jeune trentenaire bobo et WASP, Piper donc (Chapman dans la série) qui se retrouve en prison à la suite d’une bêtise de jeunesse commise par amour 10 ans plus tôt, et oubliée depuis. Alors que le délai de prescription était presque atteint, cette bêtise finit par la rattraper au moment où elle s’y attend le moins : sa petite entreprise de savonnettes décolle et son amoureux est prêt à lui mettre la bague au doigt. Elle va devoir mettre tout cela de côté pendant un moment et affronter un univers totalement nouveau pour elle, dont il va vite lui falloir assimiler les codes…

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La prison de femmes où elle atterrit est une prison à « sécurité minimale ». Les prisonnières peuvent ainsi déambuler d’un endroit à l’autre, dorment par deux dans des box ouverts et chacune à son emploi dans la prison (celles qui cuisinent, celles qui nettoient, font le linge, réparent les installations électriques, convoient prisonnières et marchandises…). Malgré tout, la prison n’est pas une colonie de vacances, entre le comptage fastidieux des prisonnières plusieurs fois par jour, l’interdiction de courir, de « fraterniser » pendant les heures de travail ou de se prendre dans les bras dans la salle des visites, le sadisme de certains gardiens (comme l’inénarrable « Pornstache ») et surtout, l’absence totale d’intimité (toilettes et douches comportant rarement des portes…). Le risque est grand dans cet univers répressif et kafkaïen de se déshumaniser, ce qui est l’objectif avoué du chef des gardiens, Mr Caputo. Comme il le dit à une gardienne : « They are not persons, not like you and me, they are just sheep we track from one place to another. When you talk to one of them, don’t call her by her name but just « inmate » so that she feels that either she or another, it is just the same for you » (« Ce ne sont pas des personnes, pas comme vous et moi, mais des moutons que l’on déplace d’une pièce à l’autre. Quand vous vous adressez à l’une d’entre elles, ne l’appelez pas par son nom mais « détenue », comme elle sentira qu’elle ou une autre, c’est la même chose »).

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Or il a tort car la série a le grand mérite de montrer des personnalités riches et complexes (à une ou deux caricatures près), bien ancrées dans un monde, certes particulier, mais qui possède un grand parfum d’humanité. Il y a plein de petits détails qui distinguent cette série du lot des productions lisses et clinquantes des studios américains. Un détail entre mille : à la prison, les films projetés une fois par semaine n’ont pas de son. Pour avoir le son il faut posséder des écouteurs, disponibles à la boutique de la prison. Les infortunées qui n’ont pas pu en acheter, manque d’argent, sont obligées de voir le film version cinéma muet. Comment ne pas mieux faire ressentir l’aliénation d’un univers à une détenue novice ? (Le fameux « pas de bras, pas de chocolat » revisité).

orange is

A travers les yeux candides et horrifiés de Chapman, on voit les hiérarchies et les affrontements qui s’établissent dans ce vase clos, souvent d’une violence rentrée : la chef cuisinière, une babouchka russe, qui fait régner l’omerta, les systèmes de troc frisant l’illégalité, y compris avec les gardiens (rien n’est gratuit), la contrebande et les privilèges, les intimidations, les bagarres pour un rien, les passe-droit, les inimitiés entre groupes ethniques (les noires, les blanches, les latinas – bizarrement il y a très peu d’Asiatiques, mise à part une espèce de gnome nommé Tchang). Comme le dit une détenue à une Piper bien-pensante choquée : « je fais [de la préférence ethnique] dans un sens tribal, pas raciste ». Les relations sentimentales entre détenues sont parfois oppressives dans un monde aussi clos (ce qui entraîne un lot de scènes plutôt crues). La série montre aussi comment la prison infantilise les détenues.

Petit à petit cependant, on s’attache aux personnages, notamment des détenues, parce qu’elles sont drôles ou émouvantes. Aucune d’entre elles n’est un véritable monstre, sauf peut-être « Vee ». Le personnage qui me touche le plus c’est celui, éminemment comique, pathétique, émouvant, inquiétant parfois de Suzanne « Crazy Eyes » Warren, une noire adoptée par des blancs et qui a clairement un grain… Il faut la voir faire parler à son balai comme à une vraie personne ou déclamer du Shakespeare : c’est un one-woman show !

Piper Chapman et Crazy Eyes
Piper Chapman et Crazy Eyes

Une autre grande force est l’insertion habile de flashbacks sur le passé des détenues, éclairant les raisons de leur incarcération. On découvre certaines interactions passées entre elles (une prisonnière retrouve même sa maman en prison).

On a ainsi une série d’une grande force narrative, qui verse parfois dans le comique pur (l’audition des détenues pour le spectacle de Noël – et le spectacle de Noël lui-même – c’est de saison ! – qui rejoue la Nativité avec les détenues déguisées en Marie, Joseph, l’ange, l’âne et le bœuf…). Mais le tragique s’en mêle (la mort d’une détenue), le grotesque, la comédie de mœurs, le roman social (les coupes budgétaires obligeant à des économies de bouts de chandelle), etc… Bien-sûr, la série comporte ses rebondissements et ses situations tirées par les cheveux, pour entretenir l’attrait des spectateurs, mais elle est aussi suffisamment proche du réel pour comporter un vrai intérêt documentaire.

Au fait, il y a même une bonne sœur parmi les détenues, ancienne militante de Green Peace, une de ces sœurs activistes de gauche comme il y en a plein aux Etats-Unis. Clin d’oeil pour moi, elle s’appelle… sister Ingalls 😉

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