Mes romans d’Inde(s) – challenge

(c) Mahesh Hariani - Fotolia
(c) Mahesh Hariani – Fotolia

J’ai eu mon « moment indien » moi aussi. Savez-vous qu’il existe un « syndrome de l’Inde » qui touche certains voyageurs occidentaux se rendant au pays de Ganesh ? Pour les curieux, on en parle mieux ici. Pour moi, je n’ai heureusement attrapé ce syndrome que dans le vaste pays de la littérature, bien qu’il se soit manifesté après un séjour effectif de deux mois en Inde (mais pas d’hallucinations ni de dépersonnalisation dans mon cas, j’étais bien accompagnée !). Bref. En rentrant de ces « Indes incroyables » (cf. le slogan touristique du pays), j’ai pris un cours de littérature indienne à la fac, dispensé par un auguste brahmane, aussi élégant qu’excentrique, et complètement échevelé dès qu’il causait littérature. Et j’ai lu plusieurs livres d’écrivains indiens, qui tous m’ont plu, chacun à leur manière… Dans ce pays-continent si divers et si varié, il y en a pour tous les goûts.

Celui que je placerais au sommet du panthéon des dieux romanesques, en-ARUNDHATI-ROY-DIEU-DES-PETITS-RIENSdehors même de la sous-catégorie « romans indiens », c’est Le Dieu des petits riens d’Arundhati Roy. Ici est narrée l’histoire bouleversante d’une famille petite-bourgeoise du Kerala, Etat situé à la pointe sud de la république indienne, vue à travers les yeux de deux enfants, un frère et une sœur jumeaux qui se retrouvent, au début du livre, 23 ans après leur séparation. Flash-backs à gogo. Il y est question de leur mère, jeune, belle, fragile, qui a été séparée d’eux dans leur enfance pour une raison mystérieuse. De leurs grands’ parents et de leur maison dans laquelle ils vivent, enfants. D’un homme, le jardinier. Mais pas de père. L’histoire commence par un enterrement dans le rite chrétien malabar, et ouvre d’entrée de jeu un univers extraordinaire, bien que banal en apparence. L’intensité mise dans l’observation de menus détails les rend merveilleux et insolites, comme l’enfance, mais à cela l’ironie et les nombreux double-sens de la narration y mêlent le tragique, le scabreux, le bouffon. Les pans de cette histoire sont racontés de façon non-chronologique, et c’est au lecteur d’en rassembler les morceaux, comme un puzzle. Beaucoup d’éléments se laissent peu à peu découvrir. Ce n’est qu’à la fin qu’est donnée la réponse au mystère qui plane sur tout le livre, une réponse d’une intensité dramatique, et sobre pourtant, qui ferait couler des larmes au plus endurci d’entre nous. J’ai pu oublier certains aspects de l’histoire, car cela fait bien six ans que je l’ai lue, mais ce livre restera gravé en moi à tout jamais.

Sur la deuxième marche du podium, je placerais Affaires de famille, de Rohinton Mistry. J’ai un peu oublié les tenants etunesimpleaffairedefamille aboutissants de l’histoire ; je me souviens d’une famille de Bombay, cultivée mais à court d’argent, d’un petit garçon autour duquel l’intrigue se noue, de ses parents, d’un grand’père il me semble, et de la ville de Bombay, frémissante et étouffante. Il leur arrive beaucoup d’épreuves au sein du voisinage et dans leurs liens familiaux, mais le ton reste toujours tendre et « mélan-comique ». Un ton très indien en somme.

compartiment-pour-damesEnsuite, place aux femmes indiennes avec Compartiment pour dames d’Anita Nair. Selon la traditionnelle construction des récits enchâssés dans le récit, plusieurs dames d’un compartiment réservé à la gent féminine, se livrent une à une sur leur histoire personnelle. Et les histoires des femmes indiennes, c’est à la fois proche de l’expérience que peut avoir une femme occidentale, mais aussi très éloigné. Ici on ne sait pas si le romanesque l’emporte sur la réalité « vraie », mais ça décoiffe ! A vrai dire, je ne me rappelle pas vraiment des histoires, sauf celle d’une jeune femme ayant fait des études, mariée à l’un de ses camarades, pour qui la vie conjugale a viré lentement au cauchemar. Mais c’est un livre à la fois distrayant et instructif.

