Georges Simenon – La Folle de Maigret

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Contexte de lecture : Samedi, premier jour de soleil, après un tunnel de jours gris. Je sors rejoindre le square, dont le carré de pelouse me fait signe depuis ma porte-fenêtre. Un Simenon en poche.

Image extraite du téléfilm « La Folle de Maigret » (1975)

Une frêle vieille dame rôde autour de l’entrée du 36, quai des Orfèvres. Chaque jour elle s’enhardit un peu plus, jusqu’au jour où elle demande à voir le commissaire Maigret. Ce dernier s’y refuse et c’est le jeune inspecteur Lapointe qui s’y colle, pour s’entendre dire par Mme Antoine que des objets sont légèrement déplacés chez elle durant ses absences. La prenant une folle, l’inspecteur exécute quand même une visite de rigueur à son domicile où elle vit seule, et ne trouve rien de suspect. Quelques jours plus tard, Maigret tombe nez à nez avec la vieillarde, qui l’a attendu dans la rue. Comptant sur lui comme sur son unique sauveur, elle le prie de venir en personne chez elle, constater les faits. Gêné, il promet mais reporte plusieurs fois la visite. Au 36, tout le monde la nomme déjà « la folle de Maigret ». Deux jours plus tard, on retrouve la vieille dame assassinée dans son appartement.

Je ne connaissais pas vraiment Simenon avant de commencer cette lecture. Mais il y a comme un retour en grâce de Simenon actuellement, encouragé par la réédition de ses succès par Le Monde et la publication de l’Autodictionnaire Simenon par Pierre Assouline. Je me suis laissée aller à acheter un tome de 3 Maigret dans un kiosque. J’y voyais une lecture sociologique, une plongée dans le « milieu » parisien cinquante ans en arrière.

C’est un peu de ça dont il s’agit : un petit maquereau à la manque entretenu par une femme mûre qui a été fille mère dans le temps, « l’indic de la bande des Corses », un ancien malfrat rangé des affaires dans sa villa de la Côte d’Azur, un intermédiaire barman à Toulon…

Mais ce n’est pas cela qui a retenu mon attention. Je me plais, bien-sûr, à glaner les « nouveautés » de l’époque, que Simenon campe sans ostentation : les « hippies » dépenaillés qui inspirent la crainte au bourgeois, les juke box, les parties de guitare dans les bars qu’on improvise avec un groupe d’Anglais de passage.

Ce que j’aime dans un roman, même court comme celui-ci, c’est quand il rejoint directement mon ressenti du moment. Dans ce Simenon-là, il fait beau, on est en mai, « le ciel était d’un rose légèrement bleuté, les feuilles des arbres d’un vert encore tendre, et les oiseaux pépiaient à l’envi » (p.225). Le commissaire est guilleret quand il rentre chez lui à pied ou se promène bras dessus bras dessous avec madame Maigret. Le temps qu’il fait est régulièrement évoqué, comme pour rendre compte du temps qui passe. Quand je détournais la tête de ma page, je pouvais apercevoir des découpes de ciel bleu à travers le feuillage de l’arbre sous lequel j’étais étendue. « Paris avait les couleurs d’un décor d’opérette » (p. 187). Le comble de la satisfaction ! J’étais Maigret.

Oui, on colle bien le commissaire à la trace ; heureusement, ce n’est pas un hyper-actif. On est avec lui, derrière son bureau. Avec lui, au bar de la brasserie Dauphine, en train de siroter un petit blanc pétillant des bords de Loire. On lui emboîte le pas, dans le wagon-lit, sur le lieu du crime ou aux funérailles de la victime, comme les inspecteurs Lapointe, Lourtie, Torrence. Par le processus d’identification opérée par le lecteur, Maigret me fait penser à un autre fin limier du XXe, Tintin, mais un Tintin mâtiné de Haddock, ne rechignant pas à un plat d’andouillettes ou à un verre de calvados contre l’avis de son médecin. On l’imagine légèrement renfrogné, avec le visage de Gabin.

Et l’on est touché de voir affleurer son humanité en des instants fugaces. Son remord de n’avoir pas pris la vieille dame au sérieux, et elle est morte. Son regret de n’avoir pas de fils. Ses petits plaisirs. Son entente domestique avec sa femme. Tout l’art de Simenon est de suggérer ces brèches d’humanité l’air de rien, d’un point de vue très proche du commissaire sans être totalement interne.

Bilan : il ne faut pas s’attendre à un roman policier à gros suspense et ficelles nouées avec virtuosité. L’intérêt ne vient pas de la découverte du coupable mais de l’enquête, plus profonde, sur la vie humaine. Tout cela dans un langage simple et sobre, sans effets de manche (l’équivalent de la ligne claire d’Hergé ?). Un plaisir subtil.

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2 commentaires sur « Georges Simenon – La Folle de Maigret »

  1. Un peu dans le même genre, je te recommande toutes les aventures du Père Brown de G. K. Chesterton (j’ai l’intégrale en anglais si ça t’intéresse) : le père Brown est un grand détective, mais son but premier n’est pas d’arrêter le coupable, il est plutôt de remettre celui-ci sur le droit chemin….

    En tout cas, merci pour le blog, ça donne plein d’idées!

  2. Merci pour ton commentaire, Ele ! J’ai déjà approché le père Brown, fils d’un écrivain que j’affectionne, mais je serais curieuse de le (re)lire. Donc oui, à l’occasion, je te l’emprunterai bien !

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