« Les combattants » de Thomas Cailley

Les-Combattants-afficheAttention, scoop ! Je vais non seulement chroniquer un film, mais en plus un film qui fait l’actualité… Tant de réactivité de ma part m’impressionne. (Je sens que ce blog va bientôt muter en blog de « lectures et cinéma »).

Les combattants est un peu la « révélation de la rentrée », comme disent les médias, because son sujet original et son jeune réalisateur inconnu et ses acteurs pour la plupart inconnus eux aussi.

De quoi ça parle ? De deux jeunes, un garçon et une fille, que tout sépare. Il est aussi doux qu’elle est dure, aussi flottant qu’elle est déterminée, aussi bon compagnon qu’elle est quasiment asociale. Forcément, y a baleine sous gravillons ! Dans le fabuleux cadre des Landes estivales, au bord de la mer, Arnaud est un jeune gars qui se destine, par défaut, à continuer le boulot de son père récemment décédé et de son grand frère : menuisier. (On n’en voit pas souvent des menuisiers dans le cinéma français, entre nous soit dit). Madeleine, au prénom si poétique, est une espèce de Rambo femelle, carrée d’épaule, regard noir, moue perpétuellement boudeuse, tant qu’elle semble toujours vouloir charger son interlocuteur (ce qu’elle fait effectivement à un moment donné). Gosse de riche, elle est décidée à plaquer une vie facile pour apprendre à… survivre. Comme elle l’explique à Arnaud, après leur première rencontre explosive, le monde va bientôt péter à cause de [motif au choix : centrales nucléaires qui explosent, guerres de religion, inversion des pôles…] et ceux qui s’en sortiront seront ceux qui seront entraînés à des conditions extrêmes. Pour cela, elle s’est inscrite à un stage militaire qui l’aidera, croit-elle, à intégrer le corps des dragons parachutistes, les plus balèzes de l’armée : ceux qui apprennent à ne pas dormir, à manger un maquereau cru avec les écailles et à chasser les animaux sauvages. Sur un coup de tête (ou coup de coeur ? en tout cas, les coups de poing n’y sont pas étrangers), Arnaud décide de l’accompagner faire ce stage.

Ce qui m’a plu dans ce film :

– La beauté des images : que ce soit la forêt landaise qui se fait amazonienne, les deux héros trempés par la pluie et réfugiés Les-combattantssous une grange, les poussins entiers mis à décongeler au micro-ondes (si, si !) ou la scène de l’incendie, on apprécie cet art de la prise de vue qui fait le vrai cinéma. Je dirais même que l’image est sensuelle, au sens premier du terme : elle sollicite plus que la vue, mais également le toucher (du bois, de la peau, de l’eau, du cirage, de la mer, du sable…), l’odeur (de la forêt humide, du feu de bois où grésille un petit animal sauvage, de la cendre, du « jus de maquereau »…) mais aussi les émotions telles que le dégoût, l’exaltation, la peur, l’ennui, le trouble…

– Le naturalisme des personnages : ils sont plutôt bien campés, avec des intonations de voix, des postures et des conversations très réalistes (c’est-à-dire plutôt laconiques) et conformes à ce qu’on peut observer chez une certaine jeunesse provinciale. Rien qui ne fasse « surjoué », bavard, artificiel et bobo-germano-pratin. C’est même l’anti-film de parisiens.

– Mon personnage préféré est Arnaud : beaucoup plus subtil que sa brute de partenaire, on pourrait faussement interpréter qu’il est le pôle « féminin » de leur duo. S’il a bien des qualités dites « féminines » (sensibilité, solidarité, douceur, patience), s’il se fait bien « battre » par Madeleine au tout début, il arrive finalement à tenir son rôle « chevaleresque » avec la fille qu’il aime lors d’un moment vraiment crucial de leur aventure. Il possède une force profonde (comme l’eau qui dort) dont Madeleine est dénuée car elle reste toute en surface, nerveuse et… creuse ? Et ça n’a rien d’étonnant car elle est toute entière tendue vers un horizon de mort, un horizon négatif. Survivre d’accord, mais à quoi ça sert si on n’aime rien dans la vie ?, lui fait à peu près remarquer Arnaud lors d’un moment de crise. Arnaud, tout lunaire qu’il soit, a la simplicité d’accueillir et de tirer le meilleur parti de ce qui lui arrive. Je n’en salue pas moins la performance de l’actrice Adèle Haenel qui joue un vrai morceau de bravoure. Son personnage est d’ailleurs tellement balourd qu’il en devient drôle et parfois attendrissant.

– L’action et l’histoire sont très bien menées : on passe d’une séquence à l’autre, du bord de mer estival à la caserne de troufions, du stage « pour de faux » à la survie pour de vrai avec beaucoup de facilité et une certaine jubilation. Certains renversements de situation sont drôles (ainsi, c’est Arnaud qui cartonne chez les militaires, et pas Madeleine !). On ne sait jamais où nous mènent les personnages. De plus, prise séparément, chaque scène semble insolite, à commencer par la toute première, quand on voit les deux frères aux… pompes funèbres. Rien n’est attendu dans ce film, ce qui fait toute sa fraîcheur.

Ce qui m’empêche d’aimer complètement ce film ? C’est sa fin. Toute leur aventure à deux prend la forme d’un rite de passage, parfois haletant et à la fin… on dirait qu’ils n’ont pas changé du tout. Enfin, surtout Madeleine. Elle reste dans son délire et lui la suit encore une fois sans barguigner, ce qui le rend vraiment benêt pour le coup, alors qu’il avait la force de la tirer de son fantasme débile. Leur aventure, qui les a soudés, ne les a pas tirés vers un idéal plus noble, plus « rempli » que la peur d’un futur virtuel. Alors moi, qui aime les romans d’apprentissage, les progressions, les leçons de vie, je ne peux que m’en sentir frustrée.

Mais c’est quand même un film vraiment intéressant et qui vaut le coup d’être vu.

Et vous l’avez-vous vu ? Qu’en avez-vous pensé ?

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