Enfin, ex-aequo, deux livres qui se ressemblent beaucoup dans leur style : le style « aventures rocambolesques d’un jeune indien pauvre qui devient riche ». Le premier est le plus connu car il a donné lieu au film Slumdog Millionnaire de Danny Boyle : il s’agit des Fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire, de Vikas Swarup. Le film était très bon mais assez différent du livre qui regorge de pépites que le film n’a pu toutes intégrer. Pas très réaliste mais haut en couleur. Le deuxième c’est Le Tigre blanc, d’Aravind Adiga. Là encore on suit la trajectoire mouvementée d’un jeune indien pauvre sorti de la campagne obscure d’un des plus sinistres Etats de l’Inde. Débarqué à Delhi, il lui arrive plein de choses pas toujours très légales ni très bonnes pour sa sécurité, mais dont il arrive à triompher à force de ruse. Dans ces deux cas, on quitte la grande littérature mais on est scotché par des intrigues trépidantes, réjouissantes et sans temps morts. On passe un très bon moment.

William Dalrymple (s) A.P. Rathap
William Dalrymple (s) A.P. Rathap

Quittons le rivage de la fiction pour aborder le terrain du grand reportage… Et là aussi on n’est pas déçu avec L’Âge de Kali de William Dalrymple, une série de reportages effectués à travers tout le sous-continent par un gentleman écossais, à la mode des grands explorateurs du 19e siècle. On hésite parfois à qualifier ces reportages, tant on se situe aux confins du réel, du fantastique, du surprenant et de l’horrible parfois (souvent). William Dalrymple a un don pour aller au contact des personnes les plus étranges, isolées, pittoresques ou effrayantes, ou à la découverte de cités mythiques, de villages perdus, de rituels, pratiques (genre le cricket au Pakistan 😉 ), scènes de vie et coutumes inconnus. Il se rend également au cœur de conflits récents (inter-religieux notamment). Ayant une grande connaissance de l’Inde, ses reportages tiennent à la fois du récit, de l’histoire, de l’archéologie et de l’ethnologie. Je l’ai lu en anglais car c’était un bouquin offert par un ami indien et ça se lit très bien. Le « je » du reporter est très agréable, livrant ses propres pensées au gré de ses aventures. On ressort de cette lecture un peu changé.

Me remémorant tout cela, je me suis décidée à me lancer un défi, un « auto-challenge » dans le jargon des blogs littéraires : lire des auteurs indiens que je ne connais pas encore, qu’ils soient très connus ou non, ou d’autres titres des précédents. La catégorie « indien » est large : elle peut comprendre des auteurs pakistanais, bangladis, sri lankais, voire indiens des Caraïbes ou anglo-indiens.

Voici ma liste (au 23 janvier 2015) :

Anita Desai, Le jeûne et le festin LU !

Kiran Desai, La perte en héritage LU !

– Kishwar Desai, Témoin de la nuit

– Un livre d’Amitav Ghosh

Rohinton Mistry, Un si long voyage LU !

– Un livre de V.S. Naipaul

– Un livre de R.K. Narayan

– Salman Rushdie, Les enfants de minuit

– Un livre de Vikram Seth

– Rabindranath Tagore, La maison et le monde

– Sashi Tharoor, Le grand roman indien

Et vous, avez-vous des idées à me transmettre ? Si quelqu’un souhaite participer à ce challenge, qu’il n’hésite pas à me le signaler en commentaire ou par e-mail chez ellettres@gmail.com.

A bientôt pour de prochaines chroniques indiennes !

Auto-challenge « Romans d’Inde(s) »

Challenge Romans d'Inde(s)

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2 commentaires sur « Mes romans d’Inde(s) – challenge »

  1. de Vikram Seth, un livre qui m’avait laissé une forte impression sur la Partition, je te conseille « A suitable Boy », à lire si possible dans le texte, car il a un anglais très savoureux…

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