Irène Nemirovsky, Jézabel

Une très belle photo de couverture, isn't it?
Une très belle photo de couverture, isn’t it?

C’est l’histoire d’une femme fatale. Le roman débute par sa perte : tassée dans le box des accusés, elle voit défiler les témoins devant le tribunal qui juge son geste meurtrier. Gladys Eysenach a tué d’un coup de revolver un jeune homme de 20 ans. Les hommes qui la jugent ne peuvent s’empêcher de flétrir cette femme qui a été trop aimée, cette femme sans attaches ni famille, située en-dehors des canons de la moralité bourgeoise de l’époque (nous sommes en 1935). L’enchaînement très fluide des questions et des réponses révèle plusieurs interprétations possibles de son geste : vamp’ ayant dévoré un pauvre jeune homme innocent et pauvre ? ou femme riche piégée par un gigolo qui l’aurait fait chanter ?

Puis l’auteur déroule le « film » de la vie de Gladys. Face claire, elle est Narcisse : amoureuse de l’amour fou que les hommes lui portent et de la jalousie des autres femmes, Gladys Eysenach ne vit que par, pour, et à travers sa beauté inaltérable et l’effet grisant que son charme ensorceleur provoque dans son entourage mondain. Face sombre, c’est un Dorian Gray au féminin : sa hantise de la vieillesse grandit au fur et à mesure que s’accumulent les années, une vieillesse synonyme pour elle d’une déchéance pire que la mort. Cette obsession monomaniaque la conduit à sacrifier ses attachements humains les plus intimes… En fait, on comprend peu à peu qu’une tragédie s’est nouée à partir du moment où elle a goûté à l’ivresse de son immense pouvoir de séduction, lors de sa première saison de bal, ses 18 ans tout juste éclos. Un coup de théâtre a lieu quelque part au milieu de l’histoire. Et en effet, Gladys se révèle bien être, d’une certaine manière, un monstre, mais sa monstruosité niche ailleurs que dans les interprétations banales de ses juges. Avec une grande profondeur psychologique, Irène Nemirovsky nous plonge dans les affres de cette femme qui refusait le réel et à qui il manquait fondamentalement la paix intérieure.

L’écriture épurée et élégante de l’auteur cisèle un court roman dur comme un coup de poing américain enveloppé d’un gant de velours. J’avoue ne pas savoir dire si j’en aimé ou non la lecture. Autant le plaisir de la belle langue, de la parfaite construction du récit est vif, autant j’ai trouvé qu’elle générait tristesse et amertume. Comme dans d’autres de ses romans, Irène Nemirovsky narre la vie d’êtres cosmopolites, comblés et égoïstes dont le modèle lui a sûrement été fourni par sa propre mère qui l’a délaissée dans son enfance. Elle transmue cette expérience dans des œuvres pleines de talent mais souvent impitoyables de vérité sur les faiblesses humaines. Ce qui m’a gênée est que son regard d’écrivain se focalise sur le plan des passions humaines et qu’il n’y a aucune ouverture « spirituelle » (au sens large du terme).

Enfin, c’est aussi un roman qui fait réfléchir sur notre propre rapport au temps qui passe : est-ce que j’ai peur moi aussi de vieillir, de ne plus avoir les capacités et l’apparence de la jeunesse, d’affronter la finitude de la vie humaine ? est-ce que je saurai trouver les ressources intérieures pour accepter de changer ? Bref, c’est loin d’être une lecture de plage ! (Mais de toutes façons il ne fait pas très chaud en Bretagne !)

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